Terrorisme au Sri Lanka : dernier avertissement (en date)

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Les attentats de Pâques qui ont ensanglanté le Sri Lanka confirment à quel point l’extension du terrorisme est devenue un trait majeur de la situation internationale et exige l’affirmation d’une solidarité active envers toutes les communautés qui en sont victimes.

Des kamikazes se sont fait exploser, le dimanche 21 avril au matin, dans trois hôtels de luxe de Colombo, la capitale, et trois églises chrétiennes où était célébrée la messe de Pâques. Selon le dernier décompte, 253 personnes ont trouvé la mort, dont de nombreux enfants et une quarantaine d’étrangers. Des familles entières ont été décimées. Le nombre de blesséEs serait d’environ 500.

L’empreinte de Daech

Les attentats ont visé l’économie de l’île (via l’industrie de tourisme), mais ils étaient avant tout anti-chrétiens. Ils ont été commis par une organisation islamiste locale qui s’est récemment renforcée et « radicalisée », le National Tawheed Jamaath (NTJ). Ce dernier a reçu un entraînement et une aide logistique internationale, vraisemblablement fournis par Daech, qui revendique l’opération. De l’Afghanistan à Mindanao (Philippines), l’Asie est en effet devenue la principale région d’expansion de l’État islamique.

La radicalisation du NTJ se nourrit de la crise économique qui frappe l’île, mais aussi d’un sentiment de marginalisation de la population musulmane, victime collatérale de la guerre qui a opposé le pouvoir à l’organisation armée des Tigres tamouls (LTT) qui revendiquait la création d’un État dans le nord et l’est du pays – et qui s’est attaquée aux musulmanEs habitant l’est. Le gouvernement a brisé la capacité de combat des LTT en 2009, au prix d’un terrible massacre de civils. Après les Tamoules, c’est la minorité musulmane qui est devenue la cible du chauvinisme cingalais et subit des harcèlements quotidiens.

Irresponsabilité criminelle

Le régime a favorisé le développement d’organisations bouddhistes fondamentalistes d’extrême droite qui portent une grande responsabilité dans la spirale des violences. Il s’est désintéressé du sort des minorités musulmanes ou chrétiennes et ne les a pas protégées. Du coup, la transformation du NTJ est passée inaperçue. De même, tout occupé par la guerre des chefs qui oppose le Premier ministre et le Président, il n’a même pas su prendre en compte des informations fournies par les services secrets indiens qui annonçaient des attaques imminentes contre des églises. Une irresponsabilité criminelle.

Du Moyen-Orient à l’Asie, les communautés chrétiennes sont régulièrement la cible d’attaques meurtrières, voire forcées à l’exil, éradiquées. Sur le plan international, les victimes du terrorisme restent certes en majorité musulmanes ; mais elles tombent le plus souvent sous les coups aveugles d’organisations fondamentalistes islamistes, avec en toile de fond le conflit Iran-Arabie saoudite. La responsabilité de Ryad dans les attentats au Sri Lanka, comme en bien d’autres lieux, est engagée car, les pétrodollars aidant, elle impose à l’encontre des traditions de l’islam local l’obscurantisme wahhabite. Ce qui n’empêche pas Paris ou Washington de faire de l’Arabie saoudite un allié stratégique.

Des attentats qui doivent nous interpeller

Ce n’est pas d’aujourd’hui que des chrétienEs sont ciblés, nous avons écrit à ce sujet, mais nous n’avons développé aucune tradition de solidarité à leur égard, contrairement à d’autres (musulmans, juifs…). Coupable myopie. Le mot « anti-chrétien » (ou tout autre équivalent) n’est pas entré dans le lexique de gauche – ce qui laisse la droite faire librement l’inverse, elle qui priorise souvent sa solidarité envers les communautés chrétiennes d’ailleurs, affirmant qu’elles seraient « des nôtres », au risque mortel de les présenter comme des étrangerEs dans leur propre pays.

Les fondamentalismes religieux ou (ethno-)nationalistes constituent de redoutables armes de destruction des cohésions sociales et des solidarités populaires. Au Sri Lanka, le risque est maintenant de voir la communauté musulmane toute entière tenue pour collectivement responsable des crimes des djihadistes – tel est d’ailleurs précisément l’un des objectifs poursuivis par ces derniers. Après le dimanche sanglant de Pâques, la police a protégé des églises et des mosquées, mais le régime est (très) autoritaire, l’État sécuritaire, le théofascisme bouddhiste et le chauvinisme cingalais agressifs. MusulmanEs et chrétienEs doivent être conjointement défendus.

Beaucoup de manifestations de solidarité interconfessionnelle ont lieu au Sri Lanka même, un antidote à la haine. Le minimum que nous puissions faire, c’est de leur manifester la nôtre. Collectivement. Il y a des partis (comme le NPA) et des associations (comme le FUIQP) qui ont à cœur de dénoncer également tous les racismes. Trop souvent cependant, ce qui paraît lointain est ignoré et ce qui paraît proche devient l’enjeu de querelles boutiquières. Les victimes des terrorismes méritent mieux.

Pierre Rousset  

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