A propos du plan d’urgence d’Ensemble ! – L’anticapitalisme est renvoyé aux « jours de fête »

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Politique
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Le mouvement Ensemble ! a publié sur son site une brochure pour un plan d’urgence. La démarche n’est en soi pas critiquable. Le NPA a élaboré pour sa part des documents du même type. Ce qui coince dans le document d’Ensemble ! est son contenu, étroitement calibré pour une négociation électorale avec les « forces de gauche et les écologistes ».

Le document commence par une dénonciation de la loi « Travail ». Viennent ensuite des revendications plus ou moins radicales, dont certaines font accord.

Ce qui concerne le SMIC est, par contre, particulièrement timoré : « augmentation du SMIC immédiate de 10%, puis portée à 20% à 11,25 euros de l’heure, soit 1 700 euros bruts mensuels ; des minimas sociaux indexés sur le SMIC, personne au-dessous de 1 000 euros ». On remarquera que la date de la 2ème augmentation de 10% est non précisée.

De même la formulation sur les licenciements : « établir un nouveau contrôle administratif sur les licenciements et empêcher les licenciements collectifs dans les entreprises qui versent des dividendes à leurs actionnaires ». Exit donc l’interdiction des licenciements sur laquelle pourtant d’importantes réflexions avaient eu lieu synthétisées par exemple dans « Supprimer les licenciements » ( Laurent Garrouste, Michel Husson, Claude Jacquin, Henri Wilno, éditions Syllepse, 2006).

Le paragraphe sur la répartition des richesses et la fiscalité prône des ajustements de l’impôt sur le revenu, de la TVA et de l’ « impôt sur le patrimoine » (ISF ?). L’impôt sur les sociétés n’est pas traité et la question du revenu maximal, point fort cependant de la campagne de Melenchon en 2012, disparait.

Les formulations relatives aux banques sont alambiquées. L’objectif immédiat est le fameux pôle public bancaire et pour le reste il faudra « avancer » progressivement sans échéance précise. Insuffisant bien évidemment pour « mettre la finance sous contrôle » comme c’est l’objectif. Quant à la dette publique, les formulations varient d’un passage à l’autre du texte mais l’axe centrale est une conférence européenne sur le sujet, comme si rien n’était à retenir de l’échec de Syriza sur ce point.

Pour ce qui est du nucléaire Ensemble ! se déclare « favorable à s’engager dans la sortie » mais se satisferait d’un accord pour un débat public et une fermeture des centrales « les plus anciennes ». Bien sûr, on trouve quelques paragraphes sur un nouveau modèle de croissance.

Quant aux développements qui suivent sur la « nouvelle République ». Certains principes ne peuvent que rencontrer notre accord, notamment sur les droits des étrangers mais on remarquera notamment une absence curieuse sur l’élection du président de la République au suffrage universel qui est quand même le pilier central de la V° République.

Sur l’Europe, il y a convergence sur l’immigration (et ce n’est pas négligeable même si la liberté de circulation n’est pas vraiment affirmée) mais tout le reste qui concerne l’économie est plutôt une bouillie peu consistante (sauf sur le traité transatlantique), sans formulation claire (même sur la question de l’indépendance de la Banque centrale européenne)…. Là aussi, on peut se demander ce qui a été retenu de la Grèce.

Face à un tel programme, il ne s’agit pas de jouer les « monsieur plus » sur tel ou tel point (même si on pourrait noter les reculs par rapport aux textes antérieurs de la Gauche anticapitaliste). Ce qui pose problème est une logique d’ensemble, non seulement réformiste mais toute entière (sauf sur les réfugiés) coulée dans la logique des négociations avec les partenaires de l’ex-Front de gauche et au-delà (le vocabulaire lui-même est conçu pour ne pas les heurter). Bien loin en tout cas des ruptures nécessaires face à la crise et à l’offensive antisociale. Anticapitalisme, socialisme … tout cela disparaît, sans doute renvoyé aux «  jours de fête » pour reprendre l’expression de Trotski à propos des programmes minimums de la social-démocratie.

HW