Mobilisation face à la poursuite des mêmes politiques

 

Par la Commission Education nationale région parisienne du NPA

 « Pour préserver un milieu académique déjà fortement déstabilisé par la succession désordonnée de réformes et d’appels à projets et par la défiance dont il a fait l’objet au cours du dernier quinquennat, nous avons évité la remise en cause systématique des mesures récentes », peut-on lire dans l'exposé des motifs du projet de loi Fioraso sur l’enseignement supérieur et la recherche. Voilà qui résume assez bien la politique éducative globale du gouvernement…

Par-delà quelques promesses et propositions qui sèment parfois la confusion chez les enseignants, ce qui domine est donc la continuité avec les politiques précédentes. Pourtant, le passif est lourd et, dans leur quotidien, les enseignants s’y heurtent de plein fouet : 77 000 postes supprimés en cinq ans, fichage des élèves, autonomie des établissements, pédagogie de l’évaluation, livret personnel de compétences, réformes de l’enseignement technique, du statut des enseignants-chercheurs comme conséquence de la LRU (loi sur la responsabilité des universités) du précédent gouvernement, du recrutement et de la formation des professeurs…

 

Ce qui ne changera pas, voire empirera

Contrairement aux effets d’annonce, les postes supprimés sous Sarkozy ne seront pas rétablis et il n’y aura même pas de retour au niveau de la rentrée 2011-2012. Les 43 000 recrutements annoncés se répartissent entre deux concours. Le premier recrutera 22 000 enseignants stagiaires pour remplacer les 22 000 départs en retraite prévu à la rentrée 2013. Le second sélectionnera 21 000 étudiants admissibles en juin 2013, qui passeront l’oral un an plus tard pour remplacer les 21 000 départs en retraite prévus à la rentrée 2014. Pendant l’année scolaire 2013-2014, ils effectueront un tiers-temps comme contractuels payés à mi-temps. 21 000 tiers-temps correspondent à 7 000 postes à temps plein. Cette année, le gouvernement a créé 6770 postes… dédiés à des étudiants admissibles et contractuels. 

La loi dite de la « refondation pour l’école » garde le cap de « l’école du socle » initié sous Fillon en 2005, base d’une école à deux vitesses. Dans le primaire, l’affichage est mensonger. Le « plus de maîtres que de classes » et la priorité à la scolarisation des tout-petits ne tiennent pas sans un plan de création massive de postes, en commençant par le rattrapage de ceux supprimés sous Sarkozy. Les programmes restent conditionnés par le socle commun et la systématisation des apprentissages. Dans le secondaire, les « réformes » des trois voies (générale, technologique et professionnelle) du lycée sont maintenues, de même que le cadre de la mastérisation pour les enseignants. 

Les attaques contre le statut et le cadre national de l’enseignement se trouvent également confirmés. Le transfert aux régions des cartes de formations professionnelles initiales et de l’orientation induit une remise en cause du statut national des conseillers d’orientation psychologues et des professeurs des lycées professionnels), tout en confirmant la volonté du gouvernement d’avancer vers des formations en fonction des besoins patronaux.

Quant au projet de loi Fioraso pour l’enseignement supérieur et la recherche, c’est un clone de LRU de Pécresse. Elle se situe dans la même logique de rigueur budgétaire, de mise au pas des enseignants quant à leur liberté pédagogique, de mainmise du privé sur les choix des laboratoires de recherche. L’enseignement supérieur devrait contribuer « à la croissance et à la compétitivité de l’économie (…) aux besoins des secteurs économiques et à leur évolution prévisible » ! Les universités seraient accréditées pour délivrer des diplômes encore plus individualisés et se spécialiseraient en fonction des besoins immédiats de leur environnement économique.

 

La question des rythmes scolaires

Elle ne constitue pas le cœur des préoccupations des enseignants mais a été un catalyseur de leur colère, provoquant la mobilisation d’une frange significative du premier degré. Les collègues espéraient des améliorations, ils voient que cela va empirer et que le gouvernement se moque d’eux.

Peillon affiche l’objectif de s’adapter aux rythmes des enfants et de réduire l’échec scolaire, mais les enseignants ne sont pas tombés dans le panneau : avec une demi-journée supplémentaire en classes surchargées, avec une école où l’évaluation prime sur les apprentissages, il n’y aura aucun bienfait ni pour les enfants ni pour les personnels. Les rythmes scolaires servent au gouvernement à faire diversion diversion, mais les mesures annoncées constituent aussi une avancée à pas feutrés vers une augmentation du temps de travail des enseignants, sans évidemment aucune compensation financière.

