Prisons : le changement, c'est urgent !

La spectaculaire évasion de Redoine Faïd de la prison de Sequedin en avril dernier a ravivé les tensions entre le lobby syndical des « matons » (FO et UNSA) et la Chancellerie. Après son opération de communication à la prison des Baumettes, dont tout le monde semble découvrir l’état de délabrement général, Christiane Taubira s’est donc rendue sur place afin de tenter de calmer le jeu.
Confrontée à la dure réalité du terrain, la garde des Sceaux a dû convenir elle-même que « la plupart des détenus passent leur temps à essayer de contourner les règlements et à tisser des contacts avec l’extérieur ». La situation est depuis quelques mois devenue tendue dans bon nombre de centres de détention et de maisons d’arrêt, surpeuplés, gérés tant bien que mal par une administration pénitentiaire confrontée elle aussi à des contraintes budgétaires et un manque d’effectifs permanent. Les syndicats de la pénitentiaire réclament bien sûr un renforcement des fouilles des prisonniers, et le durcissement des règlements intérieurs et Marine Le Pen se prononce elle, pour la fouille des familles à la sortie des parloirs, démontrant si cela était nécessaire de quel côté de la barricade elle se trouve. 

Abolitionnistes convaincus
Nous ne saurions souscrire aux revendications de celles et ceux dont le travail consiste à réprimer massivement notre camp social. Tant qu’existera ce système carcéral destructeur et inhumain, la seule motivation qui animera celles et ceux qui la subissent sera de s’évader, ou d’enfreindre les règlements internes à la détention, tous plus ou moins liberticides. L’évasion de Redoine a été perçue par la quasi-totalité des détenuEs comme un formidable pied de nez fait à l’administration et comme un encouragement salutaire à ne pas subir l’enfermement comme inéluctable et sans espoir.  
En battant le record du nombre de détenus (67 493 pour 56 975 places au 1er avril 2013), en se voyant une nouvelle fois le 25 avril condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour sa politique carcérale dégradante et inhumaine, la France et son gouvernement « socialiste » démontrent qu’ils n’ont d’autre programme pénitentiaire que celui de leurs prédécesseurs.
Face au développement de la crise économique et aux ravages sociaux qu'elle engendre, le tout-répressif est la seule réponse envisagée par les gestionnaires du capitalisme. Toute nouvelle loi pénitentiaire, tous les bracelets de sécurité, toutes les constructions de nouvelles prisons, toutes les politiques de réinsertion bidon seront vaines. Le système carcéral n’est pas à aménager ou à améliorer, il doit être détruit.

Alain Pojolat

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