Quimper : une révolte bretonne

Samedi 2 novembre à Quimper. Une marée de bonnets rouges, une forêt de Gwenn-Ha-Du parsemée de quelques drapeaux rouges, des quais de l’Odet au mont Frugy, la place de la Résistance déborde...

Organisée par le collectif pour l’emploi en Bretagne, la manifestation est un événement. Le nombre de participants : 20 000 ? 30 000 ? Qui pourrait le dire ? Des bouquets de chrysanthèmes qui symbolisent les emplois que l’on enterre sont disposés aux abords de la place. « Re ’zo re » (« trop c’est trop ! ») affirme une banderole tendue sur le Frugy. La sono diffuse « La Blanche Hermine » de Gilles Servat, quelques tubes des frères Morvan mais aussi « Bellaciao », Keny Arkana ou Trust...

Quimper contre Carhaix ?
L’écho médiatique sur les ondes et dans la presse est impressionnant. Des médias qui se font aussi écho de la discussion, voire de la polémique : Quimper ou Carhaix ? Trois jours avant la manifestation de Quimper, la CGT a lancé un appel à manifester à Carhaix, à 65 km de là. Le Front de gauche fait volte-face et suit la CGT, entraînant une partie de la FSU, Solidaires 22 et 35 ainsi qu’EELV, le Parti de gauche et le député PS de la circonscription. Le matin du 2 novembre, Bernard Poignant (maire de Quimper, conseiller de François Hollande) leur apporte même son soutien à la télévision...
Les 1 500 à 2 000 personnes qui ont donc manifesté à Carhaix auraient pourtant eu toute leur place à Quimper pour constituer avec nous un pôle ouvrier indépendant, seul à même de lutter réellement contre les licenciements.

Populaire et combative
On trouve dans la manifestation de nombreux salariés des usines qui licencient : les « Marine Harvest » de Poullaouen, les « Gad » de Lampaul-Guimiliau, les « Boutet-Nicolas » de Rosporden, les « Doux » et les « Tilly-Sabco » venus de Guerlesquin, mais aussi des salariés du public, des retraités, des précaires et des chômeurs. La déferlante de licenciements concerne presque 10 000 personnes en Bretagne depuis quelques mois, et ce sont avant tout des victimes de la crise capitaliste qui viennent crier leur colère.
Le NPA distribue tracts et autocollants pour l’interdiction des licenciements pendant que certains brandissent des pancartes demandant la suppression de l’écotaxe. On trouve certes des élus UMP, des représentants patronaux mais aussi Force ouvrière, des militants de la CGT, de Solidaires, de la FSU et de l’Union démocratique bretonne (UDB) ainsi que le NPA qui a le plaisir d’accueillir le camarade Philippe Poutou que de nombreux manifestants ont remercié pour son soutien.
Nous organisons un point de rassemblement avec nos camarades des Alternatifs, d’Attac, de Breizhistance, rejoint aussi par des camarades du FdG présents. Nos autocollants proclament « E Breizh pe da lec’h all ! Nann d’an dilabour ! » (« En Bretagne comme ailleurs ! Interdiction des licenciements ! »). De nombreux manifestants les collent volontiers sur leurs vêtements. « Ça au moins, c’est clair ! » nous disent-ils.

Unité pour la lutte
Les discours se succèdent, et on y trouve de tout. 
À l’origine de l’appel à cette manifestation, Christian Troadec, le maire de Carhaix, insiste dans son intervention sur l’unité de tous les Bretons qui doivent se battre pour l’avenir de la région. Les représentants patronaux pleurent sur leurs « difficultés », réclament moins de « charges » et moins de taxes... Passons sur l’intervention du responsable de la FDSEA, le syndicat des agriculteurs productivistes. Les représentants syndicaux appellent, eux, les travailleurs à lutter pour défendre leurs emplois et leurs conditions de travail. Nadine Hourmant, déléguée syndicale FO de Doux, insiste sur l’unité qu’il faudra réaliser entre les travailleurs du public et ceux du privé et l’interdiction des licenciements, ainsi que le représentant des marins de la CGT. Enfin, notre camarade du NPA Kreiz-Breizh, Matthieu Guillemot, lit un message de Pierre Le Ménahès, dirigeant de la CGT des fonderies de Bretagne (ex-SBFM), très connu dans la région pour la lutte victorieuse qu’il a animée.
Quelques jeunes passent le temps en jetant des pots de chrysanthèmes sur les CRS, en mettant le feu à quelques palettes ou en tirant des fusées de détresse. L’immense cortège s’ébranle enfin, parcourt les rues aux magasins fermés mais qui affichent tous sur leur devanture leur soutien à cette manifestation.
Le vent de la révolte s’est levé ! Il nous reste désormais à envisager la suite de la lutte pour imposer le blocage des licenciements, le maintien des salaires de tous les salariés menacés, et l’ouverture de tous les livres de comptes !

Michel K. et correspondants

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