Roman : Premier sang de David Morrell

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Avez-vous déjà lu Rambo ? Oui, nous avons bien écrit lu et non vu. Parce qu’avant d’être le célèbre film, assorti de ses nombreuses suites, qui est venu incarner, à travers la figure de Sylvester Stallone, la brutalité et le cynisme de l’impérialisme étatsunien, rambo est d’abord un roman. Sans doute pensez-vous avoir autre chose à faire que de consacrer quelques heures à cet ouvrage mais ce serait une erreur. 

D’abord, parce que le scénario est taillé au cordeau, le tempo est impeccable et on se laisse complètement embarquer dans cette chasse à l’homme au cours de laquelle les chasseurs se retrouvent bientôt chassés. L’ancien béret vert, protecteur des valeurs américaines, se retourne en bourreau de la petite ville de Madison. Ensuite, parce que ce roman est réellement représentatif de la façon dont la guerre du Vietnam a profondément et durablement marqué les États-Unis. Là où le récit se révèle original, c’est qu’il importe le conflit sur le sol même des États-Unis (l’auteur en explicite la genèse dans l’entretien qui est annexé à la fin de l’ouvrage sous le titre « Rambo et moi »). 

Rambo voyage sur les routes de l’Amérique profonde, avec un look de hippie. Mais dans l’Amérique profonde, on n’aime ni les hippies ni les vagabonds. Dans chaque ville, la même scène se reproduit : le shérif intercepte Rambo et le dépose de l’autre côté en lui intimant l’ordre de ne pas revenir. Cela s’est produit des dizaines de fois, mais cette fois, Rambo refuse d’obtempérer. Cette attitude déclenche une mécanique tragique, mettant aux prises à la fois deux vétérans – le shérif est un ancien de Corée. Premier sang, qui évoque le duel, un duel censé prendre fin dès la première blessure, met en scène l’impossible réintégration des vétérans du Vietnam et surtout la profonde hypocrisie de cette guerre et de sa rhétorique de liberté. Pour défendre la sienne, Rambo se retrouve à endosser le rôle du combattant viêt cong terré dans les bois, face à un véritable déferlement de puissance militaire. Ce qui n’est pas la moindre des ­ironies de ce livre !

Henri Clément

Roman : Premier sang de David Morrell, Collection Totem, Gallmeister, 2013, 10 euros.

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