2016 : État d’urgence décrété contre le système capitaliste

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

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L’année passée, partout dans le monde, les crises économiques, sociales, écologiques, ont accéléré la montée du discrédit des partis et des hommes/femmes de gouvernement et redessinent la carte des idées politiques. Partout des hommes se disant hors système et se réclamant des couches populaires se retrouvent au premier rang. La plus noire réaction grossit, voire triomphe, de la Russie aux USA en passant par la Pologne, l’Autriche ou la Hollande.

Leur principal point commun est de nier l’antagonisme entre classes sociales pour faire la place à des logiques censées être proches de la compréhension des peuples : l’étranger contre l’autochtone, les élites contre le peuple, les hommes contre les femmes, les chrétienEs contre les musulmanEs... Et le développement du terrorisme y ajoute la lutte de la « civilisation » contre la « barbarie ».

Dans le même temps, l’affaissement de toutes les formes de représentation du prolétariat (nom que l’on ose à peine écrire ou prononcer) laisse la place libre aux monstres dont nous pensions le retour impossible après la barbarie engendrée par les régimes fascistes et nazis. Mais en 2016, des résistances ont existé, en France comme dans bien d’autres pays. Socialisme ou barbarie !

Dossier réalisé par Robert Pelletier et Yvan Lemaitre

 

ÉTAT FORT CHERCHE PRÉSIDENTIABLE AUTORITAIRE

Avec un Président à moins de 15 % d’avis favorables et un Premier ministre (en place jusqu’à début décembre) représentant à peine 6 % de son parti lors de la primaire de 2011, les têtes gouvernantes de la République française sont bien frappées par le syndrome du rejet qui a atteint toute une série de dirigeants politiques de la planète. Reconnaissons qu’ils se sont surpassés dans le registre des reniements et renoncements à tout ce qui pouvait encore faire illusion sur les valeurs portées par la « gauche ». Antisocial, avec au cœur la loi travail ; répressif, avec la recherche de l’affrontement, et l’interdiction ou la mise en cage des manifestations ; racisme, avec la traque des migrantEs, l’augmentation de plus de 11 % des expulsions de sans-papiers, une diminution de 11 % des régularisations, et l’augmentation des évacuations de Roms (2 546 personnes Roms au 3e trimestre 2016).
La conjonction entre les politiques économiques néolibérales et le renforcement de l’autoritarisme policier enclenchent une marche forcée vers un État fort, un État policier. Une évolution que les candidatEs de droite et d’extrême droite risquent d’approfondir. Et avec une droite où le refus du sarkozysme a presque fait passer Juppé pour un homme de gauche et Fillon comme un politicien neuf, le danger est grand que la version française du succès d’hommes « hors système » débouche sur la percée du banquier Macron ou de Marine Le Pen...


MENACE DE KRACH FINANCIER, LA MALADIE DU CAPITALISME SÉNILE

Le 4 janvier 2016, il aura suffi d’un ralentissement de la croissance industrielle chinoise pour que les bourses d’Asie, puis d’Europe et d’Amérique reculent. Le premier symptôme de cette année 2016 d’une crise chronique de l’économie mondiale associée à la menace permanente d’un nouveau krach boursier ou financier.
Toute la vie sociale et politique de la planète est dominée par l’obsession des financiers et des États qui les servent de prévenir ou de tenter de maîtriser la purge inévitable des bulles financières qui parasitent la production. Ainsi, la banque centrale européenne (BCE) a distribué 1 400 milliards d’euros depuis avril 2015. Les banquiers centraux essaient maintenant de dégonfler la bulle en relevant les taux d’intérêt. Mais ils savent que le simple fait de réduire brutalement leur manne financière peut déclencher une panique pire que celle de 2008…

 

