Tournant politique après les attentats, nouvelle période et stratégie

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Par Yvan Lemaitre. Le coup de semonce annoncé des résultats des élections régionales qui font du FN le premier parti du pays et accélèrent la redéfinition des rapports de force politiques vers la droite après les attentats du 13 novembre et leurs suites, constituent un tournant impulsé par les profondes mutations résultant de la mondialisation libérale et impérialiste.

La dimension internationale de ces évolutions politiques donne un  nouvel éclairage à notre débat stratégie et en souligne l'importance. Et cela d'autant que ce débat traverse l'ensemble des forces politiques, syndicales, associatives, le monde du travail et la jeunesse. Une lente repolitisation est en route, en profondeur, elle exige des réponses globales. Dans ce débat public, les anticapitalistes et révolutionnaires sont à l'offensive, prennent l'initiative.

Aujourd'hui la gauche est un champ de ruines. Indépendamment de ce que deviendra le PS dans les mois à venir en fonction de la stratégie personnelle de Hollande pour 2017, le Front de gauche et ses différentes composantes sont en perdition, explosés, sans politique, il ne leur reste même pas l'honneur! Autant dire que les tâches de reconstruction sont immenses.

Le seul volontarisme ne peut permettre d'y faire face sans une compréhension et une vision stratégique de la nouvelle période qui puisse rassembler et démultiplier nos forces.

Je prendrai en exemple la façon dont peut être abordée la question du FN.

Pour bien des camarades la dénonciation du fascisme, du FN comme un  « parti pas comme les autres », l'appel au front unique, les références aux années 30 ont été jusqu'alors leur viatique. Il est évident que cela ne fonctionne pas. Kouvalekis, dans son article Face au désastre, écrit :« Il manque bien sûr au FN le projet impérialiste/expansionniste des fascismes historiques: en ce sens, sa dynamique est « défensive », il est le produit de l’époque du capitalisme mondialisé, non de celle des impérialismes en lutte pour le partage du monde. »  Ce devrait être une évidence,  nous ne sommes plus dans la période des impérialismes en lutte pour le partage du monde à travers les guerres mondiales mais bien à celle du capitalisme mondialisé qui plonge les vieux impérialismes dans le libéralisme globalisé. Et on ne peut lutter contre la montée des idées réactionnaires par l'incantation en référence aux années 30. Le tournant politique que nous connaissons, expression des contradictions d'une nouvelle période, nous impose de rompre avec bien des habitudes de pensée.

Le basculement du monde qui nous impacte directement et brutalement ne s'est pas fait en un jour pas plus que le tournant politique qu'il provoque ici. Notre discussion vise à en comprendre l'évolution, les lignes directrices pour prolonger la courbe  afin de définir notre stratégie, en quoi les nouvelles contradictions nées de la mondialisation refondent le programme révolutionnaire et  définissent une stratégie révolutionnaire pour la construction du parti.

A défaut de réellement prendre en main cette discussion, l'absence d'une vision stratégique entretient les confusions, la paralysie engendrée par les oscillations entre l'activisme gauchiste et l'adaptation.  Elle vide notre projet de rassemblement des anticapitalistes et des révolutionnaires de son contenu et de sa force.

De nouveaux rapports se  construisent entre les classes et les États

La deuxième grande mondialisation capitaliste, un siècle après la première, a profondément transformé le capitalisme et la planète, modifiant les conditions mêmes des luttes de classes à l’échelle internationale.

Les bouleversements résultant de ce qu’il est convenu d’appeler le grand basculement du monde ont été accélérés, accentués par la crise qui a commencé en 2007-2008 et semblent se prolonger dans une crise chronique, long processus de stagnation et de décomposition du capitalisme. Cette dernière engendre une montée des forces réactionnaires, extrême droite ou intégrisme religieux, qui cherchent à canaliser et à manipuler pour leur propre compte les mécontentements nés des processus de décomposition sociale ou des déstabilisations, du militarisme, des guerres à l’échelle internationale.

L’exacerbation de la concurrence internationale sous les effets de la crise aboutit à une instabilité grandissante, une multiplication des conflits militaires.

