Publié le Dimanche 1 octobre 2023 à 08h00.

Libye : inondations, après le choc, la colère

 

Victimes de l’ouragan Daniel, les populations sont en plus confrontées au pouvoir mafieux du maréchal Haftar, de ses fils et des mercenaires de Wagner.

 

Depuis 1998, aucuns travaux d’entretien n’ont été effectués sur les deux barrages datant des années 1970. Pourtant, ils présentaient déjà une fragilité inquiétante à la suite des tempêtes de 1986, et les crédits étaient disponibles.

Bons à rien mais…

Ce mélange d’incompétence et de corruption sous l’ère Kadhafi, puis sous l’autorité du maréchal Khalifa Haftar qui contrôle l’est du pays est la cause de pertes humaines ­considérables qui auraient pu être évitées.

Alors que la tempête Daniel s’approchait des côtes libyennes, les habitantEs de Derna recevaient des consignes opposées, d’un côté la municipalité les enjoignait de fuir pour éviter les inondations, de l’autre les autorités envoyaient des SMS afin que chacun reste dans son foyer. Quelques heures avant la catastrophe, Haftar déclarait un couvre-feu empêchant tout mouvement des populations.

Pendant que les habitantEs s’affairaient pour sauver les victimes, que les volontaires de tout le pays affluaient pour aider, le fils aîné du maréchal Haftar, Elseddik, s’interrogeait lors d’une émission télévisée sur sa candidature à une hypothétique élection présidentielle.

dangereux

Le maréchal Haftar règne avec ses six fils sur la partie est du pays avec l’aide des mercenaires de Wagner. L’objectif premier de ce clan familial est de garder le contrôle de la ville. Ainsi Saddam Haftar a été nommé coordinateur des secours, sans qu’il ait la moindre compétence dans ce domaine. Chef de la brigade Tareq Ben Zayed, une unité de l’armée nationale libyenne (ANL) qui en dépit de son nom est une milice parmi d’autres, il s’est distingué par ses crimes de guerre. Comme l’indique Amnesty International, il est responsable d’une « longue liste d’actes horribles — homicides illégaux, actes de torture et mauvais traitements, disparitions forcées, viols et autres violences sexuelles, ainsi que déplacements forcés ». En tant que coordinateur de l’aide humanitaire, l’essentiel des dons versés pour les victimes passeront entre ses mains, alors qu’il est aussi accusé par les Nations unies d’avoir dérobé des millions de dollars à la Banque centrale libyenne.

La colère des populations

Deux semaines après la catastrophe, la sidération fait place à la colère. La résidence du maire de Derna a été incendiée. Les populations ont manifesté et exigé la dissolution de l’Assemblée, la démission de son président Aguila Saleh ainsi que la fin des deux gouvernements, celui de la partie ouest reconnu par les Nations unies et celui de l’est soutenu par Haftar. Elles exigent aussi une enquête internationale et l’ouverture d’un bureau de soutien de l’ONU. Comme seule réponse des autorités, les journalistes ont été expulsés de la ville, et les moyens de communication par téléphone et internet coupés, rendant encore plus difficile l’organisation de l’aide humanitaire.