Municipales : le crash test du pouvoir

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

À moins d’un mois des élections municipales, le paysage politique se fait jour. Pour la galaxie macroniste, entre affaiblissement du socle social, divisions internes et sanction populaire, l’épreuve des urnes devrait être sévère. Au PS, les quelques baronnies locales encore en place vont tenter de sauver les meubles. EELV a beaucoup d’ambitions et le PC et la FI ont des tactiques à géométrie variable : accords avec la gauche institutionnelle, « listes citoyennes », voire d’opposition à cette même gauche gestionnaire… Reste modestement à trouver les moyens de faire entendre autant que faire ce peut une voix anticapitaliste articulant positionnement sur les enjeux nationaux et mesures locales de rupture au service du monde du travail.

L’anticapitaliste a déjà abordé il y a peu les enjeux généraux des scrutins municipaux1. Nous n’y reviendrons donc pas, préférant ici dresser le tableau des dynamiques politiques qui se dessinent du côté des macroniens, des écologistes, de la gauche institutionnelle et de l’extrème-gauche. 

LREM, La Rouste En Mars…

Comment le parti présidentiel, qui avait réussi à écraser en 2017 les « vieux » partis traditionnels de la gauche institutionnelle et de la droite, peut-il aujourd’hui aborder ces élections de mi-mandat en position si calamiteuse ? LREM peut nourrir quelques espoirs ici ou là, à Lyon (avec la candidature de Gérard Collomb), à Strasbourg (avec une candidature issue du PS) ou à Toulouse (avec Jean-Luc Moudenc, un maire sortant LR soutenu par LREM) ou Nice… Mais ces quelques villes ne sauraient effacer les échecs annoncés, plus ou moins importants, dans l’essentiel des grandes villes. C’est le cas de Lille, Nantes, Montpellier ou Bordeaux où les candidatures LREM sont en (très) grande difficulté. Cerise sur le gâteau, la campagne parisienne résume à elle seule beaucoup du macronisme – ambitions personnelles, coups de com’ sur fond de politique libérale autoritaire et divisions fratricides – au-delà des péripéties liées à « l’affaire Griveaux ». Enfin, soulignons qu’il n’a pas de candidat officiellement investi dans la très grande majorité des communes – au nombre de 30 000 tout de même, qu’un tiers des candidatures présentées doit faire face à des dissidences, cela sans parler des candidatures issues de la macronie plus ou moins mal dissimulées derrière des affiches ou professions de foi anonymes et sans sigle. Un (non) choix stratégique et des « cafouillages » bien entendu liés au contexte national de rejet profond de la politique du gouvernement, mais aussi à un manque d’implantation et de relais locaux…

Comme le souligne Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS dans un récent article du JDD2, ces deux éléments sont essentiels pour comprendre la crise qui travaille le parti présidentiel à la veille de ces élections. Pour un parti institutionnel, LREM est très faiblement implanté : Macron et les 300 députés LREM représentent l’essentiel des élus du parti, qui ne compte par ailleurs que 27 sénateurs, quelques maires et conseillers départementaux et régionaux venus des autres partis, et 23 députés européens… S’ajoute à cela le fait que, en vertu de la loi sur le non-cumul des mandats, les députés LREM ne peuvent être têtes de listes… sauf à accepter d’abandonner leur mandat parlementaire en cas de succès. Reste donc à mobiliser des ministres (Édouard Philippe au Havre, Gérald Darmanin à Tourcoing et bien entendu Griveaux à Paris), mais dans ce contexte, les volontaires sont peu nombreux, à l’image d’Agnès Buzyn contrainte d’annoncer le lendemain ce qu’elle rejetait la veille…

Dans les urnes, les élections européennes de mai 2019 ont pu créer une sorte d’illusion d’optique : le parti macroniste avait réalisé un score acceptable (22,5 %), malgré le contexte difficile du mouvement des Gilets jaunes. Mais il s’agissait d’un scrutin national, dont les enjeux ont été, sous la poussée de Macron lui-même, très européens, le président se mettant en scène en héraut de la construction européenne contre le repli sur soi incarné par le Rassemblement national de Le Pen. Une opération de com’ plutôt réussie que le pouvoir ne peut aujourd’hui reproduire : la mobilisation contre la réforme des retraites, pas terminée au moment où se déroule la campagne des municipales, a des répercussions plus directes sur les rapports de forces politiques voire électoraux, exerçant même une pression au sein de l’aile centre-gauche du macronisme pas très à l’aise avec l’orientation de droite prétendument sociale du gouvernement. C’est dans ce cadre qu’il faut appréhender les démissions en série de députés qui quittent LREM ou les départs du gouvernement qui contribuent à créer une ambiance de sauve-qui-peut, de « fin de règne »… à mi-mandat !