Cette deuxième grande mondialisation est survenue à l'issue d'une longue période de défaites et de recul du mouvement ouvrier. Le prolétariat n’a pas été en mesure d'offrir une perspective internationaliste aux luttes de libération nationale après la deuxième guerre mondiale. Cette vague révolutionnaire a cependant transformé le monde en permettant à des millions d’opprimés de rompre le joug de l’oppression coloniale et impérialiste. Mais, loin d’aller vers le socialisme, les nouveaux régimes ont cherché à s’intégrer au marché capitaliste mondial pour y trouver leur place.  

Le capitalisme a ainsi triomphé à l’échelle de toute la planète. En délitant les vieux cadres de domination des grandes puissances et des classes capitalistes, il n’apporte que crise, régression sociale et démocratique, guerres, catastrophe écologique. Cependant, la décomposition du vieux monde ouvre la possibilité de la renaissance du mouvement ouvrier révolutionnaire.

Rupture et continuité dans le développement capitaliste

A travers cette nouvelle phase du développement du capitalisme se construisent de nouveaux rapports entre les nations qui bousculent les hiérarchies de la période précédente pour intégrer toutes les nations au monde impérialiste et libéral, mondialisation de la production et non simple internationalisation, « une économie mondiale intégrée » comme la définit Michel Husson. Les vieilles relations entre pays dominants et nations opprimées sont bouleversées tant sous les effets de la mondialisation financière que de la révolution des nouvelles technologies. Ces transformations  déstabilisent les vieux rapports de domination de la classe capitaliste tout en créant les bases et les possibilités d’une nouvelle organisation économique et sociale, le socialisme et le communisme, d'une transformation révolutionnaire de la société. 

En paraphrasant Lénine dans L’impérialisme, stade suprême du capitalise, nous pouvons dire  que cette nouvelle phase " a surgi comme le développement et la continuation directe des propriétés essentielles du capitalisme en général. » Elle possède « les traits d'une époque de transition du capitalisme à un régime économique et social supérieur. » Les multinationales représentent le passage du capitalisme à un régime supérieur.

L'impérialisme libéral est le capitalisme arrivé à un stade de développement où s'est affirmée la domination des multinationales et du capital financier, où la libre circulation des capitaux a acquis une importance de premier plan, où l'appropriation des richesses, leur partage entre les multinationales s'opèrent au niveau de tout le globe en se jouant des États ou avec leur collaboration active.

Il s'agit bien d'une phase particulière, pour reprendre l'expression de Lénine à propos de l'impérialisme, du développement du capitalisme, phase de transition vers «  un régime économique et social supérieur ».

Depuis la crise financière de 2008, cette période du libéralisme international tend à céder la place à une phase de réorganisation des relations internationales alors que l’économie mondialisée échappe à toute régulation, aucune puissance n’en ayant les moyens.

En 30 ans, les rapports de force ont été bouleversés, les BRICS et principalement la Chine, l’ensemble des peuples se battent pour participer au développement mondial malgré la crise. Même si les USA restent, dans tous les domaines, la première puissance mondiale, ils doivent composer, trouver des alliés. La moitié de la production manufacturière mondiale est aujourd’hui réalisée par les pays émergents.

La contradiction entre État national et internationalisation de la production et des échanges est plus forte que jamais alors qu’aucune puissance dominante n’est aujourd’hui en mesure de réguler les relations internationales. Les deux facteurs se combinent pour créer les conditions d’une  instabilité permanente.

Le Moyen Orient et l’Europe en sont les manifestations les plus évidentes.

L’impérialisme et la libre concurrence globalisée

A travers le développement d'un marché mondial et la libre concurrence mondialisée, les monopoles se sont développés en sociétés transnationales à l’activité industrielle, commerciale, financière diversifiée et une concentration telle que 147 d'entre elles possèdent 40 % de la valeur économique de l’ensemble des multinationales du monde entier. Si ces dernières  gardent une base nationale, elles sont engagées dans des relations d’interdépendance à l’échelle mondiale.

Le développement parasitaire du capital financier a donné naissance à une masse considérable de capitaux spéculatifs accompagnée d’une diminution des investissements productifs.

Ce caractère parasitaire s’exprime dans une économie du crédit et de la dette et dans le fait que les USA sont importateurs nets de capitaux ainsi que les autres vieilles puissances impérialistes à des degrés variables. Cette importation de capitaux est une façon de drainer les richesses produites par le prolétariat des pays émergents vers les vieilles métropoles impérialistes.

