Angleterre : de l'horreur terroriste au racisme

Le meurtre d'un soldat à Woolwich (Londres) le 22 mai est atroce. Mais la même horreur frappe aveuglément, à une échelle plus grande encore, des milliers de civils anonymes tués par des drones armés au Pakistan, au Yémen et en Afghanistan depuis des années. Toutefois, un tel meurtre ne sert aucun objectif politique progressiste. Cet événement est instrumentalisé pour relancer un débat qui vise à aggraver la remise en cause des libertés civiques. La droite néo-fasciste est descendue dans la rue. Les bras armés de l'impérialisme britannique bénéficient d'une vague de sympathie et d'un soutien populaire qui rend la tâche encore plus difficile pour ceux d'entre nous qui s'opposent à leurs interventions.
Bien que cet acte macabre semble être un acte isolé, d’emblée le Premier ministre Cameron a fait le choix d'en faire une attaque terroriste organisée.
En réagissant ainsi, le gouvernement ne s'en prend pas aux racines politiques de ces attaques. Avant le lancement, dans le sillage du 11 septembre, de la « guerre contre le terrorisme », qui a conduit aux invasions et aux occupations de l'Afghanistan et de l'Irak, de telles attaques n'existaient pas. Ce « choc des civilisations », cette « croisade », selon les mots du président américain George W. Bush, est le terreau du meurtre de Woolwich. Cette analyse n'est pas seulement celle de la gauche, mais celle aussi par exemple de l'ancienne chef du MI5, Stella Rimington, qui déclarait en 2008 que la guerre contre le terrorisme en Irak avait encouragé de jeunes britanniques à se tourner vers le terrorisme.

Cette guerre qui propage le terrorisme…
Aucun des objectifs officiels de la guerre contre le terrorisme n'a été atteint. Loin d'éradiquer le terrorisme, elle a au contraire contribué à sa propagation. La guerre civile semble s’étendre dans certaines régions d'Irak, alors qu'en Afghanistan les talibans restent invaincus. Dans les deux pays, la démocratie et les droits civiques sont toujours absents.
La « guerre contre le terrorisme » et les invasions de l'Afghanistan et de l'Irak ont eu des conséquences délétères : la propagation du racisme et de l'islamophobie. 38 incidents islamophobes, dont trois attaques contre des mosquées, ont été recensés dans la nuit qui a suivi le meurtre. Plus d'une centaine de voyous de la Ligue de défense anglaise se sont déchaînés dans les rues de Woolwich. 
Les leaders musulmans britanniques sont sommés de condamner le meurtre, alors qu'on ne le demande jamais aux responsables d'autres religions quand des atrocités sont commises par des blancs armés, aux motivations souvent politiques, comme en Norvège ou aux États-Unis par exemple. Ces tueurs sont rarement décrits comme des terroristes, mais plutôt comme des « fanatiques » ou des « fous ». La « guerre contre le terrorisme » a également été utilisée pour restreindre les droits civiques et mettre en place une vaste surveillance intrusive, ciblant les musulmans en particulier.
Dans la foulée des événements de Woolwich, la tâche immédiate de la gauche est de résister aux réactions racistes, de continuer à lutter contre la « guerre contre le terrorisme » et de défendre les droits civiques.

De Londres, Fred Leplat (traduction Raymond Adams)

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