France Télécom : la logique meurtrière du « business »

« En 2007, je ferai les départs d'une façon ou d'une autre, par la fenêtre ou par la porte. » C’est ainsi qu’en octobre 2006, Didier Lombard, patron à l’époque de France Télécom, avait annoncé son intention de dégraisser l’entreprise de 22 000 emplois…
Il était déjà connu pour sa déclaration ignoble sur la « mode du suicide » à France Télécom mais la transcription d’une réunion interne publiée dans le Parisien du 7 mai dernier confirme que l’effroyable succession de suicides à France Télécom (91 en trois ans !) n’était due ni au hasard ni à une quelconque « mode » mais à un plan délibéré de harcèlement du personnel manigancé par Lombard lui-même et les autres dirigeants de la boîte.
D’après un rapport de l’Inspection du travail, France Télécom a bien « mis en œuvre des méthodes de gestion du personnel qui ont eu pour effet de fragiliser psychologiquement les salariés 
et de porter atteinte à leur santé physique et mentale. » En juillet dernier, trois de ses dirigeants, dont Lombard, ont été mis en examen pour « harcèlement moral ». Depuis les dernières révélations, les plaignants souhaiteraient qu’on y ajoute « mise en danger de la vie d’autrui. »

Cynique et brutal
Comme d’habitude, c’est quand les capitalistes se retrouvent entre eux qu’ils 
se permettent de dire tout haut ce qu’ils pensent vraiment. D’ailleurs, quand la direction a appris qu’il existait un enregistrement de la réunion, elle aurait cherché à le faire disparaître, et, les phrases les plus incriminantes ont été édulcorées dans la transcription écrite. Peine perdue, car les juges ont retrouvé la version originale en perquisitionnant le garage de la secrétaire qui en avait gardé une copie.
Tout cela ne serait-il dû qu’à quelques brebis galeuses, à quelques individus particulièrement cyniques et brutaux qu’il suffirait de remplacer ? Pas si simple. Lors de la même réunion, Olivier Barberot, ex-DRH de France Télécom et co-inculpé dans cette affaire, a prononcé une des phrases les plus révélatrices : « On est dans une considération humaine mais c’est la logique business qui commande. » C’est effectivement la logique capitaliste du profit à tout prix qui est cynique et brutale, mais les Lombard, Barberot et autres dirigeants du CAC 40 sont parfaitement à l’aise et bien récompensés pour l’appliquer jusqu’au bout. C’est bien « tout » qu’il faudra changer, c’est-à-dire se débarrasser du capitalisme et de sa logique meurtrière.

Ross Harrold
À lire : Orange stressé d’Ivan du Roy, édition La Découverte, 2009.

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