On assiste à une concentration des richesses à un niveau jamais vu.

Un oligopole bancaire contrôle la finance et s’est soumis les États par le biais de la dette publique.

Parallèlement, la classe ouvrière mondiale a connu un développement considérable à travers un marché du travail mondialisé où les salariés sont mis en concurrence à l’échelle de la planète remettant en cause les acquis de « l’aristocratie ouvrière » des vieilles puissances impérialistes, sapant ainsi les bases matérielles du réformisme. Les nouvelles technologies, l'économie numérique, sont mise au service de la politique du capital de baisser le coût du travail par la précarisation généralisée, la fin des protections des salariés face à la concurrence sur le marché mondial du travail.

Une nouvelle division internationale du travail s’opère à travers le développement économique des anciens pays coloniaux ou dominés, dits émergents, mondialisation de la production et non simple internationalisation, « une économie mondiale intégrée ».

Le partage territorial impérialiste auquel les deux guerres mondiales et la vague de mouvements de libération nationale ont mis fin a cédé la place à un capitalisme de libre concurrence à l’échelle internationale structuré par les multinationales. Le partage du monde a cédé la place à une lutte pour le contrôle des circuits commerciaux, des lieux de production, l’approvisionnement en énergie…

Les rivalités entre les vieilles puissances impérialistes sans cesser d’exister se sont adaptées à ce nouveau cadre sous l’hégémonie américaine.

L’instabilité croissante du monde qui en résulte conduit à une montée des militarismes, à des tensions croissantes qui ont contraint les USA à se redéployer militairement tout en cherchant à associer à leur politique de maintien de l’ordre mondial les vieilles puissances, l’Europe, le Japon et les pays émergents. Le redéploiement de l’Otan en a été l'instrument. Cette politique est un échec qui a engendré une instabilité croissante et le développement du fondamentalisme religieux, terroriste, facteur de chaos permanent.

Dans le même temps qu’il atteint les limites de la planète, le capitalisme mondialisé provoque une crise écologique inédite d’une ampleur globalisée qui pose la question de l’avenir de l’Humanité. La logique du profit aboutit à une organisation aberrante de la production à l’échelle mondiale au mépris des populations et des équilibres écologiques.

La combinaison de la crise écologique et climatique et de la crise économique et sociale, représente pour l'humanité des enjeux inédits.

 Il n'y a pas de solution sans sortie du capitalisme, ni à l'échelle d'un seul pays, sans planification démocratique fondée sur la coopération des peuples à l’échelle mondiale en fonction des besoins sociaux et écologiques. 

Cette crise est un facteur d’une prise de conscience internationaliste, non seulement au sens que notre patrie, c’est l’Humanité mais au sens aussi où, du local au global, la lutte contre les menaces qui pèsent sur l’avenir de la planète est une lutte qui dépasse les frontières.

La question écologique et la question sociale sont liées, il n'y a pas de réponse à la première sans répondre à la seconde.

Le drame des migrants concentre de façon particulièrement révoltante les effets des processus de décomposition sociale conséquences des guerres, du libéralisme économique, de la mainmise des transnationales, de la dépossession de terres et la ruine de larges fractions de la paysannerie, de la montée des forces réactionnaires intégristes ainsi que de la crise écologique et climatique.

Cette crise provoque une montée des réflexes de peur et de rejet xénophobe, elle bouscule toutes les forces politiques, elle peut être un ferment révolutionnaire au sens où la seule réponse est celle de  la solidarité internationaliste sur tous les terrains face à ceux qui n’ont comme réponse que la guerre et la répression policière pour contenir l’instabilité dramatique que leur politique a engendrée.

État de guerre permanent, vers un repartage du monde ?

A défaut d'être en mesure de développer l’économie pour accroître la masse de la plus-value nécessaire pour nourrir les appétits des capitaux, le capitalisme trouve une issue à ses difficultés d’accumulation dans une double offensive, et contre les travailleurs et contre les peuples, pour leur imposer une répartition de plus en plus défavorable des richesses, « l’accumulation par dépossession »selon la formule de Harvey.

Cela  entraîne une lutte acharnée pour le contrôle des territoires, des sources d’énergies, des matières premières, des voies d’échanges...