LA LONGUE MARCHE DU CAPITALISME CHINOIS

Faisant le bilan de l’année, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi se félicite dans le Quotidien du Peuple que la Chine a été au premier plan dans le domaine de la gouvernance mondiale dans un contexte de situation internationale chaotique… Paradoxe du tournant de la mondialisation, à l’heure où les USA se prévalent d’isolationnisme et de protectionnisme, la Chine se pose en champion de la gouvernance mondiale.
Accueillant le G20 en septembre, le président Xi Jinping prétendait en faire un mécanisme de cette dite gouvernance mondiale. En novembre, lors de la réunion des dirigeants de l’APEC à Lima, il dénonçait le protectionnisme, faisant la promotion de la zone de libre-échange en Asie-Pacifique. Et Pékin poursuit son offensive avec la mise en place, en concurrence avec la Banque mondiale, de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII).
Fort de l’exploitation féroce de millions de travailleurEs au prix d’une pollution catastrophique, le capitalisme chinois se déploie à l’échelle internationale dans la guerre commerciale qui l’oppose en premier lieu aux USA, sans dédaigner les manœuvres diplomatiques contre Taïwan ou militaires en mer de Chine...

 

FIDEL, LA FIN D’UN SYMBOLE

Le 28 novembre, Fidel Castro est mort. L’occasion pour la plupart des politiciens comme des médias de se répandre contre celui qui restait et restera le symbole d’une révolution qui a défié et défie encore la première puissance mondiale. Castro n’aurait été qu’un dictateur sanguinaire, et Cuba une prison !
Ce qui est plutôt étonnant, c’est de voir comment Cuba, ce petit pays sous-développé et dirigé jusqu’en 1959 par des gangsters, est devenu, malgré le terrible embargo que lui ont imposé et que lui imposent encore les USA, un des pays du monde qui connaît un bon système d’éducation et de santé et ignore la terrible misère, le choléra, les dévastations des ouragans par manque d’infrastructures, qui frappent les populations d’Haïti qui en est ­géographiquement proche...
C’est bien parce que le peuple cubain a su faire sa révolution qu’il a pu conquérir ces droits élémentaires, et c’est bien parce que Castro restait, malgré sa dictature, le symbole de cette révolution que les maîtres du monde le détestent.

 

LA RÉPRESSION POUR IMPOSER LES RECULS SOCIAUX

Si les reculs sociaux sont un des marqueurs du gouvernement Hollande-Valls, la généralisation de la répression en est un autre, produisant des hésitations, un certain attentisme pour des non-militantEs peu préparés aux affrontements avec les corps de répression. Et Hollande a d’ailleurs reconnu avoir instrumentalisé le contexte du terrorisme pour endiguer le mouvement social.
Toutes celles et ceux qui se battent furent frappés, depuis les Goodyear jusqu’à une inspectrice du travail en passant par les syndicalistes d’Air France et des centaines de manifestantEs. Rien que pour la mobilisation contre la loi travail, ce sont plus d’un millier de gardes à vue, 725 poursuiviEs devant les tribunaux, des licenciéEs ou sanctionnéEs pour fait de grève depuis un an. 390 audiences devant les tribunaux, conseils de discipline et autres instances disciplinaires se sont tenues ou vont se tenir. La chancellerie elle-même avait, au début de l’été, chiffré à 253 le nombre de personnes incarcérées dans le cadre du mouvement social.
L’autre volet de la répression concerne les migrantEs, les immigréEs, pour lesquelEs la lutte contre le terrorisme justifie toutes les exactions racistes, islamophobes.
Une répression sans commune mesure avec ce qui avait pu exister en Mai 1968, dans un mouvement pourtant d’une tout autre ampleur. Et il faut remonter à la grève des mineurs de 1948 ou à l’époque de la guerre d’Algérie (quand est né l’état d’urgence...), pour retrouver un tel déferlement répressif.

ARRÊTEZ L’HÉCATOMBE, OUVREZ LES FRONTIÈRES !

