Chine : industries criminelles

Le 3 juin dernier, un incendie s’est déclaré à 6 heures du matin dans un abattoir de volaille à Dehui (province de Jilin) où quelque 300 personnes travaillaient. Il aurait été causé par de l'ammoniaque liquide ou gazeux utilisé pour la réfrigération. Cette entreprise de la Jilin Baoyuanfeng Poultry Company produisait 67 000 tonnes de poulets par an.
L’incendie a été très meurtrier avec, selon les chiffres publiés par l’agence de presse officielle, au moins 120 décès et 70 blessés. Si le bilan est si lourd, c’est que deux issues de secours sur trois étaient bloquées : le personnel a été piégé, incapable de fuir.
Deux autres accidents industriels se sont produits à quelques jours près dans le nord-est de la Chine. Le 31 mai, un violent incendie s’est déclaré dans un entrepôt à grains géant de la province du Heilongjiang, sans faire cette fois de victime. Le 2 juin, dans mégalopole industrielle de Dailan, une explosion sur un dépôt du pétrolier Petrochina a provoqué deux morts (et deux disparus).

Insécurité
La presse et le gouvernement ne peuvent que reconnaître le non-respect des normes de sécurité dans le pays. Selon l’agence Chine nouvelle, « La facilité avec laquelle les entreprises font fi de ces règles ainsi que la négligence des inspecteurs locaux ont conduit à des accidents industriels fréquents ». Elle admet « un bilan encore lamentable en matière de sécurité du travail » (cité dans le Monde du 4 juin).
L’insécurité est présente partout : dans l’industrie, le bâtiment, le secteur minier. Ainsi, en 2012, plus de 1 300 personnes ont trouvé la mort à cause dans des mines à la suite d’effondrements, d’explosions, ou d’inondations. Les scandales alimentaires se succèdent et la pollution est devenue un problème majeur de santé publique. Tout se tient : les pétroliers responsables de catastrophes industrielles bloquent aussi la mise en œuvres de normes antipollutions au nom de la compétitivité.
Les accidents industriels suscitent de nombreuses protestations populaires. À Dehui, le jour suivant l’incendie de l’abattoir de volaille, une centaine de manifestantEs se sont heurtéEs avec la police, accusant leur patron d’être responsable de la catastrophe.

Pierre Rousset

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