Fagor : la coopérative devenue multinationale s’effondre

Mondragón, premier groupe industriel et financier du Pays basque espagnol, emploie 83 000 personnes dans 110 coopératives. Le dépôt de bilan annoncé de Fagor Electrodomésticos, première entreprise du groupe, créée en 1956, marque la fin d’un « modèle », vanté y compris dans les milieux alternatifs.

Ceux qui n’ont pas d’autre horizon que le capitalisme accusent le groupe Mondragón de n’avoir pas restructuré assez vite ses usines : un plan prévoyait en effet de n’en garder qu’une sur cinq au Pays basque, une sur quatre en France, celle du Maroc étant vouée à la fermeture. L’essentiel de la production doit être délocalisé en Pologne, où une usine (achetée par Fagor) fabrique des appareils vendus en Europe de l’Ouest. Dernièrement, le fabricant chinois Haier s’était allié à Fagor pour construire une deuxième usine polonaise…
Les travailleurs peuvent parfaitement autogérer leur entreprise, si leurs assemblées ne servent pas qu’à entériner les décisions ! En interdisant les syndicats, Fagor a empêché tout contre-pouvoir et l’élaboration d’alternatives. Seule Ahots kooperatibista, association de réflexion à laquelle participent des syndicalistes nationalistes basques, a pu critiquer la stratégie et les dérives bureaucratiques et antisociales (cf. article dans le dossier de Tout est à nous ! n°138 (1) ).
Ce manque de démocratie découle du choix de Mondragón de chercher à tirer parti de la concurrence capitaliste, en s’agrandissant toujours plus et en allant exploiter des salariéEs en Pologne ou en Chine. C’est ainsi que les coopérativistes ont pu « décider » une baisse de 20 % de leur salaire en quelques années, et les délocalisations... jusqu’à supprimer leur propre emploi. Le groupe poursuit sa fuite en avant dans une mondialisation libérale qui étrangle pourtant Fagor. Il ne reclasserait que la moitié des coopérativistes (abandonnant ainsi son système, qui garantissait l’emploi à vie).

Premières manifestations
Largement soutenus par la population, des milliers de coopérativistes sont descendus dans la rue pour réclamer le maintien de l’activité, et la lutte continue avec l’occupation d’une des usines à Basauri. En France, faute d’approvisionnement, la production est arrêtée depuis mi-octobre. Plus de 3 000 emplois sont menacés, si on compte ceux des sous-traitants, dont ceux de l’usine de Lyon, qui fabriquait toujours des lave-linge pour Fagor Brandt, les nouveaux produits issus de la ré-industrialisation promise se vendant très peu.
La plupart des salariéEs vendéens et de l’orléanais ont été renvoyés chez eux, en chômage partiel complété intégralement : une façon de les endormir et de les séparer de celles et ceux toujours présents sur les usines ou les autres sites (recherche à Lyon, après-vente à Cergy et commerce à Rueil). La mobilisation pour réclamer le redémarrage de l’activité a pourtant commencé, avec des manifestations à Vendôme, Orléans, La-Roche-sur-Yon et Lyon.
L’administration judiciaire peut relancer les usines, en attendant le dépeçage par un repreneur : une fois les marques et les brevets récupérés, celui-ci ira fabriquer les appareils ailleurs, pour réaliser un maximum de profits. À quoi sert alors le gouvernement, qui se contente de parler de « sauver le maximum de sites et préserver le plus possible d’emplois » ? Pourquoi ne pas continuer la fabrication, en remettant en place un pôle public de l’électroménager, comme cela s’était fait avec la nationalisation de Thomson en 1982 ? Une perspective qui permettrait aussi de maintenir l’emploi dans les autres usines françaises du gros électroménager (Electrolux à Revin et Whirlpool à Amiens)...

Correspondante
1. npa2009.org/content/le-travail-c’est-notre-affaire

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