Hôtel-Dieu : tout un symbole !

Mais qui sont ces gens sur la photo ? On dirait des gueux envahissant, avec leurs drapeaux rouges, un vieux palais. Des sans-culottes au Palais-Royal, vu la majesté du portique ? Pourtant ils sont chez eux : ce sont des infirmières, des aides-soignants, des médecins, des citoyens, des patients de l’Hôtel-Dieu. Ils l’occupent.

Cet hôpital est le plus ancien de Paris. L’histoire le fait remonter à l’année 651, quand il fut fondé par l’évêque « Saint » Landry. Ça ne devait pas être grand-chose : un charitable mouroir pour les pauvres de l’Eglise. Mille ans plus tard, au XVIe siècle, il a failli fermer pour cause de déficit, car le financement privé (« les bonnes œuvres ») faisait défaut. Les autorités municipales et royales ont alors sauvé son existence. C’est le début de l’hôpital public. 

 

Retour à l’an 651 ?

2013. Le groupe public AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) a décidé de fermer l’Hôtel-Dieu, pour faire de grosses économies tout en réalisant une juteuse opération immobilière. 22 000 m2 au centre de Paris, au point 0 des routes françaises.

C’est fermer le seul hôpital public des neuf premiers arrondissements de Paris, une zone où résident 400 000 personnes, passent chaque année 13 millions de touristes, travaillent des centaines de milliers de salariés. C’est fermer un service des urgences qui en accueille 110 000 par an (toutes catégories), urgences qui seraient donc transférées vers d’autres hôpitaux eux-mêmes déjà complètement saturés.

A l’heure où nous publions, impossible de savoir quelle sera l’issue de la lutte. Mais quelle leçon de choses, déjà ! L’Hôtel-Dieu est un symbole du démantèlement en cours du service public de santé. Symbole, parce que sa fermeture n’a rien d’exceptionnel. Partout, le ministère de la santé et ses relais ferment des centres de santé, des hôpitaux, des maternités, des centres IVG, restructurent à tour de bras.

Et partout, l’hypocrisie socialiste se manifeste. Le gouvernement fixe le plafond des dépenses de sécurité sociale, organise l’asphyxie financière des hôpitaux. A Paris, l’AP-HP décide (parmi bien d’autres) la fermeture de l’Hôtel-Dieu, avec la bénédiction du président de son conseil d’administration, le socialiste Jean-Marie Le Guen, qui en appelle à rompre avec le « misérabilisme » et prône « l’hôpital debout ». C’est-à-dire l’hôpital sans lits.

Mais la colère des personnels enfle, un comité de soutien se constitue. En juillet, la ministre Marisol Touraine annonce le report de la fermeture des urgences, en raison d’un « climat social lourd » et du péril sanitaire. En août, la direction de l’AP-HP organise le déménagement des équipements et déroute les ambulances vers les urgences d’autres sites. Bras d’honneur à la ministre ou duplicité de celle-ci… qui ne dit rien ? La mairie socialiste se réveille… doucement : ne pourrait-on pas sursoir jusqu’en mai 2014, après les municipales ?

Ras-le-bol des personnels et des soutiens, rage de se faire balader. L’occupation est décidée et démarre le 1erseptembre, associant les syndicats du site et les soutiens extérieurs, car la santé est l’affaire de tous et toutes.

Cela suffirait déjà à nous faire parler de « grève exemplaire ». 

Mais qu’on se comprenne : l’Eglise n’avait-elle pas elle aussi ses pauvres « exemplaires » ? Bien méritants et bien mourants ? C’est la croisée des chemins pour la lutte : l’occupation, indispensable, va-t-elle rester isolée, ou réussir à entraîner d’autres dans un combat global contre toutes les restructurations, contre tous les projets de l’AP-HP et du gouvernement ? Un combat global, seul capable de mettre fin à cette politique criminelle, est possible : car partout les résistances existent.

Yann Cézard

 

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