La libre concurrence mondialisée devient une lutte pour le contrôle des richesses, une forme de repartage du monde, mais dans des rapports de forces radicalement différents de ceux de la fin du XIXème siècle et du début du XXème, en provoquant une exacerbation des tensions.                                                                                 

Les USA n’ont plus les moyens de s’imposer aux autres puissances et nations comme le démontre la situation au Moyen Orient. Ils sont contraints d’adapter leur politique aux nouveaux rapports de force tant pour assurer leur propre hégémonie que pour assurer l’ordre mondial. Les deux sont liés. L’hégémonie des USA est conditionnée à leur capacité à assurer l’ordre mondial, « la gouvernance mondiale ». Elle suppose que la puissance dominante soit capable de rendre crédible sa prétention à agir dans l’intérêt général, la suprématie économique et militaire ne peuvent suffire à établir un consentement.

L’émergence de nouvelles puissances ayant des vues impérialistes ou de puissances régionales ayant leurs propres intérêts à défendre dans le jeu des rivalités des grandes puissances rendent de plus en plus fragile le leadership américain, la situation internationale de plus en plus chaotique.

Jusqu’où peuvent aller ces tensions et déséquilibres ? Nous ne pouvons exclure, sur le long terme, aucune hypothèse. Rien n’autorise à ignorer l’hypothèse du pire, de la mondialisation des conflits locaux à un embrasement généralisé, une nouvelle guerre mondiale ou plutôt mondialisée.

La réponse appartient en fait au prolétariat et aux peuples, à leur capacité à intervenir directement pour empêcher le pire.

La question n’est pas de faire des pronostics ni du catastrophisme  mais de fonder notre propre stratégie sur la compréhension du développement des rapports entre les classes et entre les nations.

La crise de domination des classes et des États dominants ouvre des  possibilités pour l'intervention des classes exploitées et des peuples.

Ni campisme ni révolution par étape, actualité de la révolution permanente

Cette évolution du capitalisme tend à saper les bases matérielles du réformisme en amenuisant les surprofits impérialistes ciment de la collaboration de classe alors que l'on assiste à une concentration considérable des richesses, une accentuation des inégalités, une paupérisation.

La dictature du capital ne laisse aucune marge de manœuvre aux États ou aux hommes politiques qui la servent ou qui la contestent tout en restant dans le cadre du système. Le drame de la Grèce et la capitulation de Tsipras en sont l'illustration.

Elle donne à l'internationalisme un contenu concret qui s'enracine dans la vie quotidienne de millions de prolétaires. La question sociale et la question internationale sont perçues comme étant bien plus interdépendantes qu'elles ont pu l'être par le passé. L’instabilité croissante des relations internationales résulte autant de l’instabilité des États face aux travailleurs et aux peuples que des rivalités entre grandes puissances, entre grandes puissances et puissances régionales... instabilité ouvrant de nouvelles possibilités pour l'intervention des classes exploitées.

L'anti-impérialisme a, souvent dans le passé, pris la forme du campisme subordonnant les rapports entre les classes aux rapports d'oppression nationale alors que la géographie politique internationale opposait directement les pays coloniaux aux puissances coloniales. C'était déjà une erreur qui aujourd'hui peut conduire à de graves dérives.

Toute attitude manichéenne, campiste, qui oublie l'analyse et les solidarités de classe conduit à une impasse.

Malheureusement nous retrouvons des relents de campisme dans les positionnements de certains camarades face au terrorisme de Daech, au fondamentalisme religieux. Au nom d'un internationalisme mécanique, il faudrait hiérarchiser entre ennemi principal et ennemi secondaire, notre propre bourgeoisie et Daech.

Le campisme a toujours été erroné, il est aujourd'hui hors des réalités des luttes de classes. L'anti-impérialisme a toujours été pour nous inscrit dans les luttes de classe internationales. L'évolution de capitalisme renforce cette idée. Notre politique ne peut hiérarchiser nos ennemis.

Ces relents de campisme s'associent à une autre conception, celle de la révolution par étapes que l'on retrouve chez certains camarades sur la question de l'Europe. Reprendre à notre compte la politique de la sortie de l'Euro comme étape vers la construction d'une autre Europe, c'est reprendre cette conception stalinienne de la révolution par étapes. D'abord le niveau national, ensuite, le niveau international.

