Face aux attaques contre la fonction publique, quels services publics défendons-nous ?

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Le gouvernement de Macron, dans la continuité de ses prédécesseurs, affiche la volonté de « libérer », « moderniser » … la fonction publique qui serait « paralysée », et surtout trop « coûteuse » pour le budget de l’Etat.

Avant de revenir en détail sur les projets que ce gouvernement veut mettre en œuvre dans les mois qui viennent, un bref retour sur 1°) ce qu’est cette fonction publique tellement vilipendée mais du point de vue de notre analyse marxiste et 2°) ce que nous défendons en terme non pas de fonction publique mais de services publics pour répondre aux besoins de la population.

1-   La fonction publique qu'es aquò ?

  • Depuis que l’Etat est apparu comme expression d’un intérêt général de la société (ce que Max Weber nommait « le monopole de la violence légitime »), au-dessus des classes pour préserver l’ordre social, et donc en dernière analyse les intérêts de la classe possédante, l’Etat a eu besoin d’hommes (essentiellement masculins) pour centraliser les récoltes, faire et récupérer un budget, porter les armes et réprimer… 
  • Le statut de ces serviteurs d’Etat a été extrêmement variable suivant les sociétés dans l’espace et dans le temps (esclaves ou hommes libres, nobles ou hobereaux, religieux, éléments constituants de couche spécifique de fonctionnaires petits ou moyens bourgeois….)
  • Développement de la fonction publique moderne liée aux histoires spécifiques des Etats promoteurs puis défenseurs du capitalisme. Ainsi au début du XIXe siècle pour Adam Smith, philosophe moraliste et père-fondateur de l’économie politique libérale, la puissance publique doit exercer « trois devoirs (…) clairs, simples et à la portée d’une intelligence ordinaire : (…) défendre la société de tout acte de violence ou d’invasion (…), protéger autant qu’il est possible chaque membre de la société contre l’injustice ou l’oppression de tout autre membre (…), ériger et entretenir certains ouvrages publics et certaines institutions que l’intérêt privé d’un particulier ou de quelques particuliers ne pourrait jamais les porter à ériger ou à entretenir ». Donc l’armée, la police, la justice et la construction d’infrastructures diverses auxquels va s’ajouter en France sous la IIIème république l’éducation.
  • La 3èmerépublique marque durablement le recrutement de la fonction publique d’un double caractère : républicain par opposition aux monarchistes et autres bonapartistes, la laïcité compromis auquel aboutit le combat pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat
  • Deux accélérateurs de l’augmentation numérique de la fonction publique en France (et donc qui l’imprègnent idéologiquement durablement) : les politiques coloniales et les aventures militaires, dont les deux guerres mondiales et les guerres coloniales (on passe de 200 000 salariés de la fonction publique fin XIXème à plus d’1 million en 1914)
  • L’autre élargissement de la fonction publique c’est le résultat de l’action politique et des combats du mouvement ouvrier pour retirer certaines activités au contrôle de la propriété privée capitaliste (SNCF, Poste et Télécommunications, gaz et électricité…). Un des moment clé du rapport de force qui a fait franchir un saut qualitatif est la fin de la 2èmeguerre mondiale. Sur la base du rapport de force national et international le compromis entre les gaullistes et le 1erparti politique, le PCF, a abouti à de nombreuses nationalisations et à la mise en place en 1946 du statut de la fonction publique (M. Thorez ministre des affaires publiques) qui définit le cadre de travail et de subordination de l’ensemble des agents de la fonction publique (fonctionnaires, ouvriers d’Etat, contractuels…). Depuis les vagues de privatisations des années 1990 on est passé d’environ 7 millions d’emplois publics à 5,5 millions, aujourd’hui, moins de 20 % des salariéEs.
  • Notable dans cette population de salariéEs qui pourrait représenter une force collective déterminante dans la lutte des classes :
  • Grande diversité entre cheminotEs, postierEs, enseignantEs, ouvriers d’Etat à la Monnaie, employéEs de la voirie ou hauts fonctionnaires il n’y a pas de lien ni de conscience d’intérêts communs immédiats. Pas plus d’ailleurs qu’au sein de la fonction publique hospitalière entre une aide-soignante et un chef de service.
  • 62 % de salariées de la fonction publique sont des femmes (46 % dans le secteur privé), ce qui contribue à tirer les salaires vers le bas et d’ailleurs le salaire moyen de la fonction publique était de 2 219 euros contre 2 250 dans le privé en 2015.
  • La part des non-titulaires ne cesse d’augmenter plus de 21 % des salariéEs du public (hors contrats aidés) en particulier dans l’éducation nationale et les hôpitaux. Montant moyen des pensions de retraite de la fonction publique 1781 euros, bonjour les privilèges…

2°) Quels services publics défendons-nous ?

  • Par rapport aux positionnements syndicaux, nous ne défendons pas le statut des fonctionnaires qui écarte de fait touTEs les non-titulaires et les collègues n’ayant pas la nationalité française (vérifier union européenne).
  • Si le statut garantit une certaine indépendance du fait de la dissociation entre le grade (par exemple attaché territorial ou professeur certifié) et l’emploi ce qui ne fait pas dépendre les salariéEs de leur hiérarchie immédiate, par contre il ne garantit pas l’emploi et peut permettre des mutations imposées
  • Les salariéEs de la fonction publique dépendent du pouvoir politique qui détermine les budgets, nombre de poste, règles de mouvement des salariéEs… sans parler du devoir de réserve et des obligations de services
  • Tout est donc question de rapports de force pour faire respecter des droits face à une règlementation à bien des égards plus défavorable que le Code du travail (sur la précarité, les CHSCT, le droit de grève…)
  • Dans le cadre du capitalisme recherche de profit permanente pousse à privatisation de ce qui peut être rentable y compris dans secteurs comme l’éducation ou santé et à fortiori dans des secteurs marchands (transports etc…) la collectivité gère les investissements des infrastructures ex privatisation de France Télécoms, PPCP pour construire des collèges ou des hôpitaux. Conjonction des recherches d’économie de l’Etat ou collectivités territoriales avec les intérêts des capitaux privés
  • Règle de gestion des services publics n’écarte pas, bien au contraire la transposition des logiques du secteur privé, de méritocratie et d’individualisation (des droits des salariéEs mais aussi des besoins des usagerEs, devenue des clientEs) sans parler des logiques de rentabilité et pas seulement dans les sociétés publiques commerciales (Poste ou SNCF). Ce qui fait qu’aujourd’hui les services publics n’apparaissent pas comme utiles et efficace aux usagerEs
  • Défendre des services publics qui répondent aux besoins des usagers, déconnectés de toute logique de rentabilité, démocratiquement gérés, non pas sous le contrôle de l’Etat mais des usagerEs et des salariéEs, (développer des exemples : politique de santé préventive, éducation pour développer la curiosité et l’esprit critique, l’imagination et la solidarité, pas pour former à des emplois ou des fonctions sociales)
  • Perspectives socialistes extension des services publics à l’ensembles des activités sociales et extinction de l’Etat

Cathy Billard

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