Philippe Poutou : «Porter le combat partout»

Article de La Dépêche. Philippe Poutou et Christian Zueras, devant l'usine Alstom. « Cette affaire est symbolique d'une Europe dirigée par la finance et guidée par les seuls profits. C'est pour cela qu'il faut la changer, tout de suite, et redonner le pouvoir au peuple. » /Photo Joël Boyé.

La tête de liste pour le NPA aux européennes Philippe Poutou était jeudi, à Tarbes. Rencontre avec l'ex-candidat à la présidentielle, devant l'usine Alstom. Tout un symbole.

Le débat suscité par la vente d'une partie des activités d'Alstom éclaire d'un jour particulier cette campagne des européennes… «C'est symbolique des politiques actuelles, uniquement guidées par la finance, résume Christian Zueras, leader du NPA 65, et qui mènent à des catastrophes. Nous, on a un meilleur repreneur que Siemens, General Electric ou Toshiba, ce sont les employés et la population, parce que quel que soit l'industriel qui sera choisi, il y aura des répercussions graves sur l'emploi, les sous-traitants, le bassin économique et la population.» Un sujet en or pour Philippe Poutou. Qui ironise sur le dernier «truc» de Montebourg, le droit de veto. «Chaque fois qu'il s'est occupé d'une entreprise, elle a fermé… Et ce genre d'opération est possible parce que nous vivons dans une Europe libérale et capitaliste, qu'il faut absolument changer. Il faut en finir avec les politiques libérales et d'austérité qui ne conduisent qu'à affaiblir encore davantage les plus faibles, il faut avoir la vraie volonté d'une harmonisation fiscale et sociale par le haut. Nos chers gouvernants, qui sont en place au Parlement européen depuis six ans, ne se plaignaient pas de l'Europe, sauf depuis quelques semaines… Mais c'est pour refaire exactement les mêmes choses dès le 26 mai. Nous, au moins, on veut changer tout ça.» Bref, l'envie de renverser la table, même si Philippe Poutou n'est guère dupe et sait que le mode de scrutin n'avantage pas les «petits» partis. «Bien sûr, on ne sera pas élus, mais partout en Europe, d'autres partis anticapitalistes font entendre leurs voix. On s'est posé la question de participer ou pas, mais ne pas y être, c'est disparaître du paysage médiatique. Alors, on est là pour faire avancer nos idées.» Lesquelles rencontrent de l'écho, voire de l'adhésion, mais de là à les transformer en votes… «Il y a un premier ennemi, c'est l'abstention, et un second, qui est la tentation du vote FN, que certains annoncent en tête. Il y a une colère dans le peuple, mais le FN n'est pas la bonne réponse. En période de crise, les vieux réflexes ressurgissent, mais le FN, c'est la facilité de pensée… Notre défi, c'est d'arriver à capter cette colère, car nous, nous allons la transformer en espoir.» Mais Philippe Poutou note surtout une sorte de résignation. «Beaucoup de gens sont dans la panade et n'ont plus aucune perspective. Il va falloir un sursaut, que le peuple se révolte, ça ne peut pas continuer comme ça. Tout le monde souffre, mais chacun râle dans son coin, alors il faudra peut-être qu'un jour, on râle tous ensemble. Là, l'espoir pourra renaître.» Un espoir auquel il croit toujours et qu'il a tenté d'insuffler, jeudi soir, au cours d'une réunion publique à la bourse du travail.

Christian Vignes

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