Parti socialiste : situation critique

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

La crise du PS ne cesse de s’approfondir. Du côté des « frondeurs » de l’Assemblée nationale, des (récents) ex-ministres ou encore de l’ancienne patronne du PS, les langues se délient. Mais c’est aussi le cas pour l’actuel Premier ministre qui envisage plus clairement encore l’adieu au socialisme...

 

La Valls des « frondeurs »

Depuis des mois, la majorité parlementaire a du plomb dans l’aile, et le vote du budget 2015 l’a amplifié. Traditionnellement, ce vote est l’occasion de faire apparaître à l’Assemblée nationale la solidité d’une majorité. Cela a été l’inverse. « Parce qu’elle réduit les capacités d’intervention de la puissance publique », la politique du gouvernement telle que dessinée par le budget 2015 « menace la République » a ainsi martelé Benoît Hamon pour justifier son abstention. Cette menace, c’est l’extrême droite... retournant ainsi l’argumentation-chantage du gouvernement et de la direction du PS : si ce n’est pas nous, ce sera l’extrême droite... Il y a donc urgence à réorienter la politique, en particulier économique, du gouvernement. Et c’est sur ce terrain que s’est aussi positionnée Martine Aubry, qui s’impose comme la figure de la contestation interne à la ligne Hollande-Valls.

Mais si elles peuvent être virulentes sur la forme, ces critiques restent bien timorées dans leur contenu. Benoît Hamon ne propose, au final, pas grand-chose de concret, et Martine Aubry reste dans le cadre du Pacte de responsabilité. Ainsi, en guise de lutte contre le chômage, elle propose de « créer davantage d’emplois aidés, comme les emplois d’avenir, pour les jeunes et les chômeurs de longue durée »... oubliant que cette vieille recette miracle n’a jamais rien produit. Martine Aubry, Benoît Hamon et leurs amis « frondeurs » ne rompent pas avec la logique mise en œuvre par les socialistes depuis plus de trente ans : le souci maladif de la « compétitivité », de la « baisse du coût du travail » et de la « réduction des déficits » reste le pivot de leur projet. De plus, ils ne s’inscrivent en aucune façon en opposition à ce gouvernement, souhaitant même sa réussite.

 

En finir avec la « gauche passéiste »...

Mais le gouvernement reste sourd aux critiques et garde le cap coûte que coûte. Et Valls d’aller encore et toujours plus loin, remettant à l’ordre du jour l’une de ses vieilles rengaines, l’abandon de la référence socialiste. Il veut donc « en finir avec la gauche passéiste » et propose de « bâtir une maison commune » de « toutes les forces progressistes ». Il définit d’ailleurs sa gauche comme « pragmatique, réformiste et républicaine », et regrette même de ne pas avoir « tendu la main » à François Bayrou en 2012 lorsque celui-ci avait appelé à voter Hollande. Sur le fond, il propose d’« agir » sur les « inégalités importantes » entre les salariés « très protégés » en CDI et ceux qui sont précaires, en CDD ou en intérim. Il mériterait le prix Nobel d’économie...

Tout cela n’est pas nouveau chez lui. Il a épousé les thèses de « Terra Nova », organisme d’études et de recherches lié au PS, qui propose depuis des années aux socialistes de « changer de base sociale », de substituer aux classes populaires « les classes moyennes et moyennes supérieures ». Bref, d’en finir avec la social-démocratie française et d’ouvrir la voie à un Parti démocrate à l’américaine. Pour Valls, le PS reste donc encore trop à gauche. A cette étape, qu’importe les conséquences de l’ouverture de cette boite de Pandore sur fond de crise gouvernementale, la prise du parti devient l’enjeu majeur en vue de son prochain congrès. 

 

Regagner la rue

Une telle crise provoque des tensions, des questionnements, des possibilités, qu’il faut suivre. Face à la crise politique, qui désoriente et démobilise le peuple de gauche, il faut débattre de quelles alternatives, quelles mesures de rupture pour répondre aux besoins sociaux, et surtout il faut l’action commune contre toutes les politiques d’austérité. Mais certainement pas pour se mettre à la remorque de vieux ou de plus récents ex-ministres à la mémoire courte...

Pour nous, comme pour toutes celles et ceux qui veulent réellement s’opposer à ce gouvernement, l’urgence, c’est donc qu’il ne réussisse pas ! Qu’il ne réussisse pas à faire fondre nos acquis et droits sociaux pour le seul intérêt du Medef et de la finance. C’est pour cela que nous devons regagner la rue, à commencer par le samedi 15 novembre, y être le plus nombreux possible et dans l’unité la plus large. Montrer qu’il existe une véritable opposition dans ce pays, loin des salons et du parlement, dans la rue.

Sandra Demarcq

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