« Manif pour tous » : Barjot ? Pas si sûr !

La pathétique égérie des partisans de la « manif pour tous » Virginie Tellenne, plus connue sous le sobriquet de Frigide Barjot, aurait pu rester dans le relatif anonymat que lui laissait son statut de médiocre humoriste de droite. Dieu, la droite et l’extrême droite en ont décidé autrement, lui confiant la mission sacrée de prendre la direction de la croisade contre le « mariage gay ».

Depuis plusieurs semaines, les plateaux de télé se l’arrachent, et elle multiplie les déclarations les plus provocatrices, attisant la haine, promettant même à Hollande que « le sang allait couler ». Mais finalement, pour le compte de qui roule ce prétendu électron libre ?
D’abord, rappelons quelques éléments biographiques. Suivant l’adage « charité bien ordonnée commence par soi-même », notre fervente catholique habite à Paris, dans le quartier du Marais, un appartement HLM de la ville de Paris – 173 m2 plus une terrasse de 40 m2 – excusez du peu ! Elle partage ce modeste pied-à-terre avec son mari, un ancien militant du GUD, frère de Karl Zéro (ancien gudard lui aussi). Son mari, connu sous le nom de Basile de Kock, fut membre du club de l’Horloge, think tank qui réunissait dans les années 90 d’éminents membres de la droite et de l’extrême droite. Lié au couple Tibéri, il fut lui aussi condamné pour emploi fictif. Le mariage de Frigide et Basile fut célébré par l’abbé Georges de Nantes, partisan de monseigneur Lefebvre et fondateur d’une association intégriste, la Contre-Réforme catholique, connue pour ses positions pétainistes et pro-Algérie française…
Confusion réactionnaire
Interrogé la semaine passée sur ses liens avec l’animatrice de « la manif pour tous », Jean-Marie Le Pen, se remémorait, tout ému, que la petite Virginie lui sautait sur les genoux, quand son père, cadre du FN, lui rendait visite. Et lors de la manifestation homophobe du dimanche 21 avril, celle qui aujourd’hui encore ose se prétendre « apolitique » n’hésitait pas à claquer la bise au député FN Gilbert Collard !
Jouant en permanence sur l’ambiguïté, alternant d’une heure à l’autre propos lénifiants et appels à la guerre civile, cette fausse naïve ne fait que recycler la vieille recette de Sarkozy qui prétendait récupérer les valeurs de la gauche, allant jusqu’à rendre hommage au résistant Guy Môquet… En appelant à participer à la manifestation annoncée du Front de gauche le 5 mai pour une VIe République, Barjot ne fait pas autre chose. Cette proposition de convergence contre nature n’était bien sûr qu’une provocation, mais elle aura permis d’installer une confusion dans certains esprits déboussolés par la crise politique et sociale et la perte des repères idéologiques. En reprenant le graphisme des affiches du mouvement ouvrier, et en détournant les slogans de 68, en osant s’approprier le terme de « printemps arabe » pour rebaptiser le mouvement réactionnaire actuel en « printemps français », la droite et ­l’extrême droite comptent profiter de la crise de régime qui se dessine pour bousculer et délégitimer toutes les valeurs défendues par le mouvement ouvrier. Et Frigide Barjot est à l’évidence un des vecteurs de cette stratégie.
La lutte contre les idées réactionnaires, l’autodéfense contre la multiplication des agressions  racistes, fascistes et homophobes sont devenues une urgence. Les anticapitalistes doivent être en première ligne dans ce combat, à commencer par une participation massive aux manifestations du 1er et du 5 mai. L’heure de la contre-offensive est venue !
Alain Pojolat

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