En panique, LREM a fait des choix stratégiques discutables, comme celui d’envoyer le Premier ministre en campagne au Havre ou sa ministre de la Santé en charge du dossier des retraites Agnès Buzyn pour une opération de la dernière chance à Paris, d’investir massivement des maires sortants issus d’autres partis, ou de tenter de brouiller la lecture des résultats en changeant les règles du « nuançage » des listes dans les villes les moins grandes... Enfin, signe des temps, les relations du parti présidentiel avec le MoDem, son allié lors des précédents scrutins, s’avèrent difficiles : le MoDem soutient en effet les candidats LR à Bordeaux, Reims, Limoges, Saint-Étienne et Clermont-Ferrand, le candidat PS à Dijon, et un candidat de centre-droit à Rennes…

Gauche : c’est quand qu’on va où ?

Pour autant, la crise politique qui travaille le pouvoir, l’affaiblissement politique du parti présidentiel et la rouste annoncée dans les urnes ne semblent pas profiter aux forces de gauches dans toutes leurs diversités. Depuis la dernière présidentielle, le PS a perdu l’hégémonie sur la gauche institutionnelle, les Insoumis sont moins sûrs d’eux après la claque prise aux élections européennes de mai dernier, et les écologistes d’EELV jouent leur carte personnelle, partagés sur le fond entre rassemblement à gauche et main tendu au macronisme en pleine crise…

La dernière présidentielle avait ramené le principal parti de la gauche institutionnelle, le Parti socialiste, à un niveau historiquement bas. Mais face à une élection plus locale, en s’appuyant sur les baronnies et une gestion assumée des collectivités locales, le PS résiste à un repli qui est le produit direct de la faillite des cinq années de hollandisme au pouvoir. Ainsi, elle a de grandes chances d’espérer conserver plusieurs grandes agglomérations : la capitale bien entendu, mais aussi Lille, Nantes, Rennes ou Clermont-Ferrand… Son souci, c’est que la sanction annoncée du pouvoir ne va pas pleinement lui profiter : en perdant l’hégémonie sur son champ politique et en conséquence sa capacité à rassembler autour de lui, il laisse la voie libre à plusieurs offres issues d’une gauche plus ou moins radicale. Tout cela hypothèque fortement sa capacité à gagner de nouvelles grandes villes, et la cantonne à la possibilité de sauver les meubles. 

Dans cette entreprise, le PS pourra, comme à Paris ou à Toulouse, compter sur ses alliés traditionnels, au premier rang desquels figure le PCF. Si celui-ci peut se retrouver ponctuellement partie prenante de liste de rassemblement à gauche du PS dans certaines villes moyennes, son orientation politique nationale reste marquée par la recherche d’accords avec l’ensemble de « la gauche », comme un retour de balancier après la séquence Front de gauche et soutien au candidat Mélenchon en 2017. 

Échaudée par son score décevant aux européennes (6,31 %), La France insoumise est en panne de stratégie et cherche à s’effacer derrière des « listes citoyennes » ou de rassemblement de gauche à géométrie souvent variable suivant les villes. Depuis l’élection présidentielle, le parti a perdu de sa superbe : polémiques sur la démocratie interne, départs de cadres et de groupes militants, séquence judiciaire et claque aux élections européennes, LFI ne peut plus prétendre jouer le rôle pivot à gauche que lui laissaient espérer les scores de 2017. En conséquence, « La France Insoumise n’est pas candidate aux élections municipales » selon le député Adrien Quatennens… Une formule qui vise à masquer que le parti n’a plus les moyens de ses ambitions, les a quasiment toutes abandonnées – qui se rappelle que la candidature de Mélenchon pour prendre la mairie de Marseille était un sujet de discussion sérieux il y a quelques mois ? et préfère tenter des coups ponctuels, ici avec l’ensemble de la gauche de la gauche, là dans une démarche dite « municipaliste »… Mais cette orientation n’est pas un long fleuve tranquille : combien de divisions au sein de LFI pour savoir quelE candidatE soutenir, pour imposer la candidature voulue par la direction, avec quelques fois même en conséquence une autonomisation du Parti de gauche, le noyau politique historique de La France insoumise, le mouvement gazeux… Une chose est sûre : ces échéances vont être totalement inutiles au mouvement, et ce malgré un contexte d’opposition radicale à la contre-réforme des retraites, pour dépasser la crise qui le travaille. Pire : au vu des profils très divers sur l’ensemble du territoire, ces élections vont amplifier le flou artistique entretenu vis-à-vis des forces les plus institutionnelles et droitières, le PS ou EELV…