Àl’occasion de la journée internationale des migrants le 18 décembre dernier, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a rapporté que 7 189 migrantEs et réfugiéEs étaient jusque-là morts en 2016, soit une moyenne de 20 décès par jour, ce qui signifie 200 à 300 décès supplémentaires d’ici fin 2016. En 2014, l’OIM avait recensé 5 267 décès. En 2015, 5 740. Plus de 60 % d’entre eux frappent des migrantEs venant de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
Toujours d’après l’OIM, au 13 décembre, 354 993 migrants et réfugiés sont entrés en Europe par la mer en 2016, principalement en Grèce et en Italie.
Le nombre de demandeurs d’asile vers l’Union européenne est passé de 435 000 en 2013 à plus de 600 000 en 2014 et 1,2 million en 2015.
Un crime de masse qui n’a qu’une réponse, la liberté d’installation et de circulation !

TERRORISME ABJECT ET INSTRUMENTALISATIONS POLITICIENNES

En Allemagne, l’année 2016 avait commencé par une offensive de l’extrême droite, l’AFD et Pegida, contre les migrantEs, suite aux agressions contre des femmes lors de la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne, Hambourg et dans d’autres villes. Elle se termine par une intensification de cette offensive suite à l’attentat terroriste du 19 décembre, à l’image de ceux de Paris, de Nice ou de Bruxelles.
Ainsi, avant même que l’on sache qui était le tueur, l’extrême droite et la droite allemandes ont accusé les migrantEs. Et en France, le FN, la droite, jusqu’au député PS Malek Boutih, reprennent le même amalgame xénophobe. Une sinistre mascarade, comme si les millions de familles qui fuient les bombes, la peur, la faim, n’étaient pas les premières victimes du terrorisme de Daesh et des grandes puissances.
Les terroristes sont nos ennemis, plus encore les ennemis des populations auxquelles ils imposent leur domination en Syrie et en Irak. Mais les dirigeants occidentaux qui veulent dresser la population contre les migrantEs le sont tout autant, eux qui sont pour une large part responsables de la violence barbare qui s’exerce là-bas, comme de ses répercussions ici...


LA LOI TRAVAIL AU CŒUR DES MOBILISATIONS SOCIALES

Après le passage sans encombre de l’ANI dit de sécurisation de l’emploi, du CICE, du Pacte de responsabilité, des lois Macron et Rebsamen, il n’était pas dit que la loi travail susciterait la puissante mobilisation du printemps dernier. Certes, de nombreuses mobilisations laissaient déjà percevoir des résistances certes éclatées mais allant au-delà des seules équipes militantes. Mais il était à craindre que les attentats du 13 novembre 2015 et le climat répressif et anxiogène qui s’en était suivi ouvrent une période d’attentisme. Le déclic a lieu avec la condamnation le 12 janvier 2016 des 8 militants de Goodyear à 9 mois de prison ferme pour avoir retenu deux cadres lors de la lutte contre la fermeture de l’entreprise.
La loi El Khomri qui introduit la primauté de l’accord d’entreprise et s’attaque à la hiérarchie des normes, au milieu de bien d’autres reculs, est présentée le 17 février dernier. La pétition exigeant son retrait atteint un million de signatures dès le début mars. Les organisations de jeunesse appellent à une manifestation le 9 mars, à laquelle se rallient la CGT et de FO. À partir de cette date, 14 journées nationales appelées par les 7 organisations syndicales (CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, UNL et FIDL) s’entrecroisent avec des initiatives locales ou professionnelles.
L’absence de coordination, de centralisation par les directions nationales ne permet pas de vaincre l’attentisme, le scepticisme d’une large partie du salariat fortement conforté par l’attitude de la direction de la CFDT. Pourtant, comme le montre le congrès de la CGT, de nombreuses équipes militantes sont prêtes à en découdre. De même, le mouvement Nuit debout, avec des dizaines d’assemblées à Paris et en région, illustre le refus de la loi « et de son monde ». Et c’est à grand renfort de répression, avec trois recours au 49.3, que le gouvernement finira le 21 juillet par faire passer sa loi.

