Droits des femmes : vision rétrograde de 343 salauds...

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Féminisme
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Le dernier numéro du nouveau magazine Causeur a fait polémique autour de son manifeste des « 343 salauds » (réalisant par là-même un beau coup de pub). Au-delà de ce manifeste, c’est aussi l’ensemble de son dossier qui pose problème, car il reprend une bonne partie des thèses réactionnaires actuelles. L’écho qu’il a reçu n’est pas anodin.

Il y a tout d’abord ce manifeste des 343 salauds (moins nombreux en réalité) « qui sont allés, vont ou iront aux putes et qui souhaitent en garder la liberté »... Bien sûr, on a beaucoup évoqué la référence au « manifeste des 343 salopes » de 1971. Elles réclamaient le droit à l’avortement et à disposer de leur corps, risquant a l’époque une peine pour cela. Ici nos 343 connards réclament, eux, le droit à disposer du corps d’autrui, librement, et sans être blâmés pour cela...
Ce mouvement se veut celui des « nouveaux résistants », qui ne cèdent pas aux ligues de vertu et qui se dressent contre le sexuellement correct. Parmi eux, on retrouve sans surprise, un bon paquet de néoréacs comme Éric Zemmour, Pascal Bruckner ou Frédéric Beigbeder.

Le féminisme, un mouvement dépassé ?
Dans le magazine, tous s’expriment sur cette signature, et sur leur vision du monde. Ils partagent globalement le constat que les femmes ont pris le pouvoir, que notre société est devenue antihommes, antipoils, bref contre toutes les valeurs réputées masculines. Frédéric Beigbeder lui-même nous explique, presque sans rire, qu’il est obligé de porter la barbe pour prouver, qu’il est bien un mec, et qu’il appartient à une espèce en voie de disparition : le macho !
La patronne du magazine, Élisabeth Lévy, le rejoint dans cette analyse d’un féminisme qui serait « allé trop loin », aurait ainsi trahi les revendications libertaires de Mai 68, et serait passé de la revendication « mon corps m’appartient » à la « brigade des plumeaux ». Elle s’en prend notamment aux campagnes d’Osez le féminisme. On se demande pourquoi revendiquer une meilleure répartition des tâches ne serait pas une revendication politique, alors que c’est justement un des leviers pour l’émancipation des femmes.

Une prostitution librement choisie ?
Une bonne part de leur dossier est consacrée à la prostitution qu’ils considèrent comme le « droit de deux adultes consentants d’avoir la sexualité qu’ils veulent, tarifée ou pas ». Une définition bien étriquée, et loin des réalités sociales. Ils reconnaissent l’existence d’une prostitution non choisie, et de la traite des femmes, mais souhaitent défendre celles qui ont choisi de « vendre librement leur corps, et même d’aimer ça ».
Des arguments qu’on retrouve en partie dans la tribune de Philippe Caubère qui s’intitule très sobrement « on veut punir l’ hétérosexualité ». Il y raconte avec fierté sa « vie de client » et affirme tout simplement que « quand on empêche les gens de faire l’amour, ils font la guerre ». Rien moins que cela.

Retrouvons un féminisme joyeux et transgressif !
On pourrait trouver ça juste ridicule ou à vomir, mais on est obligé de l’envisager dans le contexte actuel du retour en force des idées conservatrices, depuis les antimariage pour tous jusqu’aux pères perchés sur des grues. Il nous faut mesurer à quel point le recul est profond. 
Le temps d’antenne accordé à Élisabeth Levy et ses acolytes suite à la sortie de ce manifeste, et le peu de visibilité de leurs contradicteurs doivent nous alerter. Plus que jamais, relevons bien haut le drapeau du féminisme et de l’émancipation pour toutes et tous !

Hélène Pierre