Ouvrir une perspective anticapitaliste

Plus de mille plans de licenciements collectifs en un an, une augmentation de 16 % sur les neuf premiers mois de 2013 par rapport à la même période de 2012. Des chiffres qui ne sont qu’un pâle reflet de la catastrophe humaine et sociale, individuelle et collective qui s’abat sur des milliers de salariéEs brutalement jetés à la rue, sans espoir réel de retrouver un emploi.

Ces licenciements collectifs ne sont que la partie la plus visible des licenciements. Les invisibles, licenciements individuels ou soi-disant ruptures négociées, explosent eux aussi, mais en silence, tout comme augmente la précarité, ce travail en miettes qui ne permet ni de vivre correctement ni de faire des projets. Les nouveaux emplois créés sont en grande majorité des CDD, et représentent 82,4 % des embauches, le niveau le plus élevé depuis 10 ans. En plus, leur durée s’est raccourcie. La part des CDD de moins d’un mois est passée en 5 ans de 60 % à 71 % des embauches. La part de l’intérim a diminué parce que dans beaucoup d’entreprises, les intérimaires ont été jetés les premiers. Telle est la réalité qu’aucun tripatouillage des chiffres ne parviendra à masquer. Une réalité bien loin des annonces sur l’« inversion de la courbe du chômage »...

Affronter ce gouvernement
La crise est loin d’être finie et les capitalistes en demandent toujours plus. L’un de leur porte-flingue, l’agence de notation Standard & Poor’s, vient de dégrader la note de la France. Le gouvernement répond positivement à cette nouvelle injonction à faire encore et toujours plus d’austérité. Moscovici affirme que « les investisseurs peuvent et vont continuer à faire confiance à la France ». Et Hollande de déclarer : « Je confirmerai la stratégie qui est la nôtre, le cap qui est le mien », car il estime que c’est la seule manière « d’assurer la cohésion nationale et sociale ». Le ton est donné : il n’y a rien de bon à attendre de ce gouvernement.
Refusant de l’affronter, les réactions syndicales n’ont été à la hauteur : ni contre la loi de « sécurisation de l’emploi », ni pour défendre les retraites, ni pour s’opposer aux licenciements. Mais si le mouvement ouvrier est quasiment inaudible, le terrain de l’opposition au gouvernement n’est pas désert pour autant. L’extrême droite cherche à l’occuper. Les forces réactionnaires s’incrustent dans tous les espaces ouverts par la politique du gouvernement, du manque de fermeté sur la PMA à la politique sécuritaire qui n’a rien à envier à celle de Sarkozy, de l’injustice fiscale à la rengaine sur le « coût du travail », frein à la sacro-sainte compétitivité des entreprises. Dans cette situation complexe, celles et ceux qui sont directement confrontés à la perte de leur seul moyen de subsistance cherchent les moyens de résister.

Où vont les mobilisations ?
Les débats qui entourent la manifestation de Quimper du 2 novembre se poseront à nouveau parce que la course de vitesse est engagée entre le mouvement social et les forces réactionnaires pour déterminer qui donnera le ton des mobilisations contre le gouvernement. Une course de vitesse pour savoir qui prendra la direction des mobilisations sociales et politiques contre le gouvernement, mais aussi pour déterminer  le contenu des réponses qui seront apportées. 
Ce n’est jamais dans la passivité et la résignation que les réponses progressistes avancent. Il faut être avec celles et ceux qui se battent et au sein de cette mobilisation ne pas occulter les contradictions, mais au contraire les affronter en ne lâchant rien sur le fond. Par exemple, ne lâcher ni sur le droit à l’emploi ni sur l’écologie, c’est défendre l’interdiction des licenciements, qui ne confond pas le maintien du salaire et du contrat de travail pour toutes et tous et la défense de productions inutiles voire nuisibles et/ou dangereuses.
Mais les propositions justes ne sont rien si elles ne postulent pas à être mises en œuvre, si le seul avenir imaginable est soit le libéralisme du PS, flanqué ou non d’EELV, soit une solution autoritaire avec la droite et l’extrême droite. Celles et ceux qui s’opposent à gauche à la politique du gouvernement ont la responsabilité d’offrir une autre voie, une autre perspective politique, celle d’un gouvernement anti-austérité.

Christine Poupin

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