 

LA COP22, MASQUE DE L’IMPUISSANCE

La COP22, qui s’est tenue au Maroc début novembre, n’aura servi à rien. Les textes adoptés par la COP21 ont été officiellement maintenus… Les protagonistes ont débattu doctement... au moment même où le nouveau président américain est un climato-sceptique qui s’affiche comme l’ami des compagnies pétrolières.
Pendant le déroulement de la COP, l’Agence internationale de l’énergie a publié son rapport annuel. Selon elle, l’hypothèse la plus probable est un réchauffement avoisinant les quatre degrés « qui tient compte des promesses récentes faites par les pays pour limiter leurs émissions », ce qui serait catastrophique.
Il y a urgence à empêcher les multinationales de décider de l’avenir de la planète.

 

BRÉSIL, VENEZUELA… LA DÉROUTE DE LA GAUCHE

Le 31 août, le Sénat brésilien a destitué la présidente Dilma Rousseff, suspendue depuis le 12 mai dernier pour avoir maquillé le budget. Temer, membre du parti de droite PMDB, élu vice-président avec Rousseff en 2014, lui succède. Celle-ci a payé pour le discrédit de la classe politique corrompue qui impose aux classes populaires une politique au service des classes dominantes.
Au Venezuela, le bras de fer entre l’opposition de droite et le gouvernement chaviste s’est aiguisé depuis que la Cour suprême a bloqué le référendum que l’opposition voulait utiliser pour destituer Maduro. Le 14 octobre, ce dernier a validé le budget 2017 par décret, sans l’aval de l’Assemblée menacée de dissolution. Le Venezuela, dont toute l’économie repose sur la rente pétrolière, est plongé dans la récession par la dégringolade des prix du pétrole.
Au Brésil comme au Venezuela, sortir de la crise repose sur les capacités d’intervention de la population pauvre.

 

UN RACISME INSTITUTIONNALISÉ

Depuis des décennies, on entendait la (sale) petite musique : 3 millions d’immigrés = 3 millions de chômeurs. En 1989, Rocard prononçait sa célébrissime phrase « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, raison de plus pour qu’elle traite décemment la part qu’elle ne peut pas ne pas prendre »... Aujourd’hui, on a droit aux discours les plus réactionnaires et aux sous-entendus gouvernementaux : immigréEs = insécurité = terrorisme...
En 2015, selon l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), 80 000 demandes d’asile ont été enregistrées en France, avec un taux d’acceptation autour de 20 %, soit environ la moitié de la moyenne de l’Union européenne. De même pour les sans-papiers, avec moins de 30 000 régularisations, en baisse régulière. Le tout dans un pays où la proportion d’étrangerEs est parmi les plus basses d’Europe.
La question migratoire est en France assise sur la tradition coloniale et la réalité néocoloniale d’aujourd’hui. Une réalité qui prend la forme de la traque aux migrantEs, de Paris à Calais en passant par la frontière avec l’Italie. Et quand les citoyens prennent eux-mêmes l’initiative d’accueillir des migrantEs comme dans la vallée de la Roya (près de Vintimille), c’est Eric Ciotti, président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes qui les signale à la justice… Et quand le racisme est croisé avec la politique répressive, cela donne l’assassinat d’Adama Traoré par des gendarmes et la scandaleuse condamnation de ses frères pour avoir osé protester.

 

POLOGNE, ITALIE... POUR LE DROIT DES FEMMES À DISPOSER DE LEUR CORPS

Jeudi 6 octobre, après le succès de la « journée noire » de protestation des femmes polonaises contre le projet d’interdire totalement l’avortement, déjà énormément restreint par la législation actuelle, le gouvernent a été contraint de reculer, se désavouant lui-même. Pour autant, le droit à l’avortement n’est toujours pas conquis en Pologne, car la loi extrêmement restrictive de 1993 reste en place. Le droit des femmes de décider si elles veulent ou pas mettre au monde un enfant, et donc le droit de recourir à l’interruption médicale d’une grossesse non désirée, est un droit élémentaire.
En Pologne, les femmes doivent encore se battre pour le conquérir, mais en Italie aussi s’organise un fort mouvement. Partout dans le monde, face à l’offensive réactionnaire, la lutte pour l’égalité des sexes est primordiale.

