Syrie : les politiques du pire

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Hollande s’affirme le plus déterminé à accompagner Obama dans de futures frappes aériennes en Syrie, en vue de « punir » Bachar al-Assad des récents bombardements chimiques contre son peuple. Pour celles et ceux qui, instruits par les expériences passées refusent cette intervention militaire impérialiste, il est un impératif inséparable : le soutien concret au peuple syrien insurgé !
On ne dénoncera jamais assez les crimes du clan de Bachar al-Assad, prêt à tout pour garder le pouvoir. Prêt à détruire son pays, à massacrer des centaines de milliers d’habitants, y compris les enfants, par les fusillades, la torture, les bombardements, la famine, et maintenant par les armes chimiques. Ainsi les attaques aux gaz récentes dans des zones rebelles de la Ghouta près de Damas, emplissent d'horreur contre un tel régime et de rage contre l'hypocrisie des grandes puissances. Tout cela, parce que le peuple syrien s’est levé en masse contre la dictature corrompue qui l’opprime depuis des décennies, pour exiger la liberté et la justice. Face à une résistance populaire héroïque, cette politique du pire ne peut se déployer que parce que Bachar al-Assad a trouvé la protection et l’aide financière, logistique, militaire et diplomatique de l’Iran des mollahs et de la Russie de Poutine.

Des grandes puissances responsables
Mais, en mégotant leur aide à tous les niveaux, en refusant de livrer les armes que réclament depuis tant de mois les structures collectives de lutte dont s'est doté ce peuple, les « démocraties occidentales » portent aussi une lourde responsabilité. Elles ont en fait cherché un simple replâtrage du pouvoir syrien, parce qu’elles craignent la contagion de l’aspiration à la liberté dans le reste du Moyen-Orient. Tout en disant vouloir les éviter, elles ont contribué au développement de courants obscurantistes religieux qui ont imposé leurs services contre le régime baasiste, mais constituent sous l’égide de l’Arabie saoudite ou du Qatar un second ennemi mortel pour le peuple syrien.
En réaction aux attaques chimiques récentes, les gouvernements d’Obama, de Hollande et quelques autres tentent maintenant d’imposer leur intervention rapide par des bombardements dits limités. Il s’agit pourtant d’une autre politique du pire ! Elle ne peut qu'avoir des effets contre-productifs : douteuse quant à son efficacité militaire face à un régime surarmé et aventuriste ; porteuse de nouveaux morts civils et de nouvelles escalades de répression ; désastreuse devant l’opinion publique internationale excédée par ces « maîtres du monde » qui s’accordent tous les droits. Les USA et leurs alliés ont servi sur un plateau au régime d’Assad, passé maître dans l’art de la propagande, la justification de la répression sans frein, de la torture au nom de « la lutte contre le terrorisme », et la négation de ses crimes à partir des mensonges d’État de l’ère Bush (les prétendues « armes de destruction massive » de Saddam Hussein). Il ne manque plus que le « blanchiment » d’Assad comme anti-impérialiste !

Soutenir la lutte du peuple syrien
Les responsabilités des véritables internationalistes sont donc immenses. Il s’agit d’une part de se mobiliser résolument contre l’engagement des forces françaises dans une nouvelle aventure impérialiste occidentale, que le gouvernement Hollande-Ayrault a décidé de soutenir d’une manière particulièrement anti-démocratique. Mais il s’agit en même temps d’isoler toujours plus fortement le clan criminel d’Assad et de dénoncer ses alliés, en particulier l’impérialisme russe. Il s’agit enfin de soutenir concrètement le peuple syrien, qui poursuit sa lutte sur ses objectifs initiaux, mais dans les conditions les plus dures avec un conflit armé qui lui a été imposé. Nous devons obtenir la livraison de l'aide indispensable (vivres, soins, équipements, armes) aux représentants des collectifs syriens qui se battent pour la démocratie, la justice sociale et la dignité nationale dans le respect de toutes les composantes du pays. Face à un pouvoir qui a coupé tous les ponts de compromis, le peuple syrien ne pourra transiger sur la chute et le jugement du clan de Bachar al-Assad, et le refus de toute tutelle étrangère.

Jacques Babel