L’hiver vient, un hiver de luttes

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Au fur et à mesure que le froid s’installe sur le territoire, que les vidéos et appels se multiplient pour un mouvement de grève à partir du 5 décembre, dans de nombreuses têtes émerge l’idée d’un nouvel hiver 1995 contre la réforme des retraites Delevoye. L’analogie n’est pas sans fondements. Déjà en 1995, on parlait du recul du mouvement ouvrier organisé et des difficultés des organisations syndicales à mobiliser, déjà le « dialogue social », en particulier autour de la CFDT, minait la lutte des classes, mais déjà la capacité d’intervention de la classe laborieuse avait apporté une réponse, imparfaite, mais appuyée sur des embryons d’auto-organisation, sur des initiatives semi spontanées, sur une solidarité forte entre les secteurs professionnels, malgré les difficultés à construire une grève générale. La solidarité est un élément-clé dans ces batailles pour la Sécurité sociale. En effet, comme en 1995, les autres raisons de se mobiliser ne manquent pas : souffrance au travail révélée au grand public par les suicides, particulièrement celui de Christine Renon (voir page 9), réforme de la fonction publique, suppressions de postes dans le privé comme le public, dégradation des services publics, réforme de l’assurance chômage… Mais la spécificité des combats pour la Sécu est leur capacité à unifier d’immenses secteurs de la classe ouvrière et des couches populaires globalement, c’est trop ou pas assez, personnellement dans ce cadre j’enlèverai). On peut parler de la réforme avec ses collègues, mais aussi avec ses voisinEs de palier, à la caisse du supermarché et dans la rue. 

Pour une grève de masse contre Macron et le patronat

C’est sur cette base objective, l’apparition d’intérêts de classe communs, sur des thématiques concrètes mais qui posent des problèmes politiques, que se constituent les grands mouvements de masse. En effet, bien que chacun calcule sa participation au mouvement en fonction des pertes qu’occasionnerait la réforme des retraites sur sa pension personnelle, cette réforme pose un enjeu de société : une nouvelle dégradation du niveau des pensions cassant de faire le système par répartition au profit de la capitalisation, la maîtrise de la gestion du système par l’État et la finance au lieu des salariés, la misère pour des millions de personnes, notamment de femmes, au lieu de la solidarité entre les salariéEs.

Le gouvernement sait dans quoi il s’engage et il s’organise. Il prend son temps, gère le calendrier et tente de déminer en promettant aux unE et aux autres de tenir compte de leur spécificité.

Pour les militantEs combatifs, l’heure est venue de montrer leur capacité à combiner d’un côté revendications et moyens d’action radicaux et de l’autre capacité à entraîner et unifier les larges masses. Ne rien céder, exiger le retrait de la réforme, et même revendiquer de quoi financer réellement les retraites, en prenant sur les profits, en partageant le temps de travail sans perte de salaire, en revendiquant la retraite à taux plein à 60 ans (55 pour les métiers pénibles) dès 35 ans d’activité, à 75% des 5 meilleures années, l’unité des caisses et le contrôle par les salariéEs. Ne rien céder pour construire une grève de masse. Une des étapes importantes est la bataille pour la reconductible autour du 5 décembre. Il ne s’agit pas croire que, de façon magique, tout va basculer le 6 décembre – on connait les difficultés importantes à construire la grève du 5 dans de nombreux secteurs – mais parce que cette bataille est juste : oui, nous voulons une grève reconductible, décidée dans les assemblées générales, dès que possible pour faire plier ce gouvernement, pour dégager Macron et sa politique. 

Le contexte international doit nous donner des ailes

En Algérie, au Chili, en Irak, à Hong Kong, en Catalogne, les masses se soulèvent contre les gouvernements. Mathilde Larrère décrit le phénomène : « À première vue, les raisons de la colère dans certains pays peuvent paraître dérisoires, mais il faut voir cela comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase. L’historien britannique Edward P. Thompson a étudié cette étincelle et l’a expliquée avec son concept d’« économie morale de la foule ». On refuse ce nouveau sacrifice, mais aussi tout ce qui a été accepté jusqu’ici : les politiques néolibérales et leurs effets austéritaires, les écarts de fortune qui se creusent. La goutte d'eau de trop provoque le rejet du vase entier1. » Comme pour le mouvement des Gilets jaunes.

Cela donne une grande responsabilité aux révolutionnaires pour construire les mobilisations, en respectant les rythmes des mouvements, des expériences qui doivent être massives et unitaires pour aboutir à des progrès et non des divisions, mais aussi en proposant, patiemment, de retourner la colère contre le gouvernement et le patronat. En liant les mobilisations actuelles avec l’urgence du combat pour le climat, la perspective révolutionnaire d’une société planifiée, contrôlée par celles et ceux qui produisent les richesses. 

Antoine Larrache

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