Bande dessinée : Little Joséphine Raphaël Sarfati et Valérie Villieu,

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Bande dessinée : Little Joséphine Raphaël Sarfati et Valérie Villieu, Collection Contre-cœur, La boîte à bulles, 2012, 128 pages, 17 euros.

Primé lors du dernier festival d’Angoulême, cette bande dessinée n’a pas usurpé sa distinction. D’un thème tellement quotidien qu’il en deviendrait parfaitement banal, les auteurs ont su tirer un scénario et une construction d’une très grande richesse. Cette alliance équilibrée donne toute sa puissance à cette chronique quotidienne du grand âge et d’Alzheimer.
La narratrice, infirmière à domicile, nous narre sa rencontre et la relation qu’elle a construite avec Joséphine, une vieille dame qui, mise sous tutelle, vit seule dans son appartement. Il n’y a pas là de grandes révélations ni d’aventures extraordinaires, mais les difficultés que rencontrent les malades et les salariéEs chargéEs de les soigner et de les accompagner : les labyrinthes administratifs, les compétences parfois douteuses, les pertes de contact du malade avec la réalité…
Loin du pessimisme ambiant sur le fond naturellement mauvais de la nature humaine, la narratrice nous montre, sans masquer les incuries ni les méchancetés, l’incroyable dévouement de toutEs ces salariéEs qui composent ce secteur économique en pleine expansion que l’on appelle « les services à la personne ». La construction graphique donne à sentir les joies, les détresses et les absences de Joséphine : des cases blanches, un lit volant qui se balade entre les pages, des peluches animées. Les tours et détours de la mémoire sont ainsi pleinement mis en scène. La référence affichée à Little Nemo donne à sentir aussi bien la dimension régressive de la maladie vers l’enfance que les ressources de l’imaginaire, de la rêverie et la nécessité d’explorer cette dimension pour ne pas laisser la malade s’enfermer dans son monde intérieur.
Au final, cette bande dessinée constitue une alliance réussie entre un témoignage ethnographique et une recherche graphique qui vient nous rappeler qu’aujourd’hui, plus que jamais, « nos mamies valent plus que leurs profits ! ».
Henri Clément