 

BREXIT : LEUR EUROPE EN DÉCOMPOSITION

Le référendum du 23 juin, en Grande-Bretagne, avec 51,9 % des voix et une participation électorale record de 72,2 %, a décidé de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Une fraction importante de l’électorat populaire s’est servie du Brexit pour rejeter Cameron et sa politique antiouvrière, dans le même temps qu’il a aussi été l’occasion d’une offensive des forces réactionnaires contre les immigréEs. Et partout, l’extrême droite propose de suivre l’exemple britannique.
En Italie, le 4 décembre, la victoire du référendum contre Renzi, avec près de 70 % de participation et une franche victoire du Non qui représente 60 % des votes, marque une nouvelle étape de la crise de l’UE. Il en est de même de la montée de l’extrême droite en Autriche.
Partout en Europe, les politiques d’austérité se combinent avec une montée de l’autoritarisme, de la xénophobie et du nationalisme. L’extrême droite en est la principale bénéficiaire, et le souverainisme qu’elle prône est un piège. Les travailleurEs ne pourront trouver une protection que dans leur propre organisation et mobilisation par delà les frontières.

 

NOTRE-DAME-DES-LANDES : UN SUCCÈS À CONFIRMER

De la COP21 à la COP22, toutes les décisions censées lutter contre le réchauffement climatique sont au mieux restées mortes, au mieux détournées pour permettre le développement d’un capitalisme vert au travers duquel les capitalistes espèrent bien trouver une voie pour maintenir et développer leurs profits. Emblématique des grands projets inutiles imposés et nuisibles, le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes illustre l’absurdité capitaliste : absence d’utilité sociale, attaques à la biodiversité, bétonnage des terres, fuite en avant dans les énergies fossiles, pollutions multiples... et profits à la clé !
La lutte d’opposition à l’aéroport est elle aussi emblématique. Les initiatives diverses, massives, unies et répétées, ont réussi à empêcher le gouvernement de faire évacuer la ZAD et de commencer les travaux, comme Valls s’y était pourtant engagé. Sa démission n’explique pas le recul du gouvernement au sein duquel des dissensions ont éclaté. La résistance n’est pas seulement celle des occupantEs de la Zad, elle est aussi celle des petits agriculteurEs, des militantEs écologistes, des jeunes, des travailleurEs précarisés ou sans emploi, des syndicalistes, de toute une population, locale et bien au-delà, qui refusent la politique économique, sociale et environnementale d’un gouvernement à la solde des patrons, une politique en faveur des multinationales.
Le mouvement d’opposition a gagné une importante bataille du quinquennat Hollande... mais le projet n’est pas encore enterré, et la lutte continue.


TRUMP, POUTINE, ERDOGAN... LES VISAGES DU CAPITALISME SÉNILE

Le 8 novembre, ce que personne ne croyait possible est arrivé : la victoire de Trump. Une victoire qui résonne comme un avertissement, et qui donne la mesure de la décomposition sociale, politique, démocratique, engendrée par l’offensive des classes dominantes. Trump, xénophobe et raciste, machiste, se dit isolationniste et protectionniste. « Make America great again » : une nouvelle politique pour poursuivre la défense des intérêts des banques et des multinationales US de façon plus agressive dans le cadre de la concurrence mondialisée. Trump se déclare l’ami de Poutine auquel il accorde sa confiance pour stabiliser la Syrie en soutenant le dictateur Assad, en alliance avec le dictateur turc, Erdogan.
Soucieux de se dégager des contraintes de la défense directe de l’ordre capitaliste mondial, les USA sous-traitent aux ambitions de dictateurs d’autres puissances impérialistes. Poutine rêve de retrouver la puissance passée de la la Russie comme Erdogan celle du vieil empire ottoman. Ils soumettent leur peuple à leur dictature pour participer au sinistre pillage des richesses en échange du maintien de l’ordre libéral et impérialiste contre les travailleurs et les peuples, en particulier contre les Kurdes.

