La lutte contre l’austérité à la lumière de l’expérience grecque

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Introduction à l'université d'été par Galia Trépère. La victoire de Syriza le 25 janvier avait suscité beaucoup d’espoir. Elle était ressentie comme une victoire de ceux qui refusaient l’austérité. Dans nos milieux de travail, beaucoup ont pensé, espéré, dit qu’elle ouvrait une possibilité qu’il y ait une autre politique en Europe que celle menée par tous les gouvernements.

Aujourd’hui alors que Tsipras et la majorité de son gouvernement se sont pliés aux diktats de la troïka et lui font allégeance, nous avons une responsabilité pour que la désillusion ne débouche pas sur la démoralisation mais au contraire sur une lucidité plus grande, une conscience plus claire de comment mener la lutte contre l’austérité. Comment il est impossible de mener cette lutte sans rompre avec le capitalisme, les institutions, sans la perspective, donc, et pour aller vite, d’un pouvoir des travailleurs.

C’est dans cet état d’esprit que nous avons mené le combat de solidarité avec le peuple grec au cours de la séquence qui vient de trouver une conclusion provisoire. Dans le mouvement de solidarité avec la Grèce, le Front de gauche, des responsables syndicaux, ont utilisé l’exemple de Syriza pour promouvoir la perspective d’un « bon gouvernement de gauche », d’un gouvernement anti-austérité  qui serait en capacité, dans le cadre des institutions, sans qu’il y ait besoin de luttes d’ampleur ou de bouleversement révolutionnaire, sinon de satisfaire les besoins des classes populaires, du moins d’adoucir les politiques d’austérité menées.

Nous, nous avons défendu l’ide que la solidarité avec le peuple grec, c’était d’abord et avant tout le combat contre les responsables de l’austérité, en France, comme dans toute l’Europe, contre le patronat et les banques françaises, contre le gouvernement Hollande,  qui étranglent le peuple grec.  Un combat pour l’annulation de la dette et l’expropriation du secteur bancaire et financier afin de satisfaire les besoins des travailleurs, de la jeunesse.

Aujourd’hui, alors que la spéculation financière qui s’est nourrie des profits tirés de l’exploitation des travailleurs chinois se retourne et menace l’économie mondiale d’un nouvel épisode aigu de la crise, les leçons de l’expérience grecque sont d’autant plus importantes. Oui, comme en Grèce, il peut y avoir dans les pays « riches » de l’Union européenne, une offensive capitaliste aussi brutale  qui aggrave de façon aussi catastrophique les conditions de vie des classes populaires, un effondrement des partis traditionnels de gouvernement, qui peut sans doute se faire au profit du Front national, « ceux qu’on n’a jamais essayés », mais aussi au profit de la gauche radicale, de l’extrême gauche. Une crise politique dont les développements, l’enjeu seront cruciaux.

L’épisode grec tranche un de nos débats de congrès, celui des gouvernements anti-austérité. Il montre de façon flagrante qu’il ne peut pas y avoir de lutte contre l’austérité dans le cadre des institutions et du système. Syriza a exprimé le rejet de l’austérité, a constitué d’une certaine manière ce que certains appellent un débouché politique, électoral pour les luttes. Elle s’est renforcée des mobilisations populaires, des luttes que les travailleurs grecs ont menées contre les deux premiers plans d’austérité des institutions financières. Mais l’épisode, à ce stade et sans discuter encore de la suite et des possibilités nouvelles ouvertes par l’existence d’un mouvement d’opposition au gouvernement Tsipras, a une conclusion tragique, une nouvelle défaite pour les travailleurs et la population grecs qui pourrait aboutir à un renforcement de  l’extrême droite, d’Aube dorée.

Et cette capitulation de Tsipras était inscrite dans ses choix politiques, ceux aussi de Syriza qui n’ont jamais prétendu être autre chose qu’un mouvement réformiste, qui n’a jamais appelé les travailleurs à s’organiser, se mobiliser avec l’objectif de prendre le contrôle de l’économie, n’a jamais non plus fait appel aux travailleurs des autres pays d’Europe.

