Xénophobie et PCF, le triste cas montreuillois

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Par Thibault Blondin

Montreuil, comme le reste de la Seine Saint Denis, compte une forte communauté Rrom qui vit le plus souvent, entre squats et bidonvilles, dans une grande misère.

La municipalité EELV a créé une MOUS (maitrise d’œuvre urbaine et sociale) et mis en place des logements « passerelle » destinés à accueillir des familles Rroms vivant dans la rue ou dans des squats dans les pires conditions sanitaires. Nous avons régulièrement critiqué cette politique car elle est loin de répondre aux besoins. Mais ces dernières semaines, elle s’est heurtée de la part du… PCF montreuillois à d’autres formes de « critiques » et d’actes, qui ne sont pas sans rappeler  les actes xénophobes commis récemment à Marseille.

Lors du lancement d’un de ces chantiers, consistant à assembler des algecos pour accueillir 11 familles Rroms sur un terrain vague resté en l’état bdepuis des années, des engins lourds (grues et autres) ont vu la totalité de leurs pneus (32) crevés à la perceuse.

Des « citoyens » rassemblés au petit matin, en présence de l’ancien maire (apparenté PCF) Jean-Pierre Brard, du conseiller général PCF du canton, de sa suppléante et de quelques militants PCF, étaient là pour dire « non au ghetto, oui au jardin ». Des tracts PCF visibles depuis quelques jours dans cette rue appelaient à résister « comme à Notre-Dame-des-Landes ». Ce qui prêterait presque à rire quand on connaît les positions du PCF sur la question de l’Ayrault-port. Une semaine plus tard, alors que le chantier redémarrait, l’ancien maire laissait sa voiture bloquer la rue et l’accès au chantier.

 

Racisme primaire

Bien entendu, tout ce petit monde se garde bien de revendiquer ce qui relève pourtant du racisme le plus primaire. On argue de la promiscuité, de la sécurité, du fait d’avoir des logements à moins de trois mètres de sa fenêtre dans une rue étroite et sombre aux immeubles peu entretenus... Les échanges étaient difficiles ce matin-là, avec des riverains clamant que nous ne pouvions pas parler de cette question puisque nous n’habitions pas dans la rue et pas depuis trente ans.

Le problème se pose au quotidien dans ce quartier, où aider les Rroms n’est pas vraiment bien vu. Un habitant du Bas-Montreuil connu pour sa solidarité envers les familles Rroms a eu depuis un an sa portière de voiture fracturée, sa serrure forcée, des mains mystérieuses sonnant à sa porte toute la nuit… Lors d’un meeting de défense d’un centre de santé fermé par la municipalité, auquel le NPA participait, des dirigeants politiques locaux proches du PCF ont expliqué qu’il y avait de l’argent pour loger des Rroms à la MOUS mais pas pour la santé des montreuillois !

Dans ce climat, le NPA Montreuil a pris l’initiative d’interpeller toutes les forces politiques de gauche pour que cessent ces actes xénophobes qui font craindre le pire pour l’installation des familles Rroms. Alors que toutes les composantes du Front de gauche s’étaient désolidarisées du PCF par communiqué de presse, outre ce dernier la GU et le PG n’ont pas répondu à un appel commun, signé (outre le NPA) par l’AL, la GA, le MRAP, la FASE, RESF et la LDH, à un apéro fraternel sous le signe de l’égalité des droits dont évidemment le droit au logement pour les Rroms. Cette initiative lançait une intervention antiraciste unitaire sur le terrain, avec en perspective une réunion publique, visant à démonter les arguments xénophobes distillés dans le quartier.

Les trois organisations manquantes sont aussi les forces motrices d’une liste Front de gauche pour les prochaines élections municipales…

 

[Illustration]

Pneus crevés à la perceuse rue Paul-Bert… DR.

 

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