La crise chronique du PCF

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

La crise du stalinisme et l’effondrement de l’URSS expliquent en partie cette situation, mais la politique de la direction, notamment face au PS et aux institutions, participent aussi de cette crise, sans parler des mutations énormes intervenues dans la société avec la disparition des grandes entreprises, les diversifications au sein du prolétariat et aussi la percée du FN dans les couches populaires.

Autrefois parti de la classe ouvrière, le PCF n’organise plus qu’une petite fraction de celle-ci et généralement la plus âgée. Il n’a plus la même force dans la CGT et il a été confronté au FN dans les couches populaires frappées par la crise mais aussi au développement du PS dans les nouvelles couches du prolétariat. Encore fort de ses 12 000 éluEs, il a cependant perdu bon nombre de municipalités et se trouve pris entre le poids des éluEs qui, souvent, doivent leur élection à un accord avec le PS, et une partie de sa base de plus en plus hostile au PS et qui se rassemble dans les quatre textes alternatifs à la direction qui ont en commun de refuser une primaire avec les socialistes...

Dans cette nouvelle situation et après être sortie de l’expérience gouvernementale avec le PS, la direction semble assez désemparée. La création du Front de gauche n’a en fait profiter qu’à son candidat Mélenchon, mais absolument pas au PCF, et aujourd’hui cette direction flotte complètement entre un soutien à une hypothétique primaire sans Hollande, un « Appel des 100 » avec les « frondeurs » du PS, des Verts, des membres d’Ensemble, quelques syndicalistes et associatifs mais sans candidat pour le moment, et un Mélenchon méprisant et tout aussi méprisé mais encore fort dans les sondages. Ainsi, environ 2 000 militantEs du PCF ont déjà signé un appel de soutien à Mélenchon, alors que près de 24 % des militants demandent, avec Roland Leroy ou Nicole Borvo, un nouveau Front de gauche (car l’ancien n’existe plus...) mais « décartellisé », ce qui était le souhait du PG.

Un choix ou une impasse ?

Le congrès aura donc à choisir entre un Mélenchon fortement discrédité à l’intérieur du parti mais avec un plus large écho à l’extérieur et un candidat PCF ou proche mais assez peu crédible à l’extérieur. Pour rajouter à cette confusion, dans l’Humanité du 25 mai, Pascal Savoldelli, responsable du secteur élection du PCF, appelle à « traiter à égalité la présidentielle et les législatives »... Avec le PS et sans Mélenchon ? Le même jour, le quotidien consacre une page à la conférence de presse de Mélenchon, sans aucun commentaire...

Ce dimanche 5 juin, juste après le congrès du PCF, Mélenchon organise une démonstration, un grand rassemblement à Paris, après avoir annoncé avoir déjà reçu 140 000 signatures de soutien. Sans doute est-il convaincu que le PCF n’aura pas d’autre choix que de le soutenir.

Cela dit, quelle que soit au final la décision du PCF, les choix qui vont être fait ne feront ni l’unité du parti ni n’enrayeront sa crise chronique…

Alain Krivine

 

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