Slovénie : un maillon faible, pour qui ?

La Slovénie (membre de l'UE depuis 2004 et dotée de l'euro depuis 2007) a été présentée comme le prochain maillon faible de la zone euro après Chypre. En réalité, la crise est exploitée pour tenter de mettre fin à de puissantes résistances sociales et pour impulser, avec de nouvelles privatisations,  l'austérité sociale, sur arrière fond de corruption et fraude fiscale.

Quelle crise ?
La Slovénie a connu une récession majeure en 2009 (– 8 %) avec une nouvelle chute en 2012 (– 2,5 %), le taux de chômage dépassant aujourd'hui 11 %. Cette ancienne république yougoslave de deux millions d'habitants a subi de plein fouet l'impact de la crise bancaire et de la récession européennes de 2008. Mais elle a aussi été affectées par une bulle immobilière (comme en Espagne – ou plus à l'Est, en Hongrie, Croatie ou Monténégro) et par des montages de crédits transfrontaliers se révélant « toxiques ». Le soutien de l'État aux banques et entreprises en difficulté a fait passer le déficit public annuel à quelque 6 % du PIB depuis 2009, faisant « flamber » la dette publique depuis trois ans. Pourtant, cette dette reste en dessous de 50 % du PIB, bien loin des normes européennes. Mais la « règle d'or » est brandie pour imposer des réformes des retraites et du code du travail – avec la promesse de ramener le déficit budgétaire en-dessous de 0,5 % du PIB d'ici 2015. 
La nouvelle Première ministre slovène Alenka Bratužek de « centre-gauche » a rejeté toute comparaison avec la situation de Chypre : le secteur bancaire slovène n'est pas « surdimensionné » et la Slovénie n'est pas non plus un paradis fiscal. Au contraire, attaché à sa récente indépendance, le pays a plutôt été défiant envers la libre circulation des capitaux, au point que les institutions financières considèrent sa « transition » inachevée et que le FMI prône de réaliser enfin les réformes structurelles pour « aller plus loin ». 
L'enjeu réel du bras de fer à venir est là : les résistances aux préceptes néo-libéraux et à l'austérité sociale, exprimées massivement au cours de l'hiver 2012, seront-elles en mesure de rebondir et de se consolider pour imposer un contrôle social sur les comptes des entreprises, des banques, de l'État, en lieu et place de celui de la Troika ?

L'exception slovène
Derrière la « modération » des destructions sociales en Slovénie, il y a eu depuis le début de l'indépendance slovène en 1991, une accumulation de luttes. L'exception slovène est là : les anciens syndicats officiels, transformés en une Confédération des syndicats libres ZSSS et associés en front unique avec de nouveaux syndicats, ont maintenu un rapport de forces contre des projets anti-sociaux1 : si la restauration capitaliste a bien eu lieu, un certain nombre de mesures néo-libérales ont été ralenties, infléchies ou bloquées. 
C'est surtout à partir de 2002, sous pression des exigences des institutions financières et de la commission européenne, que les privatisations se sont accentuées, et avec elles les montages financiers (que les capitaux soient « nationaux » ou étrangers), le clientélisme et la fraude fiscale. Bref, la « normalité » de l'appât du gain gangrénant tous les partis.
À l'arrière plan des manifestations, outre l'accumulation des résistances organisées par les syndicats, s'est formé un autre creuset de radicalisation, tourné vers la jeunesse, et les catégories sociales non organisées par les syndicats : la Workers & Punks' University (WPU), université parallèle autogérée établie en 1998, lieu de formation critique face à la crise globale capitaliste, de réappropriation du passé révolutionnaire et autogestionnaire, de liens balkaniques2 et d'insertion dans les résistances alter-mondialistes.
La position charnière de la « petite » et si riche Slovénie dans les Balkans et dans l'euro-zone est essentielle à l'émergence d'une Autre Europe.

Catherine Samary
1. Lire les articles d'Inprecor : Lucien Perpette et J.M. (n° 511-512 nov.-déc. 2005) ; Lucien Perpette et Chris Den Hond (n°532-533 nov.-déc. 2007) ; Jacques Radcliff (dernières nouvelles 2011) ; Lucien Perpette (février 2013) sur www.inprecor.fr
2. Lire les articles : « Les Roumains refusent l'austérité » (Tout est à nous ! n°134) ; « Bulgarie : tensions électriques » (Tout est à nous ! n°188), et différents articles sur les Balkans, notamment « le Forum social des Balkan, une chance pour l'Autre Europe », sur www.europe-solidaire.org 

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