Remue-méninges du Parti de gauche : entre continuité et rupture ?

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Quelques jours après l'université d'été du NPA, c'était au tour du Parti de gauche de tenir son "Remue méninges" à Toulouse, du vendredi 28 au dimanche 30 août. Ces journées ont rassemblé 350 inscritEs sur l'université Jean-Jaurès (ex-Mirail), dans une ambiance à la fois studieuse et conviviale, et plus du double pour le meeting de clôture de Jean-Luc Mélenchon.

Le programme s'organisait entre ateliers thématiques (4 en parallèle, chacun répété deux fois), commissions, plénières, et bien sûr moments de détente en soirée. Même si la très courte durée des ateliers (1h30) laisse très peu de temps au débat, voire pas de débat du tout dans certains cas, résultat d'une conception très verticale du débat politique.

Ce manque de débat interne se ressent particulièrement sur la question grecque, qui laisse de nombreux militants dans la perplexité et l'incompréhension. Après avoir été dans le soutien inconditionnel à Tsipras et Syriza, les militants sont évidemment percutés de plein fouet par les derniers évènements et ont bien du mal à formuler une réponse claire. Entre défense de la politique de Tsipras, qui ne serait après tout que victime de Merkel, soutien à la scission de gauche Unité populaire voire admiration du très médiatique Varoufakis, les cœurs balancent. Un militant explique que s'il avait été grec, il aurait été bien embêté pour choisir entre Syriza, Unité populaire et ... le Parti communiste grec (KKE)!

Du côté de la direction, pas question de remettre fondamentalement en cause la ligne de Tsipras, dont le tort aurait simplement été l'absence de "plan B" (Eric Coquerel : «Le problème dans les négociations sur la Grèce c’est que l’Allemagne avait un Plan B, le Grexit, alors que Tsipras est arrivé sans Plan B. En disant qu’il n’a été pas été élu pour sortir de l’Euro, il s’est retrouvé coincé.»), mais pour autant, en guise d'invité "de Syriza" (annoncé au programme), c'est finalement Stathis Kouvelakis d'Unité populaire qui sera là. Celui-ci vient présenter avec Eric Coquerel le fameux "plan B", qui marque un virage politique non négligeable pour le PG avec comme mesure “phare” la sortie de l'euro et l’objectif d’un sommet internationaliste autour de ce plan.

Autre point guère surprenant, si deux ateliers ont quand même été consacrés à la COP21, le débat central en plénier du dimanche matin porte lui sur … les élections régionales. Au lendemain des démissions de De Rugy et Placé d’Europe Écologie - Les Verts, le PG entend plus que jamais mettre en avant sa stratégie d’alliances électorales du Front de gauche avec EELV, d’autant que le remue-méninges se déroule dans une région où les négociations sont déjà bien avancées. La constitution dans les urnes d’une “majorité de gauche” alternative au Parti socialiste reste l’objectif assumé du PG et il se voit comme le trait d’union entre les différentes forces politiques de la gauche institutionnelle, hors PS.

Enfin, le remue-méninges se concluait par un long discours de clôture de Jean-Luc Mélenchon, qui fidèle à son habitude joue dans la personnification et se voit comme l’homme providentiel, opposant la “macronite” à la “mélenchonisation” (« Tout organisme de gauche ou qui se veut tel, atteint de "macronite", est promis à la "mélenchonisation", qui est la réaction de l'organisme sain pour conserver son identité. »). 2017 n’est pas loin...

Alors entre continuité et rupture, la voie est compliquée et les débats sont ouverts. La table tenue par le NPA a donné l’occasion de débattre de multiples sujets : la place de l’Allemagne ou des États-Unis, de l’impérialisme français et de ses colonies, mais aussi de la nécessité de se retrouver sur le terrain des luttes après une année où cela a souvent été difficile (Palestine, Sivens…). Car nous avons au moins la conviction commune que les combats contre ce gouvernement sont loin d’être finis, et qu’il va falloir sérieusement riposter...

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