Ne pas oublier la question européenne quand on parle de stratégie

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

La construction européenne conçue notamment pour devenir une entité capitaliste face à l'URSS et aux USA, a échoué à constituer un capitalisme européen industriel capable de prendre une part significative dans le marché mondial. Parce que les différentes bourgeoisies nationales ont continué chacune à défendre leurs entreprises nationales. Parce qu'aussi d'autres pays, dotés de pouvoirs politiques plus centralisés, ont pris une place importante dans l'économie mondiale capitaliste, la Chine par exemple. Si la construction bureaucratique, antidémocratique, la création de l'euro, n'ont pas permis l'émergence d'un capital industriel significatif en Europe, à l'ère du capitalisme financier, cette construction joue un rôle réel. Notamment dans la lutte menée contre notre classe, ce qui doit faire de l'Europe une de nos préoccupations en terme de stratégie. Dans ce texte, je ne survole que quelques aspects : la démocratie, la dette la casse de nos biens communs... il aurait fallu aborder aussi les politiques migratoires, l'agriculture et l'environnement.

 

Sur la démocratie.

La création européenne a largement contribué à éloigner les peuples de la démocratie. D'abord parce que la seule fois où ils peuvent donner leur avis c'est lors des élections européennes qui envoient des députés dans un Parlement qui n'a que très peu de pouvoir sur les questions majeures de l'Europe. Cela donne le sentiment qu'on ne peut peser vraiment sur les décisions, qu'on n'y comprend rien et que de toutes façons notre avis n'y change rien. Et sur le fond la question politique sort du débat public. La conception de l'UE en fait une entité dont le poids politique est inversement proportionnel à sa légitimité démocratique. Les « il n'y a pas d'autres choix possibles » assénés par tous les ténors européens, permet de tenir les peuples éloignés de ce qui les concerne pourtant vraiment et supprime petit à petit et concrètement toute idée d'une autre démocratie.

Les décisions électorales des peuples ne sont pas dans le logiciel européen, la souveraineté populaire ne pourrait remettre en cause les traités. Le mot référendum hante les chefs de l'UE. Et c'est aussi pour cela que nous devons soutenir ceux qui réussissent aujourd’hui à ébranler le système. Cela développe la confiance en soi de ceux d'en bas, et rend urgente la solidarité internationale. Notre perspective, notre socialisme c'est la démocratie jusqu'au bout avec les droits de décider ensemble pour notre classe, pour l’intérêt du plus grand nombre. Mais notre responsabilité aujourd'hui c'est de défendre franchement contre l'UE ceux qui se sont avancés sur ce chemin.

 

La dette ou l'esclavage économique à perpétuité.

Parmi les systèmes qui rapportent un maximum d'argent mécaniquement au capitalisme financier le paiement de la dette est bon premier. Les dirigeants de UE ont montré leurs capacités, à l'aide à la fois des traités et de la BCE qui s'intègrent parfaitement bien aux politiques du FMI. L'UE tient là un rôle important pour permettre et l'accumulation financière et l'écrasement des peuples jusqu'à une défaite majeure ? Il n'y a pas de négociations possibles sur ce sujet, pas de demi mesure, l'audit pour la vérité sur la dette grecque a démontré que celle ci était illégale et illégitime, insoutenable aussi. Et que les banquiers se sont enrichis sur le dos du peuple grec. C'est une forme d'esclavage moderne : il n'y a pas de fin au paiement de la dette, pas de droit opposable, pas de tribunal pour juger les catastrophes qu'elle produit. Nous voulons nous occuper nous mêmes de nos finances, s'organiser pour choisir ce que nous voulons financer pour répondre aux besoins sociaux, décider où nous voulons investir et ce que nous voulons produire. Cela passe entre autre par une banque européenne sous notre contrôle et une fiscalité juste et progressive. Mais le premier pas est de dire non à l'austérité et à la dette avec tous ceux et celles qui le souhaitent.

 

La casse des services publics.

C'est sans doute sur ce sujet que les méfaits de l'UE sont les plus visibles à une échelle de masse. Il y a eu deux grandes vagues de libéralisations de l'ensemble des services : télécoms, poste, rail, aéroports, ports et énergie ainsi que l'ouverture des marchés pour la santé et l'éducation, ... Qui se sont toutes traduites par des privatisations au niveau des États et qui ont donné lieu à des luttes au niveau national et à plusieurs euro grèves et manifestations. Cette question est doublement essentielle : d'abord parce que la casse et la non extension de ces services publics détruisent notre bien commun, notre seul patrimoine, et aussi parce qu'elle a permis une expérience de lutte et des forums sociaux européens dans lesquels à juste titre nous avons pris toute notre place. Il me semble que nous sommes là en plein dans nos questions de stratégie : à la fois nous savons ce que nous voulons : l'extension et la gratuité pour nos biens communs et à la fois nous savons que cela passera par des luttes victorieuse et une multitude de débats qui vont nous permettre d'imaginer notre futur.

Roseline

 

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