Les « écologistes », justement, sont la dernière carte de cette gauche en difficulté, si tant est que l’on puisse encore cartographier EELV dans ce champ politique… Les 13,4 % des dernières élections européennes leur ont donné des ailes, en tout cas une impulsion suffisante pour qu’un large secteur de sa direction ait les coudées franches pour affirmer pleinement son projet politique. Car Yannick Jadot le répète à l’envi : sa famille politique n’est pas de gauche mais écologiste… Et en toute logique, il y a quelques semaines, David Belliard, le candidat EELV pour la mairie de Paris, a proposé une « grande coalition climat »… allant de Danielle Simonnet, en tête de la « liste citoyenne » soutenue par LFI, au candidat dissident de LREM Cédric Villani, en passant par la coalition actuellement à la tête du pouvoir municipal. Ça c’est l’objectif, dans la (très à) droite ligne des « grünen » allemands, mais la réalité est plus prosaïque. « On veut confirmer Grenoble, et multiplier les Grenoble », dit Julien Bayou, le nouveau secrétaire national, qui espère profiter de la prise de conscience populaire des enjeux écologiques et climatiques ces dernières années pour prendre des grandes villes comme Bordeaux ou Clermont-Ferrand. Logiquement, comme dans la capitale, à Lyon ou à Rouen, EELV multiplie les listes « indépendantes », mais travaille aussi les possibles ralliements en vue du second tour. Ce faisant, les Verts sont confrontés à la tension entre une orientation stratégique qui les pousse à droite et des alliances tactiques qui les maintiennent dans le champ institutionnel de la gauche... 

La rupture aussi dans les urnes

Sans surprise, ce n’est donc pas du côté de cette gauche qu’il faut chercher des réponses politiques aux besoins et à la radicalité exprimés depuis un an et demi par notre camp social. Non que nous pensions de toute façon que les prochaines élections municipales puissent en quoi que ce soit jouer un rôle central dans la rupture avec le système capitaliste et les exigences des classes dirigeantes, mais par contre la révolte et la colère sociale doivent également s’exprimer, y compris par toutes les occasions possibles sur le terrain électoral. Pour ces élections municipales, notre politique vise donc à aider à construire un cadre de rassemblement du monde du travail autour d’un programme exprimant les exigences économiques, démocratiques, écologiques, portées par les différentes luttes des travailleurEs et de la jeunesse et dans le mouvement des Gilets jaunes.

De tels regroupements doivent permettre de poser, y compris au niveau local, la question du pouvoir, des réponses des classes populaires et du monde du travail aux différentes crises, aux politiques de gestion du système capitaliste, aux mesures d’austérité et à leurs conséquences dans les municipalités, qu’elles soient mises en œuvre par des forces de gauche autant que par la droite. Ces élections vont aussi être marquées par la volonté de sanctionner Macron et son monde, la politique de casse sociale mise en œuvre depuis deux ans par ce gouvernement – en particulier sa volonté de briser nos retraites – et ses différents soutiens et relais locaux.

Nous nous adressons à toutes celles et ceux qui ont été et sont actrices et acteurs des mobilisations – militantEs d’autres courants révolutionnaires, militantEs de différents courants de la gauche sociale et politique, militantEs des quartiers populaires, de l’égalité des droits, Gilets jaunes… à celles et ceux qui en ont été solidaires, pour porter avec nous, dans la continuité de ces luttes, la contestation du capitalisme sur le terrain électoral. Enfin, dans ces échéances doivent apparaître clairement le rejet de la menace d’extrême droite qui va chercher ces prochains jours à arracher de nouveaux points d’appui locaux (notamment dans une ville moyenne comme Perpignan) pour expérimenter ses mesures dangereuses.

