À Cenon et Lormont, des élues révolutionnaires : un travail incessant et utile

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Depuis 2001, dans les conseils municipaux de Lormont et Cenon, banlieues populaires de Bordeaux, nous sommes deux élues révolutionnaires, Monica Casanova et Christine Héraud (LCR puis NPA) à défendre la contestation sociale, les exigences et les droits du monde du travail, des classes populaires et de la jeunesse.

En 2014, nous avons été réélues pour un troisième mandat, cette fois sur des listes unitaires NPA-PG à Lormont et NPA-Ensemble-PG à Cenon, en opposition à la gauche libérale au pouvoir après l’élection de Hollande, à la droite et à l’extrême-droite, renforcée par les politiques anti-ouvrières et la surenchère xénophobe et sécuritaire du gouvernement Hollande. Notre intervention politique d’élues du NPA se décline à la fois sur le terrain national et local. Il n’y a pas de politique locale qui ne soit la conséquence de l’offensive nationale et internationale du patronat et des gouvernements contre les travailleurs et les peuples.

Les budgets des communes subissent de plein fouet la baisse des dotations d’État, qui met un point d’honneur à payer la dette qu’il a lui-même creusée auprès des banques pour leur éviter la faillite lors de la crise de 2007-2008. Les « économies » que l’État impose aux communes sont autant de moyens en moins pour les services publics de proximité, et le soutien aux populations des quartiers, qui vont vers une précarisation et une exclusion croissantes. 

Nous sommes indépendantes de tous les partis gouvernementaux et des majorités institutionnelles locales. Nous ne sommes pas co-gestionnaires de politiques locales d’austérité, relais des politiques nationales. Nous ne votons donc pas les budgets municipaux contraints par la dette, l’austérité et les baisses de dotations de l’État, budgets qui ne peuvent répondre aux besoins sociaux de la population.

En défense des services publics

Nous luttons pour le développement des services publics de proximité, contre leurs fermetures dans les quartiers, comme celle de l’agence postale de Lormont ou la fermeture de la Trésorerie de Cenon. À Lormont, la population s’est accrue de 2 000 habitants ente 2006 et 2016, mais la ville a perdu une Poste (fermée, et remplacée par un relais dans un bar !) et vu les horaires d’une autre réduits, ce qui fait qu’il y a une Poste et demie en moins !

La trésorerie de proximité de Cenon fermera ses portes l’an prochain, obligeant les habitants à se rendre à plusieurs kilomètres de là pour des services tels que le paiement d’arriérés de cantine. Le personnel, lui, sera redéployé dans les agences restantes…

Nous avons soutenu toutes les mobilisations dans les écoles avec les enseignants, les personnels et les parents, contre les fermetures de classes, contre la loi Blanquer, pour les dédoublements de CP et CE1 avec les moyens nécessaires… Dans les écoles de Cenon et Lormont (en REP et REP+), les classes de CP puis de CE1 ont été dédoublées. Ces classes à 12 élèves sont un plus pour les élèves et les enseignants. Mais cela s’est fait à marche forcée pour les communes, sans les moyens matériels suffisants et sans créations de postes. Les enseignants supplémentaires, indispensables sur ces secteurs en grande difficulté scolaire, ont disparu pour occuper les nouveaux postes en classes dédoublées. Faute de place, des salles de RASED ou des bibliothèques ont fermé, des préfabriqués ont fleuri dans les cours d’école… contribuant à la dégradation des conditions d’apprentissage pour les élèves et de travail pour les enseignants et tous les personnels.

Au printemps 2018, nous avons soutenu les postiers de Cenon et de Lormont en grève contre leurs directions qui cherchaient à imposer des restructurations et suppressions de tournées alors que la population est en constante augmentation. Ils se battaient aussi contre l’imposition de la « sacoche », c’est-à-dire confier le tri du courrier à des précaires et contraindre les facteurs à faire uniquement du vélo, 6 heures par jour par tous les temps avec allongement de leur journée au-delà de 14 h… une pause méridienne allongeant considérablement l’amplitude de leurs journées de travail.

À Cenon, les facteurs ont fait sept semaines de grève. Nous avons soutenu leur lutte et nous les avons aidés à populariser leur grève et à intervenir au conseil municipal. Le maire ayant refusé qu’ils entrent dans la salle du conseil pour s’adresser à tous les élus, c’est dans le hall qu’ils ont pu expliquer les raisons de leur grève devant la majorité des élus que nous avons invités à sortir les écouter. Le NPA a proposé une motion de solidarité à leur grève, qui a été votée en fin de conseil à l’unanimité.

