Vieux et nouveaux enjeux

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

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1- La notion d'impérialisme comme “stade”  du capitalisme  puis  les concepts “d'économie-monde capitaliste (Braudel) ont utilement rendu compte des rapports de domination économique au 19è et début 20è siècle : en réponse à leurs crises, les pays du Centre exportaient leurs capitaux en imposant une “division internationale du travail”  (DIT)  créant dépendance et “sous-développement” dans leurs (semi)- périphéries.

Les  thèses de la “révolution permanente”  en tiraient trois conséquences stratégiques : a) l'industrialisation autocentrée passait par une rupture avec les bourgeoisies nationales dépendantes de l'impérialisme ; b) la révolution (socialiste dans ses buts) devait s'étendre internationalement pour se consolider ;  c)  la prise de pouvoir n'était que le premier pas des transformations entamées. 

 

⇒ 2- L'extension des révolutions a illustré ces thèses en y intégrant l'impensé - la bureaucratisation des révolutions

➢  L'URSS stalinisée a subordonné (un temps) à son “modèle” les pays de son  “glacis”; mais elle fut incapable d'empêcher de nouvelles révolutions (Yougoslavie, Chine, puis Vietnam, Cuba) dans les semi-périphéries du capitalisme : la radicalité des tensions sociales permit aux PC d'y prendre le pouvoir dans des luttes armées de masse, favorisant un pouvoir centraliste bureaucratique à la fois contre les bourgeoisies nationales et contre la “construction du socialisme dans un seul pays” - produisant crises et scissions au sein du mouvement communiste stalinisé.

➢          Sans permettre une consolidation socialiste, donc démocratique, ces révolutions anti-capitalistes ont concrétisé aux Etats-Unis  “le danger communiste” (interne/externe) jusqu'à la fin de l'URSS. Elles ont favorisé a) les résistances anti-colonialistes, b) l'émergence d'Etats forts développementistes semi-périphériques anti-communiste gardant le soutien militaire impérialiste même s'ils rompaient avec l'ancienne DIT (cf. Corée du Sud), c) l'interventionisme d'inspiration keynésienne dans les pays du Centre capitaliste.

 

⇒ 3- La crise des années 1970 fut à la fois crise “classique” de profit et de l'ordre impérialiste. D'où la radicalité de la contre-offensive de classe, “néo-libérale”, en 1980 et son épicentre.  Reagan a soutenu l'économie et l'hégémonie des Etats-Unis par la course aux armements  contre  l'intervention soviétique en Afghanistan -  catalysant la politique de “coexistence pacifique” de Gorbatchev.

 

II – De la restauration capitaliste au capitalisme globalisé.

➢    1- L'exigence de réduire l'écart entre promesses et réalités du “socialisme réel” a nourri les grands mouvements démocratiques anti-bureaucratiques jusqu'en 1989. Leur répression et les  pressions externes de la décennie 1980 ont favorisé la restauration capitaliste. Mais celle-ci  exigeait la transformation  des rapports de propriété, du rôle de l'argent, des marchés et de l'Etat : ces “réformes” furent introduites après la Chute du Mur négociée avec Gorbatchev, par des secteurs clés de la nomenklatura basculant vers les privatisations, opaques, aux antipodes de ce qu'avaient exprimé les mobilisations populaires.

 

➢ 2- Le basculement de 1989/91 a  radicalisé le tournant néo-libéral sur une échelle mondialisée. Mais l'insertion dans le capitalisme s'est produite selon une logique “compradore” pour Eltsine et la majeure partie des PC d'Europe de l'Est, alors qu'elle signifiait l'affirmation d'un Etat fort en Chine après 1989 et dans les années 2000 dans la Russie de Poutine1

 

➢ 3- L'affirmation des BRICS et leurs initiatives pour atténuer l'hégémonie du FMI et du dollar, n'impliquent ni une cohérence, ni une alternative progressiste. Les “puissances  émergentes” russe et chinoise – dotées d'un complexe militaro-industriel issu de la guerre froide - visent à s'insérer en position de force dans la “cour des grands”, sur la base de relations de coopération  (“contre le terrorisme islamique”) et d'interdépendances conflictuelles entre impérialismes dans un monde instable – celui d'une crise majeure de “civilisation” touchant tant au statut des êtres humains qu'au sort de la planète, soumis aux privatisations généralisées.

 

III -Enjeux stratégiques

- En défense de l'environnement, de droits et de “biens communs” universels,

- contre toutes les formes d'oppression croisées  quelles que soient les étiquettes des forces athées ou religieuses qui les propagent,

- contre tous les “TINA” (There Is No Other Choice) anti-démocratiques,

- le droit des peuples de choisir leur destin impose de construire des résistances et alternatives à tous les niveaux où les Firmes multinationales, les Etats et les institutions internationales exercent leurs pouvoirs de décision – notamment dans/contre l'UE2, pour un autre monde débarrassé de tous les rapports de domination.

 

Catherine Samary, Paris 18e