 

FÉMINISTES ET ANTI­CAPITALISTES TANT QU’IL LE FAUDRA

L’année 2016 aura été marquée par « l’affaire » Jacqueline Sauvage. Quand on compare sa condamnation (10 ans de prison pour avoir tué son mari violent) à celle de Bertrand Cantat (8 ans pour l’homicide de sa campagne), il est clair que l’on a affaire à une justice sexiste au service de l’ordre établi. La réaction des magistrats à la grâce présidentielle confirme le caractère réactionnaire de cette institution. Si la bataille pour une loi contre les violences faites aux femmes fait bien partie du combat féministe, il ne faudra compter que sur notre propre mouvement pour l’imposer et la faire respecter.
Le renforcement de l’ordre établi et la répression se sont accélérés durant cette année 2016, et l’affaire du burkini en a été un symptôme angoissant. Sexisme et racisme font bon ménage pour légitimer le contrôle du corps des femmes et stigmatiser en premier lieu les femmes supposées musulmanes.
Quand on parle contrôle du corps, les questions de sexualité et d’avortement ne sont jamais loin : sur ces terrains également, les attaques sont violentes. Nous nous sommes mobiliséEs en solidarité face aux attaques contre l’avortement en Pologne. Et alors que l’avortement est de fait remis en cause par les politiques d’austérité qui touchent la santé, les déclarations de Le Pen, Fillon ou Trump ont de quoi nous inquiéter. Cela d’autant plus que les réacs de tout poil, agrégés dans la Manif pour tous, ont repris du service en octobre, encouragés par les déclarations du Pape contre la « théorie du genre ».
C’est la banalisation des idées LGBTIphobes (LGBTI : lesbiennes, gays, bi-sexuelEs, trans et intersexes) qui rendent les pires violences possibles : insultes quotidiennes, agressions, y compris par des policiers, jusqu’à l’assassinat de 49 personnes dans une boîte LGBTI à Orlando en Floride. Le mouvement de colère et de solidarité qui a suivi a été l’occasion de rappeler nos revendications qui ne s’arrêtent pas au mariage pour tous : PMA pour toutes, changement d’état civil pour les personnes trans...

 

TRAGÉDIE D’ALEP : LA COMPLICITÉ DES GRANDES PUISSANCES À L’ŒUVRE

Alep est à nouveau occupée par les sbires du dictateur sanglant, Assad. Depuis plusieurs mois, les habitantEs de cette ville sont pilonnés par l’armée syrienne soutenue par la Russie. En cinq ans, la guerre en Syrie aurait fait 400 000 mortEs, 12 millions de réfugiéEs, dont 4 millions sont partis à l’étranger.
C’est bien la révolution commencée lors des printemps arabes en 2011, que le régime d’Assad, soutenu par la Russie et l’Iran avec la complicité des grandes puissances dont les USA et la France, ont voulu écraser. Ces dernières craignent trop la révolution et ont composé avec le dictateur sans l’admettre ouvertement, en laissant Poutine faire le sale boulot.
Hollande et Obama se justifient au nom de la « lutte contre le terrorisme ». En réalité, leur politique guerrière ne cesse de l’alimenter. Les attentats en France ou en Europe sont l’inévitable contrecoup de la guerre au Moyen-Orient.
Malgré leur crime à Alep, les grandes puissances et leurs alliés locaux n’ont pu éliminer le processus révolutionnaire qui vit au cœur des peuples, de leurs luttes et de leurs aspirations. En 2016, la réaction avait l’initiative. Souhaitons que 2017 inverse le cours de choses…