On le retrouve aussi dans l'adaptation passive au nationalisme régional en particulier  dans l’État espagnol sans réussir à formuler une politique de classe internationaliste. Cette question aussi se pose aujourd'hui en des termes nouveaux.

Ces raisonnements ont toujours non seulement été faux mais ont conduit à des catastrophes.

Le clivage fondamental, notre boussole, est le clivage de classe, l'opposition irréconciliable entre les prolétaires et les bourgeois, entre les classes exploitées et la classe capitaliste.

L'offensive libérale et impérialiste a fait exploser les vieux rapports politiques y compris dans les pays les plus stables de la vieille Europe capitaliste. Les partis comme les institutions sont entièrement sous la coupe du capital sans indépendance ni marge de manœuvre. Le vieux clivage parlementaire droite-gauche est vidé de tout contenu.

L'avenir est représenté par l'émergence d'une classe ouvrière internationale. Elle intervient de plus en plus pour la défense de ses droits, des salaires, contre le chômage comme une classe porteuse de l'avenir de la société en reprenant à son compte les exigences démocratiques.

Ces exigences passent par le pouvoir des travailleurs en vue de la transition vers le socialisme.

Hors de cette intervention politique indépendante du prolétariat, la critique de l’impérialisme libéral par les autres classes ou couches sociales reste morale ou réformiste voire est dévoyée par les forces réactionnaires, nationalistes,  néofascisme ou fondamentalismes religieux.

Lutte contre le populisme xénophobe d'extrême droite et le fondamentalisme religieux

Le fondamentalisme religieux dans ses formes les plus radicales, le terrorisme et le djihadisme, a été enfanté par la politique des grandes puissances mais il est plus globalement l'enfant des politiques  libérales qui engendrent la misère et accentuent comme jamais les inégalités.

Le combat contre la montée des forces réactionnaires, d'extrême-droite, fascistes ou intégristes religieuses est une lutte globale contre la décomposition sociale et politique engendrée par les politiques des classes capitalistes.

Dans les pays riches, établir une hiérarchie des menaces serait une erreur. Les menaces d'un néofascisme occidental se nourrissent des menaces des fondamentalismes religieux. Les deux sont des ennemis du progrès, de la démocratie et des libertés, des ennemis des travailleurs et des peuples qu'ils veulent soumettre.

Une telle situation où situation nationale et internationale, question sociale et politique s’interpénètrent de façon complexe rend les raisonnements manichéens du campisme ou du moralisme inadéquats si ce n'est dangereux. Nous combattons tout ce qui peut ou pourrait, d'une façon ou d'une autre, nous laisser  prendre au piège d'une guerre des civilisations, du communautarisme. Nous déterminons et développons notre politique en fonction des intérêts de la classe ouvrière internationale soucieux d'avoir une politique d'indépendance de classe capable de donner un contenu aux aspirations démocratiques, solidaires, contre tous les racismes, des classes populaires.

Notre démarche vise à démontrer les objectifs de la politique des grandes puissances, le lien entre la guerre sociale menée contre les travailleurs par les différentes bourgeoisies et la guerre contre les peuples, entre la concurrence mondialisée et les rivalités entre puissances sur le terrain international. Elle se situe du point de vue de tout ce qui peut aider à l'organisation et à l'intervention des classes exploitées, tout particulièrement face à la montée des forces fondamentalistes réactionnaires et terroristes.

Nous dénonçons la prétendue lutte contre le terrorisme et l'islamisme radical des puissances occidentales qui conduit à la guerre comme le fanatisme religieux qui vise à soumettre les populations.

Notre combat pour la paix, la démocratie est indissociable de notre combat pour le socialisme.

Dans ce contexte de montée des forces réactionnaires face aux effets de la mondialisation capitaliste, la lutte des femmes pour  l’égalité des sexes et leurs droits revêt une importance toute particulière.

Là encore, la défense de droits démocratiques,  pour l’égalité des sexes est indissociable de la lutte de classes comme de la lutte contre les intégrismes et les préjugés véhiculés par les religions qui, toutes, justifient et défendent la soumission des femmes.