Après la grève du 12 février, suivie par près de 60 % des enseignants dans le premier degré, la FSU (principale fédération syndicale de l’éducation nationale) a fixé comme seule perspective une journée de manifestation le samedi 6 avril, sur une plateforme revendicative « non négociable, non amendable » ne comprenant ni le retrait de la loi d’orientation, ni l’abrogation du décret sur les rythmes, mais uniquement pour ce dernier la demande qu’il soit réécrit et que son application soit reportée à la rentrée 2014.

Cette position, visant à amender à la marge ces réformes réactionnaires, revient à les soutenir. C’est une aide importante pour Peillon qui, face à la contestation, affirme ne pas vouloir « passer en force », mais poursuivre « la concertation » « sur le terrain »… Comme le lui demande la direction de la FSU ! 

 

Se donner les moyens de poursuivre la mobilisation

Il faut tout faire pour proposer d’autres perspectives. Au moment où cet article est écrit, c’est la division qui domine. Dans l’enseignement supérieur, le SNESup (FSU), SUD et la CGT (ainsi que les associations Sauvons la recherche et Sauvons l’université) appellent à la grève le 21 mars. 

L’intersyndicale parisienne du primaire, qui regroupe tous les syndicats (Snuipp-FSU, FO, CGT, Sud, CNT et Se-Unsa), unis sur la position de l’abrogation du décret, appelle à la grève lundi 25 mars, jour où le Conseil de Paris doit décider s’il applique la réforme dès la rentrée 2013 ou la reporte en 2014. L’appel national à la grève des fédérations FO, CGT, Sud et CNT le jeudi 28 mars dans le primaire et le secondaire, là aussi sur la base de l’exigence de l’abrogation du décret, est un autre point d’appui important. La bataille dans la FSU doit se poursuivre, en particulier dans le Snuipp pour que d’autres sections départementales – voire la direction nationale comme pour le 12 février – basculent vers l’appel à la grève.

L’appel à une manifestation nationale le 6 avril, avec refus d’un nouvel appel à la grève, est vécu comme une provocation par les collègues les plus mobilisés ; cela apparaît comme un choix délibéré de mettre cette manifestation en opposition à une nouvelle journée de grève nationale. La priorité reste la construction de la grève du 28, mais la  participation à la journée du 6, sur les mots d’ordres clairs du retrait, doit être discutée dans les AG du 28.

La nécessité est également posée de construire des cadres d’auto-organisation : cela permet aux collègues de prendre eux-mêmes en mains le mouvement, facilite son extension à l’échelle locale, contribue à exercer une pression sur les directions syndicales. Les AG significatives avaient été relativement rares le 12 février. Il faut œuvrer à faire mieux le 28 mars, en poussant les directions à y appeler et à faire le nécessaire pour leur succès. Si la mobilisation est suffisante, il faudrait ensuite les coordonner régionalement dans la perspective  d’une coordination nationale. 

Un des plus grand risques est d’enliser les noyaux mobilisés dans des batailles locales pour obtenir le report ou pour obtenir une « bonne application » du décret dans les communes où elle n’interviendra de toute façon qu’à la rentrée 2014. Si la mobilisation parisienne obtient le report en 2014, ce serait un coup porté à la municipalité Delanoë et au PS, mais ne résoudrait pas le problème. Cela pourrait être un point d’appui pour développer la lutte, en montrant que celle-ci peut payer. Si en revanche Delanoë ne faisait aucun pas en arrière, il mettrait l’intersyndicale parisienne au pied du mur, le besoin d’une extension nationale de la bagarre devenant évident.

 

Contre la territorialisation

Il faut combattre un morcellement de la législation en mettant en avant l’abrogation du décret, le retrait la loi d’orientation et la création de tous les postes nécessaires. Les réformes qui touchent le primaire, le secondaire et le supérieur poursuivent les mêmes objectifs : territorialisation de l’enseignement, soumission accrue aux besoins du patronat, attaque contre les personnels. 

Les enseignants des écoles de Paris sont le fer de lance de la grève, rejoints par des enseignants du nord du 92 et du 93. Pour gagner, ce mouvement doit arriver à fédérer les foyers de mobilisations, à dépasser les clivages syndicaux et l’opposition au niveau des directions syndicales nationales. Les grévistes vont être confrontés à trois problèmes : 

- Dans le cas où Delanoë refuserait de reporter l’application du décret à 2014, les instituteurs (notamment parisiens) partiront-ils en grève reconductible ? 

- Construire des AG au niveau régional (en particulier en région parisienne) et un cadre légitime pour appeler à une coordination nationale des grévistes.

- Unifier les luttes de la maternelle à l’université, en proposant des dates de grève et de mobilisation communes.

Les personnels du primaire, du secondaire et du supérieur ont intérêt à se battre, tous et ensemble. Car c’est bien à une seule et même politique qu’ils s’affrontent, celle du gouvernement Hollande-Ayrault-Peillon au service du Medef.

 

[Légende photo]

Phototèque rouge/Babar.

 

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