Pour porter cette orientation, le NPA a cherché à être présent d’une façon ou d’une autre partout où ses forces le lui permettaient, cela dans un contexte où les militantEs étaient absorbéEs par la construction de la mobilisation contre le projet de loi sur les retraites. Conformément aux décisions de la direction nationale du NPA, des rencontres ont eu lieu tant nationalement que dans différentes villes avec Lutte ouvrière, mais cela n’a abouti nulle part, LO préférant être seule pour « faire entendre le camp des travailleurs » avec ses listes propres… Ce dimanche 15 mars, le NPA sera présent avec des listes à sa seule initiative ou dans des cadres de rassemblement avec d’autres forces politiques, associatives ou groupes militants dans une trentaine de villes, de Lille à Perpignan en passant par Pessac ou Saint-Denis... Si les configurations peuvent être différentes suivant les villes, les listes partagent différents éléments de profil, programme et stratégie. Ainsi, si le NPA a cherché à discuter avec des forces qui se retrouvent dans les luttes, il a toujours exclu de se présenter au premier comme au second tour (dans le cadre des fusions) avec les partis de gauche qui gèrent localement la commune et y mènent une politique d’austérité. Et il ne pourra en aucune façon figurer sur des listes aux côtés de partis tels que le PS ou EELV qui ont mené dans les dernières années des politiques antisociales au service des capitalistes (loi travail, loi Macron, loi Rebsamen, loi Touraine…). 

Tour d’horizon anticapitaliste

Comme il est écrit dans un tract de présentation de la liste « Ivry anticapitaliste et révolutionnaire3 » à l’initiative du NPA à Ivry-sur-Seine (dans le Val-de-Marne), « Face aux promesses intenables, prenons nos affaires en main ! Pour les élections, les partis institutionnels feront de belles promesses qu’ils ne pourront pas tenir. Le budget des mairies baisse chaque année et tous ces partis, même les plus à gauche, gèrent la pénurie orchestrée par le gouvernement. À travers ces élections, nous voulons que la voix des classes populaires et des salariéEs en lutte se fasse entendre. Ce sont les mobilisations populaires, comme celles des gilets jaunes, des urgentistes en lutte pour de meilleurs salaires et des embauches, des salariéEs de la RATP ou de la SNCF ou la mobilisation des jeunes contre le changement climatique, qui permettront de changer réellement les choses. »

À Bordeaux où la liste « Bordeaux en luttes » conduite par Philippe Poutou a le soutien du NPA et de LFI4, le texte fixant le cadre du rassemblement anticapitaliste affirme que : « Les élections municipales, pas plus que les autres, ne modifient le système dominant, l’ordre social que nous entendons renverser. Elles permettent cependant de montrer que des solutions concrètes aux problèmes des habitantEs d’une ville passent par d’autres choix. Cette élection nous permettra de dénoncer ces “gros” candidats qui sont tous du même camp, celui de la bourgeoisie (bordelaise ou non), de ces privilégiéEs qui concentrent pouvoir et richesses, ultralibéraux, conservateurs, et plus ou moins réactionnaires, tous en cheville avec les institutions et le pouvoir établis. Nous voulons faire entendre une autre voix, celle de la colère, celle de cette partie de la population pauvre ou modeste, exclue, marginalisée, précarisée, invisibilisée, exploitée, humiliée, infantilisée, brutalisée, ghettoïsée. Nous voulons le faire pendant cette élection mais aussi durant les six ans qui suivent en s’invitant dans le “parlement” bordelais pour y porter la contestation, pour interroger les choix fondamentaux faits en matière de budget, de lutte contre les inégalités sociales et pour construire, avec les plus excluEs, les changements indispensables pour faire face à la crise écologique. Nous voulons aussi défendre une autre conception de la société, de la vie municipale, de la vie dans la ville et dans l’agglomération bordelaise. Les élections municipales sont un moment politique que nous ne voulons pas manquer, c’est le moment de bousculer la routine, de tenter de faire changer la donne. Nous sommes convaincuEs que ce qui reste déterminant ce sont nos luttes collectives, comme celles actuelles pour nos retraites, nos emplois, notre dignité, nos vies… »