Contre les logiques du front républicain, un front de classe

Les logiques à l’œuvre en France dans la campagne pour les élections régionales et en particulier pour le second tour illustrent la nécessité de ne pas perdre la boussole qui fait de la défense des droits démocratiques un axe essentiel de la lutte de classe. Cela en opposition à la politique du front républicain voire d'un éventuel « front populaire » sur le terrain électoral..

Le problème de la politique du front républicain c'est qu'elle associe  toutes les forces politiques «  nationales » depuis Estrosi jusqu'à Chassaigne au nom d'une défense d'une  République bourgeoise bâillonnée contre le FN qui ne prétend d'ailleurs pas la liquider, du moins aujourd'hui.

Cette politique est  le plus court chemin pour diluer les rapports de classe au nom d'un populisme républicain qui tente de se donner une existence en combattant un danger qu'il a lui même engendré, construit et nourri. Elle est le complément de l'union nationale et de l'état d'esprit de l'état d'urgence, une politique contre les travailleurs et la population. Le plus court chemin vers un pouvoir bonapartiste complément indispensable de l’État fort dont a besoin la bourgeoisie.

La lutte pour les droits démocratiques est noyée dans la lutte pour sauver les places et les sinécures que se partagent « démocratiquement » les forces « républicaines » contre un concurrent déloyal.

Il ne s'agit pas de dénoncer, voire d'agresser comme l'avait fait LO en 2002, ceux qui sont dupes de ce discours, mais nous devons rester fermes sur nos positions et dire clairement que nous ne nous prêterons pas à cette mascarade tout en militant de façon unitaire contre l'état d'urgence et ses conséquences.

Cesser de regarder dans le rétroviseur

Prendre en compte les nouveaux rapports sociaux et politiques implique de ne pas avoir le cerveau dominé par le passé.  Dans leur article « La situation en France après les Régionales. Dernier avertissement ! » François Sabado et Pierre Rousset écrivent : « Plus important encore, le PS connaît un changement profond de nature. Il y a, ce qu’on pourrait appeler une accélération dans la transformation bourgeoise de la social-démocratie. Un processus qui vient de loin et qui se traduit par une intégration sans précédent des appareils sociaux-démocrates dans les sommets de l’État, les institutions mondiales (FMI, OMC…) et dans l’économie globalisée. Les partis socialistes sont devenus « de moins en moins ouvriers et de plus en plus bourgeois ». La brutalité des politiques néolibérales sape leurs bases sociales et politiques.

Sous des formes différentes, les partis socialistes se transforment en partis bourgeois. Deviennent-ils pour autant des partis bourgeois comme les autres ? Pas tout à fait, le fonctionnement de l’alternance exige des PS qu’ils marquent leur différence avec les autres partis bourgeois. Ils restent liés, par leur origine historique, au mouvement ouvrier, mais ce ne sont plus que des traces qui s’effacent dans la mémoire des militant·e·s. Cela crée néanmoins des contradictions et des oppositions au sein de ces partis. Ils peuvent garder un certain rapport au « peuple de gauche », même s’il est de plus en plus distendu. Cette mutation qualitative, si elle allait jusqu’au bout, transformerait ces partis en « partis démocrates à l’américaine ». »

On retrouve dans ce raisonnement la schizophrénie d'une partie du mouvement trotskyste qui a pu conduire certains militants à militer au sein du PS tout en croyant militer dans un parti ouvrier ! Les mots n'ont alors plus de sens. Certes le PS n'est pas un parti bourgeois comme les autres, mais les autres eux-mêmes ne sont pas identiques, il n'y a pas plus de modèle de parti bourgeois que de parti ouvrier. Les Républicains et le FN sont deux partis bourgeois mais ils sont différents, ce qui n'empêche pas les vases communicants... Le PS est déjà un parti démocrate...à la française !

Comment peut-on dire aujourd'hui du PS qui fait corps avec le gouvernement qui dirige l'Etat de la bourgeoisie qu'il reste un peu un parti ouvrier. Qu'est ce que cela peut vouloir dire ? Et pourquoi de tels raisonnements ? Même pour expliquer qu’il faut voter pour le PS, nul besoin d'avoir recours à une telle construction. Les mêmes camarades ont voté Chirac, ou nous sommes très nombreux à avoir dans le passé voté Mitterrand, prototype même de l'homme politique bourgeois.

