Petites communes : deux mandats, ça va, trois mandats, bonjour les dégâts !

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Loubaut est une minuscule commune de l’Ariège, 28 habitants dont 6 actifs, avec un habitat dispersé, sur 239 ha. Son maire, Ramón Bordallo, a répondu à nos questions.

Que peut faire le maire d’une petite commune ?

Le maire se retrouve souvent seul : il y a beaucoup de réunions (Communauté de communes, syndicats...) et les conseillers rencontrent parfois des difficultés (pour suivre les dossiers, se déplacer…). Outre les démarches menées auprès des habitants, telles que les services rendus aux personnes âgées, tronçonner l’arbre tombé sur la route après la tempête, trouver un tracteur pour dépanner un automobiliste, il y a tous les jours des courriers, des méls, de nouvelles normes, des contraintes multiples votées par le législateur. Et quelques subventions à essayer de glaner. Cela fait beaucoup de choses, peut-être trop pour une petite commune. Et la complexité est partout : la partie administrative est faite par internet et cela déstabilise le personnel administratif.

Pourtant, je suis convaincu qu’il faudrait que chaque citoyen passe à tour de rôle dans une fonction de décideur au niveau communal. Sur Loubaut, on a réussi quelques fois à organiser des chantiers collectifs (reboucher les nids de poules, tailler les haies, planter des arbres, etc.). Sans oublier le soutien au Comité des fêtes, le soutien aux migrants, le partage des semences bios et autres concerts musicaux).

Quelles sont les marges de manœuvre dont vous disposez ?

Les marges de manœuvre du Conseil municipal sont réduites : la plupart des compétences à Loubaut ont été logiquement déléguées à des institutions plus grandes (pour l’eau, l’assainissement, l’électricité, les ordures ménagères, la voirie, etc.). Il reste le fameux pouvoir de police du Maire, très restreint. Il est par exemple impossible d’interdire la pose illégale de compteurs Linky sur des panneaux en bois à l’intérieur des maisons. La Préfecture et le Tribunal administratif se sont assis sur la dénonciation d’un acte dangereux pour les administrés (risque d’incendie à cause du Linky).

Les limites financières sont énormes : l’État étrangle depuis des années les communes (entre autres). Si à Loubaut nous avons des petites marges de manœuvre, ce n’est pas le cas de beaucoup de communes.

Comment faire vivre une démocratie locale ?

Les obstacles sont nombreux et la bonne volonté ne suffit pas. L’habitat dispersé entraîne des difficultés de rencontre, avec les problèmes de déplacement. La disponibilité des administrés est parfois limitée. On aime bien discuter, « mais, ce soir-là, ça tombe mal »…

La confiance accordée au maire est peut-être contre-productive. Depuis que je suis élu, j’ai toujours informé par écrit tous les habitants des enjeux des futures décisions du conseil municipal et j’ai distribué le compte-rendu. Du coup, alors que plus de la moitié des habitants venait aux premières séances, le nombre est devenu très réduit vers la fin. La réponse habituelle est : « Ramón, on te fait confiance, on sait que tu fais pour le mieux ».

Il peut y avoir un râleur qui rouspète sur tous les sujets. Le risque est qu’il ou elle pourrisse l’ambiance du conseil municipal, et c’est difficile à gérer.

Le maire étant une courroie de transmission (Communauté de commune, syndicats, etc.), il faut prendre le temps d’expliquer chaque décision, les arguments, les conséquences possibles, etc. Cela ne se fait pas dans les communautés de communes ni les syndicats, sauf exception. C’est plus qu’une erreur.

Il est nécessaire de travailler avec les communes limitrophes ou d’autres communes sur des sujets particuliers : l’entraide est indispensable1. Les décisions démocratiques sont lentes : il faut prendre le temps de réfléchir, de discuter, d’évaluer, de se concerter. Cela est antinomique avec la société capitaliste et productiviste. Même si la voix d’un conseiller municipal porte un peu plus, d’autant qu’il est maire, le combat politique devient difficile, voire inefficace…

Alors, est-ce que tout cela est vraiment utile ?

Il faut voir plus loin que le bout du guidon et avoir une vision plus large du paysage et des actions collectives menées au niveau national et international. L’actualité politique est dramatique en France mais il y a de l’espoir. Une des multiples voies qui permettent d’espérer une amélioration de la situation est la notion de local : le fameux « penser global, agir local ». Je profite de l’occasion pour conseiller la lecture des livres de Piketty (Le capital au XXIème siècle et Capital et idéologie) ainsi que le livre de Noiriel (Histoire populaire de la France). Et s’intéresser fortement à la décroissance pour pouvoir sortir de l’impasse environnementale créée par le productivisme.

À la fin du mois de mars, je ne serai plus conseiller municipal, mais je continuerai à participer aux différentes actions locales et j’aiderai, si besoin, la prochaine équipe : décroissance, écologie, partage.

Propos recueillis par le correspondant NPA 09

 

  • 1. Voir le livre de Pablo Servigne : L’entraide, l’autre loi de la jungle.

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