Polar : Le souffle court, Massimo Carlotto

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Culture
idées

Métailié. 2014, 17,50 euros
L’histoire se déroule essentiellement à Marseille, mais ce n’est pas un « roman marseillais » comme ceux d’Izzo ou de Del Pappas. Ça pourrait aussi bien se passer à Gênes ou à Rotterdam et on n’est pas certain que Massimo Carlotto s’est vraiment documenté sur la cité phocéenne.

Quatre amis d’enfance, issus de pays éloignés – Russie, Inde, Italie, Suisse – tous nés dans de riches familles, ont décidé de devenir encore plus riches par tous les moyens. Du trafic d’organes à celui de stocks de bois issus des forêts irradiées de Tchernobyl, pas l’ombre d’un scrupule ne les arrête. À l’autre extrémité de la hiérarchie sociale du crime organisé, de misérables dealers de diverses origines eux aussi se battent pour conquérir et garder leur territoire. Le destin va conduire gangsters en col blanc et voyous de quartier à se croiser et à se faire manipuler par une fliquesse aussi cruelle que le dernier des tortionnaires des dictatures latino-américaines, des agents du FSB et un parrain corse à l’ancienne.

Le rythme est enlevé et le style agréable, mais on chercherait vainement un personnage un peu moins antipathique que les autres. Une vision très noire de l’humanité, peut-être engendrée par les désillusions de l’auteur, lui-même ancien militant de Lotta Continua, lourdement condamné, évadé puis gracié. Dans certains de ses romans précédents, tel Arrivederci amore, adapté au cinéma par Michele Soavi, Carlotto a d’ailleurs mis en scène un repenti désabusé. Il s’agit paraît-il du premier volet d’une trilogie consacré à la mondialisation du crime.


Gérard Delteil