La troisième équipe. Souvenirs de l’affaire Greenpeace

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

De Edwy Plenel, Éditions Don Quichotte, 2015, 14 euros.

Le dernier livre d’Edwy Plenel revient sur l’affaire qui avait rendu célèbre ce jeune journaliste du Monde, tout droit venu de Rouge... Le crime d’État du 10 juillet 85 dans le port d’Auckland en Nouvelle-Zélande : le sabotage à l’aide d’explosifs du « Rainbow Warrior », le bateau de Greenpeace, par les services secrets français, sabotage qui avait fait un mort.

Ce livre se déguste rapidement. Il est bourré de mécanismes et de subtilités, à la fois de l’auteur, qui ne lésine pas sur les références, mais aussi sur celles, crapuleuses, de l’État profond, des services secrets, des chefs des armées... et de l’État médiatique, Mitterrand et son ministre de la Défense, Charles Hernu...

L’actuel président de Mediapart convoque alors Péguy pour nous faire part de son état d’esprit. Ce qu’il veut nous dire, c’est que rien ne peut arrêter la vérité, même pas « la raison d’État ». Comme Péguy, Plenel ne veut pas rendre les innocents coupables. En son temps, Dreyfus fut victime d’une République qu’il ne fallait pas affaiblir devant le mensonge, alors qu’elle ser(t)vait de maquillage au pouvoir bourgeois, à ses affaires menant aux pires crimes.

Si la République sociale peut encore être un idéal, le départ pour l’An I, alors ses meilleurs défenseurs seront les subversifs, celles et ceux qui pensent, comme Lénine, que « seule la vérité est révolutionnaire ».

La raison d’État...

Comment ce livre peut-il être utile de nos jours ? D’abord, sur l’inféodation totale du PS au présidentialisme, aux pires travers de ce système « démocratique » malade, vestige mort-vivant de la monarchie, et de la mutation quasi-complète du PS au capitalisme. L’exercice de l’État n’y est sans doute pas pour rien. C’est ce que Plenel dit d’ailleurs, en comparant le crime de 85 à l’assassinat de Rémi Fraisse, tué à Sivens par les forces de l’ordre.

C’est le second point passionnant du bouquin, qui montre la paralysie de l’esprit des socialistes au pouvoir face à des jeunes qui luttent, parce qu’ils sont peu écologiste, mais aussi parce que la raison d’État passe avant tout. Or, sous un système capitaliste, la raison d’État, ce sont les intérêts capitalistes. Les opposants aux injustices de l’État sont alors contre l’intérêt général... Plenel a été qualifié de « trotskard » et « d’espion du KGB » puis de « la CIA »... Les zadistes aujourd’hui sont des « djihadistes verts » et les militants qui soutiennent les sans-papiers sont « des manipulateurs d’extrême gauche »...

Ce livre est utile pour lutter contre le rouleau compresseur médiatique qui avance au nom de la République, mais qui, officieusement, sert les intérêts capitalistes, avec l’aide de l’État, ce mensonge institutionnalisé et armé...

Alexandre Raguet

 

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