L’austérité gouvernementale étrangle les collectivités dont les budgets ont de plus en plus de difficultés à répondre aux besoins des populations. L’endettement croissant des collectivités, la réduction des services publics de proximité, le laminage des budgets sociaux ont transformé certains quartiers en zones de précarité extrême. Les dotations de l’État sont toujours plus amputées, alors que dans le même temps, l’État impose aux communes, entre autres, la prise en charge de toute une série de services publics, sans aucune compensation financière pérenne. Le programme que nous portons donc dans ces élections pour répondre aux urgences sociales est contradictoire avec ces carcans budgétaires imposés par l’État aux communes, ce qui nécessite de défendre clairement une perspective de rupture avec ce cadre. Les listes que nous défendons portent les exigences du monde du travail et de la jeunesse, un programme municipal de rupture pour des éluEs qui refusent de payer la dette ; se battent pour des municipalités au service des résistances et des luttes – sociales, démocratiques, écologiques, pour imposer la défense et le développement des services publics…

Ainsi, à l’initiative du NPA, la liste « Toulouse anticapitaliste » défend les grandes lignes d’un tel programme, développé sur son site5. « À Toulouse, Jean-Luc Moudenc est le représentant direct de la politique de Macron. Depuis six ans, il s’en prend sans relâche aux couches populaires : augmentation des impôts locaux, suppression de la gratuité dans les transports et les cantines scolaires, restrictions d’horaires dans les piscines municipales… Il mène des politiques de gentrification qui repousse hors de la ville les travailleurEs et les plus précaires. Il renforce les politiques sécuritaires, s’en prend aux sans-abris et aux migrantEs. Son but ? Mettre la ville au service des plus riches. Ses choix ? Les grands projets inutiles au détriment des services publics ! Face à cela, les listes dites d’opposition nous présentent des programmes édulcorés qui refusent de s’en prendre aux intérêts privés, de rompre avec les politiques capitalistes. Il est éclairant de signaler que leurs têtes de liste, toutes issues de l’ancienne majorité municipale (P. Cohen jusqu’en 2014), ne se prononcent pas clairement contre la mise en place d’un système de retraite par points ou ne soutiennent pas le mouvement des Gilets Jaunes. Nous méritons mieux que cela. Dans ces élections, Toulouse Anticapitaliste défendra un programme de rupture anticapitaliste : une politique des transports répondant à l’urgence sociale et environnementale [par la gratuité des transports sur Toulouse et son agglomération] ; pour la transition écologique : une écologie populaire et anticapitaliste ; agir pour le droit au logement, contre les intérêts privés [par la réquisition des logements vides,l’arrêt des expulsions et coupures d’énergie, le plafonnement des loyers] ; la démocratie réelle, ce n’est pas tous les 6 ans, c’est tous les jours ; en finir avec les politiques sécuritaires ; pour développer les services publics locaux ; pour l’égalité des droits et contre les violences faites aux femmes ; une municipalité au service des travailleurEs ; la culture n’est pas un privilège ; pour une municipalité internationaliste et solidaire des peuples en lutte. »

Enfin, l’enjeu n’est pas seulement de dénoncer, de témoigner. Comme le dit la liste à l’initiative du NPA « Poitiers anticapitaliste » dans son quatre pages de campagne6, il s’agit d’avoir « des éluEs à l’image de nos luttes ! Il y en a assez des politiciens qui parlent à notre place, nous voulons prendre nos affaires en main ! Notre liste est composée de chômeurEs, d’ouvrierEs, de salariéEs, d’employéEs, de retraitéEs, qui travaillent, galèrent, prennent de plein fouet les politiques macronistes. Nous défendons un programme 100 % à gauche mais aussi une démocratie réelle et permanente. Si nous avons des éluEs, ils ne garderont pas leurs indemnités pour eux-mêmes. Nos éluEs pourront être révoqués s’ils ne respectent pas leur mandat. Nos éluEs utiliseront l’institution qu’est le conseil municipal pour faire remonter nos combats dans les quartiers, dans les entreprises, dans les collectifs, dans les luttes… pour parler de nos vies. Nous voulons des éluEs des luttes, des éluEs anticapitalistes, pour porter un message vraiment important : celui d’un changement révolutionnaire de la société. Ces élections ne permettront pas de changer de monde, mais vous avez l’occasion d’envoyer des militantEs au conseil municipal qui porteront un message que personne d’autres ne portera : celui d’une révolution sociale, écologiste, féministe, internationaliste et démocratique. »

Manu Bichindaritz

Claude Serfati, économiste, chercheur auprès de l’IRES, est l’auteur, entre autres, de L’industrie française de défense, (Ed. La Documentation française, 2014) et Le Militaire: une histoire française (Ed. Amsterdam, 2017)

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