En soutien aux revendications et aux luttes

Nous nous sommes opposées au travail du dimanche dans les grandes enseignes comme Carrefour, étendu à jusqu’à huit dimanches par an en votant contre lors des conseils où les socialistes ont défendu cette extension des dimanches travaillés contre l’avis même de leurs alliés communistes. 

Nous intervenons aussi pour la défense des droits, des salaires et des conditions de travail des agents de la commune : contre les contrats précaires, les Services civiques des jeunes, pour un statut Fonction publique de tous les agents, pour des embauches remplaçant les départs à la retraite, pour une augmentation générale des salaires. 

Les salaires des agents communaux sont bas en moyenne, bloqués depuis 2010, comme ceux de tous les fonctionnaires. Depuis 2018, avec le RIFSEEP (réforme du régime indemnitaire de la Fonction publique), les agents sont passés de 1545 h (acquis sociaux dus aux luttes) à 1607 h (le taux défini par le Code du travail), sans aucune augmentation. Nous avons dénoncé cette attaque qui contraint les agents à faire plus, à moins nombreux et moins bien payés.

Nous avons porté la voix des agents luttant contre la « métropolisation » qui met en place la mutualisation des personnels avec pour conséquences des suppressions de postes, des pertes de salaire pour les agents déplacés, de la souffrance au travail. 

Nous dénonçons et nous opposons à la gentrification par expulsion des locataires ou des propriétaires, soutenons leurs résistances. À Lormont, des maisons en bord de Garonne ont pris de la valeur avec le développement de l’immobilier. Des dispositifs de l’ANAH (Agence nationale de l’habitat) comme l’Opération de Restauration Immobilière ont été mis en place exigeant des propriétaires de ces immeubles des travaux pour de nouvelles normes écologiques et esthétiques, sous la houlette d’une agence public/privé, InCité. Celle-ci cherche en réalité à faire brader leur bien à des propriétaires n’ayant pas les moyens de faire ces travaux et qu’elle aide très peu. Elle récupère ainsi des appartements qu’elle loue ou vend plus cher une fois les travaux effectués.

De la prévention, pas de répression !

Nous nous sommes opposées aux politiques de répression dont la vidéo-surveillance et avons défendu, à l’opposé, des politiques de prévention en direction de la jeunesse, de lutte contre le chômage et la précarité, contre la régression sociale. 

Les moyens engloutis dans la vidéosurveillance devraient servir pour l’augmentation du nombre d’éducateurs et de postes de prévention. Ce que nos maires appellent « l’insécurité » dans les quartiers, c’est l’insécurité sociale, produit des politiques de régression sociale. Aucune caméra de surveillance mobile ou fixe ne peut remplacer de l’emploi pour les jeunes, des services publics de proximité pour tous. 

Pour la démocratie directe des travailleurs, des jeunes, de la population de la commune

Si des élus parlent parfois de « démocratie participative » au moment des élections, les conseils municipaux ne sont ni démocratiques ni « participatifs ». 

En tant qu’élues du NPA, nous portons l’exigence d’une démocratie directe de la population, sur l’ensemble des problèmes qui la concernent, y compris pour décider intégralement du budget municipal. Nous défendons une mairie Bourse du travail, c’est-à-dire d’en faire un lieu pour prendre la parole, organiser les luttes, prendre les décisions. C’est aux travailleurs, aux jeunes, à la population de prendre leurs affaires en main tant localement que nationalement. 

Aux élections municipales de 2020, faisons entendre la voix des travailleuses, des travailleurs et de la jeunesse !

Après plus d’un an de mouvement des Gilets jaunes, les grèves des cheminots, dans la santé et l’Éducation ou dans les entreprises pour les salaires et contre les licenciements, et alors que le gouvernement s’attaque aux retraites et annonce d’autres attaques contre les travailleurs et les classes populaires (Sécu, services publics…), nous pensons important que cette colère du monde du travail et de la jeunesse contre l’offensive des classes dominantes se fasse entendre à l’occasion des élections municipales. 

Prenons nos affaires en main, constituons des listes, pour des élu-e-s au service de la contestation et des luttes, pour défendre les idées de la révolte et de l’émancipation, au sein des conseils municipaux et dans nos communes ! 

C’est ce que nous voulons porter à nouveau en présentant des listes à Cenon et à Lormont, mais aussi à Bordeaux, Blanquefort (la ville où se trouve l’usine Ford), à Pessac et à Mérignac dans la banlieue bordelaise. 

Monica Casanova et Christine Héraud

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