Filles garçons : rapport en tous genres

Les stéréotypes de genre débutent dès la crèche. Tel est le constat révélé par le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), remis récemment à Najat Vallaud-Belkacem.

Il révèle en effet que l'éducation est sexuée dés la petite enfance, et rappelle que les professionnels de la petite enfance (0-3 ans) sont quasi exclusivement des femmes, donnant déjà une influence à l'apprentissage. Le rapport énumère aussi les différences observées au niveau des sports, des jouets, des habits ou des livres :
– Les jouets de garçons sont plus nombreux et diversifiés. Associés à l'extérieur, ils favorisent l'exploration et sont une occasion de développer des compétences spatiales, mathématiques et analytiques, alors que les filles restent à l'intérieur avec des jouets domestiques ou maternels.
– Les vêtements et les activités des filles sont cantonnés à la destination d'être jolie et plaire, tandis que les garçons ont des vêtements confortables et pratiques et sont orientés vers le sport de compétition et d'équipe.
– On habitue plus les filles à parler de leurs émotions, alors que les garçons ont plus d’interactions verbales et sont moins interrompus.
– 78 % des couvertures de livres pour enfants présentent un personnage masculin et les hommes sont plus souvent le héros de l'histoire. Les familles sont mixtes (maman et papa). Les mamans le sont à plein temps et ne travaillent pas à côté. Les papas arrivent, eux, à concilier vie de père et travail (trop forts !). Les garçons sont décrits par leurs qualités intellectuelles, les filles par leur physique et émotions (jolies et câlines !).

Ce n'est pas un problème individuel 
Ce rapport est déjà un bon point car il met en valeur l'éducation sexuée des enfants, cependant il dispose de nombreuses limites, notamment en terme d'analyse de fond et de solutions proposées.
Pourquoi les enfants de 0 à 3 ans ? Parce que selon le rapport, c'est dès la naissance et à la crèche exclusivement que ces apprentissages se font. Comme si le conditionnement sociétal auquel les enfants font face par la suite n'a aucune influence. La solution pour déconstruire serait donc de « bien » éduquer les enfants dès la crèche et hop, le sexisme disparaîtrait ? Pour cela, il suffirait donc de sensibiliser les professionnels de la petite enfance afin d'accueillir les enfants de manière neutre… Et les parents ­aussi sembleraient soumis à cette formation. Tout serait donc la faute de ces travailleurs qui reproduisent malgré eux, sans y prêter attention, ces différences. Le rapport, évoquant aussi un peu le rôle de la publicité, ne propose pourtant aucune solution concernant ce média social de masse. Serait-il trop sacré pour notre société de surconsommation ?
Il serait illusoire de croire que c'est aux personnes de s'émanciper elles-mêmes. Le sexisme existe car c'est un des fondements du patriarcat rattaché au capitalisme actuel, qui prône ces différences afin d'assurer une reproduction hétérosexuelle éternelle. Ce n'est qu'en sortant du système que l'on pourra s'émanciper. En attendant, c'est à chacunE d'éduquer ses enfants ou ceux des autres, de manière antisexiste.

Pauline Jité et Anastasia Tiarava

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