Front de Gauche et mirages électoralistes

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

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Le Front de gauche, à l’origine alliance électorale entre le PCF et le Parti de gauche, s’est constitué en vue des élections européennes de 2009.

Il ne s’agit plus d’une alliance avec le PS devenu trop libéral, mais avec Mélenchon dont le PG est l’appareil électoral. Ce dernier refait en petit ce qu’il avait appris de Mitterrand : mettre au service de son ambition la seule force militante qui compte réellement à gauche en échange de la perspective, illusoire, d’enrayer la chute électorale du PCF et de sa représentation dans les institutions bourgeoises. À la présidentielle de 2007, Marie-George Buffet réalisait 1,93 %, Il y avait urgence. La direction du PCF espérait donc s’en sortir... en reproduisant la politique qui l’avait ruinée !

Le parcours personnel de Mélenchon éclaire le contenu de l’alliance qui se nouait. Après un bref passage par les rangs trotskistes, dans l’après-Mai 1968, en 1977, il démarre une carrière au sein du PS. En 1981, mitterrandiste, il devint premier secrétaire de la fédération socialiste de l’Essonne avant d’être élu sénateur en 1986. En 1992, il approuve et vote le traité de Maastricht. Il resta sénateur pendant vingt-deux ans, avec une interruption de deux ans durant lesquels il fut ministre de l’Enseignement professionnel pour mettre en œuvre une politique qui entraînera la dégradation générale des conditions d’enseignement pour les milieux les plus populaires.

En 2005, Mélenchon prend ses distances avec le PS pour faire campagne pour le non au traité constitutionnel européen. Il soutiendra en 2007 Ségolène Royal, dont l’échec, après le succès du non, l’amena à jouer sa propre carte à la gauche du PS. En 2008, il décide de fonder le Parti de gauche et de tenter une alliance avec le PCF en vue des élections européennes.

Une direction aveuglée

Malgré des résultats électoraux bien modestes entre 2009 et 2012, la direction du PCF décide de soutenir Mélenchon à la présidentielle en faisant le calcul que cela lui permettrait de gagner de nouveaux postes, en particulier aux élections législatives qui profiteraient cette fois au Parti et non au PG.

Après une campagne semant des illusions sur une victoire électorale tout en défendant des idées  protectionnistes et nationalistes, Mélenchon et le PCF se sont tout de suite ralliés à Hollande. « En avant pour la réussite du changement à gauche », pouvait-on lire dans l’Humanité du 7 mai 2012… Le 17 juin, les résultats électoraux des élections législatives (6,94 % des voix) eurent alors un goût amer. Le PCF passait de 19 députés à 10. Le Front de gauche entrait en crise.

Une fois encore, le PCF sortait perdant de ce jeu de dupe. Sa volonté de faire valoir ses intérêts d’appareil en gardant des liens, en particulier aux dernières régionales, avec le PS, firent éclater le Front de gauche aujourd’hui moribond. Peut-être verra-t-on le PG et le PCF réanimer le Front de gauche comme cadre d’une nouvelle alliance si la direction du PCF acceptait une fois encore de se soumettre. Tout cela va se décider vite après le congrès du PCF. Mais quels que soient les choix que fera la direction du Parti, ils ne pourront enrayer son recul, et surtout ils ne répondront en rien aux intérêts du monde du travail.

Yvan Lemaitre