Sommet de l'énergie : compétitivité contre transition écologique

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Écologie
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Lors du sommet sur l'énergie de l’Union européenne mercredi 22 mai, les dirigeants se sont accordés sur une politique énergétique des plus régressives, tournant le dos aux engagements climatiques et aux promesses de transition énergétique, ce qui était prévisible.
Dorénavant, les défis énergétiques se limiteraient aux « prix trop élevés » de l'énergie, à la « compétitivité », à l'achèvement du marché intérieur, aux infrastructures d'interconnexion des réseaux et à la nécessité « d'encourager » le secteur privé pour « financer » et « investir ». Climat, efficacité et sobriété énergétique, résilience des territoires (1), sortie des énergies fossiles, arrêt du nucléaire ou contrôle par la population semblent le cadet de leurs soucis.
Quand nos dirigeants parlent de climat lors de ce sommet, c'est pour rappeler que les « financements doivent principalement provenir des marchés » et qu'il faut donc disposer « d'un marché du carbone fonctionnel et d'un cadre prévisible sur les politiques climat et énergie post-2020, propice à la mobilisation des capitaux privés et permettant de faire baisser les coûts des investissements énergétiques ». Vu l'efficacité et la dangerosité du marché du carbone européen, il y a de quoi s'inquiéter (2).

Le coût de leur économie…
En cas de doute, Holger Krahmer, eurodéputé libéral allemand (ADLE), nous explique cette politique énergétique : « Pour la première fois, l'augmentation des coûts de l'énergie et la baisse de compétitivité de l'économie européenne seront plus importantes que les ambitions bien évidemment inexécutables sur le changement climatique mondial ». Enfin « la fin de l'hystérie sur le climat » ! Des fois que nous aurions mal compris la déclaration finale du sommet…
Cette déclaration évoque aussi « un recours plus systématique aux sources locales offshore et onshore d'énergie ». Traduction : l'exploitation des hydro­carbures non conventionnels, y compris de schiste, ne doit pas être un tabou. Bien sûr, tout cela est emballé avec un « respect des choix de mix énergétique des États membres ». Gaz de schiste, centrales nucléaires et autres grands parcs solaires et éoliens pourront co­exister dans le meilleur des mondes possible, histoire de copier le voisin étatsunien et ne pas perdre « notre » place dans la compétitivité mondiale.
L'alliance du libéralisme, du conservatisme et du social-libéralisme au niveau européen nous refourgue encore une politique libérale et productiviste qui ne peut être que l'obsolescence programmée, à l'image des nombreux objets à vie courte vendus dans notre société, ne prenant pas en compte les impératifs écologiques. La responsabilité des anticapitalistes est bien de proposer une alternative écosocialiste face aux scénarios du pire (3).

CorrespondantEs commission nationale écologie
1. http://villesentransition.net/transition/pages/resilience/quest-ce_que_la_resilience
2. http://www.france.attac.org/articles/il-est-temps-de-mettre-fin-au-marche-du-carbone-europeen-pour-une-veritable-transition
3. « Scénarios du pire et alternative écosocialiste » par Michael Löwy) : http://www.contretemps.eu/node/543

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