Ce type de raisonnement alambiqué et mécanique sur la dite double nature du PS renvoie à une longue tradition d'une partie du mouvement trotskiste qui s'est toujours pensé comme une opposition au PS et au PC plutôt que l'ébauche d'un parti élaborant une politique pour l'ensemble de la classe ouvrière en toute indépendance des partis dits de gauche intégrés au jeu parlementaire.  Ces raisonnements ne reposent plus sur la moindre base objective.

Du grand basculement du monde aux bouleversements révolutionnaires ?

Comment contribuer à l'émergence d'un mouvement révolutionnaire au niveau national, européen et international, la question nous est reposée en des termes nouveaux à travers une situation  instable où bien des possibilités restent ouvertes malgré la montée des forces réactionnaires.

Les forces qui sont nées des mutations ou de l'effondrement des vieux partis staliniens s’intègrent au système ou aspirent à s’y intégrer, gèrent l'austérité comme Syriza en Grèce.  Podemos en Espagne sert à canaliser le mécontentement populaire dans le cadre institutionnel, le Bloc de gauche au Portugal s'enferme en s'alliant au PS dans le carcan politique imposé par la bourgeoisie et la troïka.

Il s'agit de porter aujourd'hui une stratégie de regroupement des anticapitalistes et des révolutionnaires sur la base d'un programme de transformation révolutionnaire de la société partant des exigences élémentaires des exploitéEs, la garantie d'un salaire et de pensions décentes, la liquidation du chômage par la répartition du travail entre toutes et tous, la défense des services publics pour poser la question de la conquête du pouvoir pour annuler la dette, créer un monopole public bancaire et socialiser les grands groupes industriels et commerciaux.

Cette stratégie, ce programme se déclinent de façon différenciée selon les pays et les situations mais ils s'organisent autour d'une démarche transitoire posant la question du pouvoir des travailleurs et de la population, les 99%, afin d'en finir avec la dette et mettre les banques et les multinationales hors d’état de nuire.

Alors qu'en réponse aux ravages de la mondialisation, les forces réactionnaires jouent du désespoir et des peurs des classes populaires pour développer leur propagande xénophobe et nationaliste, nous devons œuvrer au regroupement, au pôle opposé, du camp des travailleurs en rupture avec le capitalisme et ses institutions.

Nous œuvrons à l'unité des classes exploitées, de leurs organisations sur la base de cette indépendance de classe.

Répondre à l’urgence et aux besoins de la situation c’est engager le dialogue et des collaborations politiques avec les autres forces anticapitalistes et révolutionnaires dans le monde dans la perspective de la constitution d'une nouvelle internationale. Il n'y a pas d'autre voie que d'œuvrer au rassemblement des forces révolutionnaires dans un même mouvement en rompant avec les pratiques sectaires et antidémocratiques du passé qui ont fait éclater le mouvement révolutionnaire.

 

Tirer les leçons des échecs et occasions manquées

« Depuis 1995, il y a eu trois importantes expériences politico-électorales – en insistant sur la forme électorale de ces expériences. En 1995 avec Arlette Laguiller et Lutte ouvrière ; en 2002 et 2007 avec la LCR – puis le NPA – et Olivier Besancenot ; et en 2010-2012, avec le Front de gauche et Jean Luc Mélenchon, qui ont obtenu en 2012 plus de 4, 5 millions de voix. Trois expériences qui ont montré les potentialités de réorganisation politique à la gauche de la gauche, mais aussi leurs limites et leur échec. Cela explique aussi l’espace laissé libre pour le Front national. Dans tous les cas, il n’y a pas eu, au-delà des différences politiques et historiques de chaque expérience, émergence de formations politiques du type Syriza, Podemos ou Bloc de gauche portugais. » écrivent François Sabado et Pierre Rousset dans l'article déjà cité. Le raisonnement me semble concentrer plusieurs erreurs ou au moins un manque de point de vue critique vis à vis de ces expériences qui permettent d'en dégager des enseignements. Il appelle plusieurs remarques :

- mettre sur le même plan 1995, 2002 et 2007 et 2010-2012 avec le Front de gauche me semble créer la confusion plus que ça n'éclaire la discussion.