Cela nous indique la voie à suivre, la construction d’une perspective anticapitaliste et révolutionnaire, d’œuvrer à la construction d’un mouvement d’ensemble du monde du travail et de la jeunesse qui se donne un programme pour ses luttes, un programme d’urgence sociale et démocratique, la satisfaction des besoins fondamentaux de la population, pas de salaire inférieur à ce qui est nécessaire pour vivre décemment, un travail et un salaire pour toutes et tous, des services publics qui assurent les droits à la santé, à l’éducation, à la culture…

Un programme en somme qui mette fin à l’austérité pour la très grande masse de la population, ce qui veut dire s’attaquer au pouvoir de l’oligarchie financière, annuler la dette de l’Etat qui non seulement est le produit des cadeaux des gouvernements –des centaines de milliards d’euros au patronat- mais est une rente sans limite pour les banques et les sociétés financières ; exproprier le secteur bancaire et financier, créer un monopole public bancaire, mais c’est les mêmes besoins, en ce qui concerne la santé avec les grands groupes pharmaceutiques et de cliniques privées, l’énergie, les transports…

La question du pouvoir ne peut pas ne pas se poser dans cette lutte. Un pouvoir qui prenne la forme d’un gouvernement des travailleurs, qui soit l’émanation des travailleurs en lutte et de leur auto-organisation –et pas qui « s’appuie seulement sur leurs mobilisations ».

Cette lutte ne peut pas non plus se concevoir dans une arène qui serait seulement nationale, cette arène est d’emblée européenne avant d’ailleurs d’être plus large et mondiale. Une arène européenne non pas au sens où tous les peuples d’Europe se soulèveraient ensemble, spontanément, mais au sens où il nous faut envisager une politique qui s’adresse aux travailleurs, aux populations des autres pays d’Europe, qui mette en avant la perspective de renverser les institutions actuelles de l’Union européenne qui sont un instrument au service de la rapacité des bourgeoisies européennes et tout en défendant l’idée d’une assemblée constituante des peuples européens pour déterminer sous quelle forme ils veulent coopérer, nous nous prononcerions pour la forme d’Etats-Unis socialistes d’Europe, une fédération de république socialistes d’Europe.

Chose à défendre dans l’épisode qui s’ouvre, en Grèce, dans le mouvement contre l’austérité et d’opposition au gouvernement Tsipras, une perspective anticapitaliste et révolutionnaire, une politique pour armer la classe ouvrière. Soit dit en passant, l’unité populaire qui a le même programme que Syriza avant son arrivée au pouvoir, défend l’idée que « l’erreur » de Tsipras serait qu’il n’est pas sorti de l’euro et de l’UE. Que la sortie de l’euro soit une conséquence d’une politique qui rompe avec les institutions et sa propre bourgeoisie et qu’à ce titre nous soyons prêts à l’assumer, c’est une chose, mais nous devons inscrire notre combat pour une Europe anticapitaliste, une Europe des travailleurs et des peuples.

Perspective qui paraît difficile à défendre ici parce que les travailleurs ne sont même pas en mesure, aujourd’hui, de défendre leurs intérêts les plus immédiats. Oui, malheureusement, à cette étape, nous n’avons pas, et loin de là, réussi le pari, le défi que nous avions relevé en créant le NPA, résoudre la crise du mouvement ouvrier en regroupant sur la base d’un programme anticapitaliste et de transformation révolutionnaire de la société les militants et les travailleurs qui avaient rompu avec le parti socialiste et le parti communiste. Mais c’est la tâche aujourd’hui, dans une situation où il faut intégrer les données nouvelles qu’ont été et sont l’émergence de nouveaux réformismes, comme le Front de gauche, Syriza, Podemos, qui expriment  un rejet des partis de gouvernement traditionnels, une volonté de lutte et d’autres rapports sociaux, mais qui affirment très clairement que leur combat se mène dans le cadre des institutions, sinon européennes du moins nationales, sans rupture avec leur propre bourgeoisie.

La tâche aujourd’hui, construire ce regroupement ce parti, qui ne peut être que celui des anticapitalistes et des révolutionnaires, ayant une politique indépendante de tous les réformismes.

Et c’est peut-être aussi la discussion, construire ce parti cela veut dire bien sûr tout en participant quotidiennement à la lutte pour les droits sociaux et démocratiques, regrouper sur ces bases programmatiques.

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