2020 : de la révolte à la révolution ?

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Le 8 janvier dernier avait lieu la plus grosse grève que l’histoire ait jamais connue : ce sont 250 millions de travailleuses et de travailleurs indiens qui ont participé à une grève générale contre le gouvernement réactionnaire de Modi 1. Cette grève générale pourtant exemplaire n’est qu’un des exemples du cycle de révoltes populaires, massives avec un caractère de classe que l’on peut voir depuis quelques années partout dans le monde avec une accélération sur toute l’année 2019. 

Si l’on devait aujourd’hui citer l’ensemble des révoltes de masse à l’échelle internationale, la liste serait longue. L’accentuation de la crise, l’incapacité du capitalisme à la résorber, et l’approfondissement de la crise politique a produit un cycle de mobilisations de masse sur l’ensemble des continents. Celles-ci ont deux caractéristiques spécifiques : elles reposent l’antagonisme de classe après une longue période de recul de la conscience de classe, elles sont souvent associées ou produites par des révoltes autour des questions de société (féminisme, climat). Ces dernières sont particulièrement importantes parce qu’à la fois elles remettent en cause directement le système dans sa globalité, se posent dans un cadre internationaliste et utilisent la grève comme moyen d’action (grève du 8 mars, grève scolaire pour le climat). Le climat de révolte intense que nous vivons en ce moment s’en nourrit, elles en sont même en partie l’étincelle (comme au Chili par exemple).

La situation internationale reste contrastée : ces dernières années, l’offensive réactionnaire a gagné du terrain dans une série de pays, que ce soit par des élections, des mouvements réactionnaires ou par des coups d’État, infligeant une défaite importante au mouvement ouvrier.

Le mouvement ouvrier structuré a perdu du terrain à peu près partout. Une grande partie des pays qui aujourd’hui vivent des phases de révoltes intenses ont vécu ou vivent sous des formes de pouvoir dictatorial ou largement corrompu qui ont vu l’écrasement total ou partiel du mouvement ouvrier organisé et a fortiori révolutionnaire comme c’est le cas à Haïti, au Chili qui ont vécu des décennies de dictature, mais aussi sous une forme différente en Algérie. Si en partie la spontanéité de ces mouvements montre qu’ils proviennent des facteurs objectifs, la difficulté de construire une stratégie, une orientation et y compris une dualité de pouvoir montre la nécessité du facteur subjectif, du parti révolutionnaire. 

De plus, nous avons vécu à partir de la chute du mur, avec une accentuation, à partir de la crise de 2008, une recomposition de la « gauche radicale » où une part du mouvement ouvrier, dans des cadres larges, souvent populistes, qu’on a pu nommer « nouveaux réformismes » a eu pour principale visée de chercher une représentation politique « de ceux d’en bas », déficitaire après les gouvernements des partis socialistes et leurs politiques austéritaires. La grande majorité de ces formations ont eu la volonté d’effacer l’antagonisme de classe.

Cependant l’effacement de cet antagonisme était avant tout le produit d’une période de la disparition de l’hypothèse communiste à une échelle de masse et d’un recul de la conscience de classe. Et si ce déficit de représentation a pu être en partie comblé un temps par ces formations, elles se sont vite retrouvées à exercer le pouvoir, que ce soit à l’exécutif comme Syriza en Grèce avec le désastre que l’on connaît ou dans une moindre mesure dans les parlements, faisant face à la question du vote du budget des plans d’austérité par exemple (comme le Bloco au Portugal). L’entrée de Podemos au gouvernement, n’en est que la suite logique.

Nous entrons maintenant dans une phase de remise en cause permanente du système dans laquelle pour l’instant ni les formes de représentations institutionnelles, ni un mouvement révolutionnaire affaibli ne comblent ce déficit : une phase de révoltes de masse mais sans stratégie pour gagner, pour changer le monde, pour renverser le système. 

Nous nous trouvons dans une période où les défaites ne se comptabilisent plus de la même façon, face à des pouvoirs de plus en plus autoritaires et répressifs : en France, un an de mouvement des Gilets Jaunes peut être suivi à peine quelques mois plus tard d’un mouvement de plus de cinquante jours. Il y a donc fort à parier que les confrontations de classe à l’échelle internationale vont devenir de plus en plus importantes et il faut nous en réjouir en prenant conscience des tâches qui nous attendent : l’unité de notre classe, son auto-organisation en posant la question du pouvoir. Un autre projet de société se pose à nouveau à une échelle de masse, et va continuer à se poser dans les mois et les années à venir. Savoir si le prolétariat sera en capacité d’y répondre est une question ouverte.

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