Il y a bien eu une période qui va de 1995 à 2007 à travers laquelle ni LO ni la LCR n'ont été capables de jeter les bases d'une ébauche de parti ouvrier ou de parti des travailleurs. C'est cet échec qui a laissé la place à la tentative du Front de gauche. L'expérience de Syriza, sa capitulation, celle de Podemos ou du Bloco aujourd'hui soutien du PS se situent plus dans le cadre de l'expérience du Front de gauche que dans celle de LO, de la LCR ou du NPA. Pour clarifier le débat, il est nécessaire de dissocier les questions.

- Pour nous, la discussion porte sur les voies et moyens de construire un parti pour la transformation révolutionnaire de la société.

- De ce point de vue nous devons discuter pour dégager des leçons de l’expérience 1995-2007, la décennie des occasions manquées, l'échec de l'extrême-gauche à faire un saut qualitatif pour aller ne serait-ce que vers l'ébauche d'un parti : après 1995 le refus de LO d'assumer les responsabilités du succès d'Arlette Laguiller, en 1999, le commun refus de la LCR et de LO de faire de leur accord électoral pour les européennes un pas vers un dépassement des deux organisations, puis les rivalités de 2002 où l'ensemble de l'extrême-gauche dépasse les 10% et 2007, Olivier Besancenot prend le relais d'Arlette. La tentative de dépasser les limites de LO avec la fondation du NPA a été mis en échec le noyau dirigeant issu de la LCR n'arrivant pas à se dégager de la conception dite des « partis larges » jusqu’à l'explosion du NPA, la scission.

C'est bien de cette séquence qu'il faut discuter, des causes politiques de nos limites et échecs pour préparer la suite car la crise chronique du NPA n'est pas une simple crise de croissance. Elle  pose la question de la refondation du NPA.

Une autre politique aurait été possible durant cette décennie, militer pour que l'appel à un parti des travailleurs d'Arlette Laguiller soit une démarche ouverte de rassemblement, lutter pour « le parti d'Arlette et d'Alain » comme nous disions  à Démocratie révolutionnaire, pour l'unité des révolutionnaires, pour faire de la fondation du NPA, non un coup politique vers un « parti large » mais la mise en œuvre d'une politique de rassemblement des anticapitalistes et des révolutionnaires.

Cette voie demeure la bonne, la seule adaptée à la période que nous traversons, le recul, la nécessité de reformuler le projet révolutionnaire tout en faisant face à l’éclatement, la division des forces. Mais elle ne peut être féconde que si elle s'inscrit dans une volonté commune  de mettre en œuvre une stratégie pour la construction d'un parti révolutionnaire.

Une politique pour construire, rassembler     

Notre tâche collective est de formuler une politique pour la classe ouvrière et ses luttes en combinant revendications immédiates, questions démocratiques et la question du pouvoir. Cette politique s'écrit chaque jour en fonction du niveau de conscience, de notre propre niveau de conscience collectif, c'est à dire de nos liens réels avec les masses, de notre capacité à exprimer leurs aspirations, d'aider aux évolutions.

Nous approprier aujourd'hui la démarche de la révolution permanente nous invite à sortir des formalismes, des conceptions toutes faites, des recettes, des modèles de parti qui sont autant de motifs de querelles et de divisions qui paralysent le mouvement révolutionnaire. La référence au trotskysme devient elle aussi une formule creuse, un mythe.

Personne n'a de réponse clé en main sur les voies et moyens de construire un véritable parti de masse. Cela ne peut être qu'un processus à travers lequel nous devons combiner une politique de regroupement des forces révolutionnaires et anticapitalistes avec la formulation d'une stratégie pour implanter nos idées au sein du monde du travail.

Un tel processus suppose que nous soyons capables de faire vivre une démocratie révolutionnaire, dynamique tant au niveau du mouvement anticapitaliste qu'au sein même du mouvement ouvrier.

Pour être à même de gagner du crédit auprès d'une fraction minime de la classe ouvrière, de la jeunesse, faudrait-il  que le mouvement révolutionnaire travaille, et surtout réussisse à dépasser ses propres limites, soit capable d’unir ses forces, de construire un cadre collectif pour l’élaboration comme l’action sans craindre aucun débat ni aucune confrontation.

                                                                                         Le 20/12/2015

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