Quelques éléments sur la situation politique au Maroc

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

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La dépendance du pays s’accentue au niveau énergétique, commercial, technologique, financier et alimentaire. La pression de l’Union européenne, des Etats unis et des institutions financières et commerciales internationales augmente dans le contexte de crise du capitalisme international. Le Maroc est contraint d'accélérer la restructuration de son économie et d'harmoniser ses lois et procédures avec les normes internationales.

La monarchie est un acteur clé dans cette transformation et essaye d’en profiter au maximum par sa mainmise sur tous les secteurs rentables. Les affaires du roi s’entrelacent avec celles des multinationales et les puissances occidentales médiatisent la stabilité du régime comme exception dans la région arabe pour graisser la machine du business.

Sur le plan international, la monarchie continue dans son rôle d’allié politique de l’impérialisme, offre ses services à l’OTAN et aux USA dans la « la lutte contre le terrorisme » et collabore avec les Etats du Golfe pour étouffer les aspirations des peuples de la région à la liberté, la dignité et la justice sociale.

Au niveau régional, La question du Sahara joue est un élément essentiel dans la politique étrangère du pays. La monarchie mène une offensive diplomatique intense qui va de pair avec les efforts de consolidation de sa position économique et politique au niveau de l’Afrique. Ce qui accentue l’impasse de la direction du Polisario, affaiblie aussi par la crise du régime algérien.

Au niveau interne, après le passage de la tempête du M20F initiée par le processus révolutionnaire dans la région qui a commencé en Tunisie en 2010, la monarchie a repris l’initiative et se trouve consolidée par un nouveau consensus des partis de gauche libéraux et des directions syndicales. Elle utilise un gouvernement islamiste de façade qui assume les politiques bourgeoises. Elle essaye de contenir les luttes qui montent par des pseudo concessions mais aussi et surtout par la répression.

Sur le plan social, la monarchie poursuit ses attaques contre les acquis : démantèlement de la caisse de compensation, des systèmes de retraite et du droit de la grève ; généralisation du contrat à durée déterminée dans la fonction publique, privatisation de l’enseignement, de la santé publique et des autres services publiques (distribution de l’électricité et de l’eau potable, transport urbain, etc.). Ces offensives débouchent sur une augmentation de la pauvreté, du chômage et de la précarisation des conditions de travail.

Sur le plan politique, la mort de Hassan II a permis d'insuffler à la monarchie un nouveau souffle, en rejetant sur sa personne la responsabilité de la répression noire et en cédant intelligemment sur un certain nombre de problématiques importantes – le code de la famille, le passé de la répression et la question amazighe –, ce qui lui a permis de coopter l’essentiel des directions des organisations de ces secteurs. Les élections législatives servent à renouveler un parlement qui légitime les politiques libérales alors que le roi concentre le pouvoir réel consacré par une constitution qui bafoue toute volonté populaire. Elles reflètent en fait un jeu démocratique qui sert à camoufler le caractère despotique du régime. L’abstention élevée manque d’une expression politique concrète.

Les directions bureaucratiques syndicales sont complètement en phase avec les offensives des patrons et de l’Etat. Les luttes ouvrières se centrent sur des revendications élémentaires, souffrent de l’absence de solidarité élargie et de dynamique unitaire. Le mouvement des diplômés-chômeurs s’est éclaté en plusieurs coordinations qui luttent séparément sur des revendications spécifiques. La crise du mouvement étudiant, qui dure depuis trois décennies malgré quelques exceptions dans certaines universités, est une crise principalement subjective.

La radicalisation de la jeunesse et des couches populaires larges s’oriente principalement vers les mouvements islamistes intégristes, surtout le groupe Justice et Bienfaisance. Celui-ci possède une grande force organisationnelle et les conditions objectives lui permettent d'élargir sa base sociale, qui a une position radicale envers la monarchie. Ces éléments lui donnent un rôle important à jouer dans une future explosion sociale, mais il reste hypothéqué par son attentisme politique.

Les opportunités de reconstruction d’un mouvement de masse sont réelles. Les facteurs essentiels qui étaient à l'origine du processus révolutionnaire dans la région persistent. La soumission et l'acceptation du statut quo n'est plus la règle, plusieurs mobilisations populaires se dressent contre les différentes offensives : les étudiants-médecins, les professeurs stagiaires, les habitants de Tanger contre la hausse des prix, les lauréats du programme gouvernemental de formation dans l’enseignement, différents groupes du mouvement des chômeurs ainsi que des formes très variés de luttes ouvrières et populaires contre les attaques sur certains droits et acquis sociaux, etc..

Mais les difficultés résident dans l’état de faiblesse de la gauche radicale, non pas seulement en nombre mais aussi et plus particulièrement au niveau de l’implantation dans les mobilisations de la classe ouvrière et des couches populaires, le travail dans les syndicats et les alliances (non seulement avec les composantes de la gauche en général, mais aussi avec les islamistes intégristes de Justice et Bienfaisance).

Les composantes de la gauche radicale sont très faibles pour initier des dynamiques unitaires et peser dans les organisations syndicales et de lutte afin de développer des courants démocratiques et combatifs.

Nous faisons partie de cette faiblesse de la gauche radicale. Malgré les difficultés, nous poursuivons nos efforts de coordination et de combats communs. Nous luttons pour convaincre les avant-gardes des luttes sociales d'un projet de construction du parti ouvrier socialiste révolutionnaire de masse. Cela nécessite une intervention conséquente dans les luttes ouvrières quotidiennes et un renforcement des organisations syndicales par la défense en leur sein d’une ligne lutte de classe, mais aussi en initiant des formes d’organisation de jeunes, ainsi que par la reconstruction du mouvement féministe sur des bases anti-patriarcales et anticapitalistes.

La question écologique est au cœur de notre programme et de nos préoccupations. Nous contribuons à populariser les analyses théoriques (traduction des textes programmatiques), à soutenir les différentes actions et activités pour une justice climatique, et à rendre visibles les expériences de résistances contre l’injustice environnementale.

Nour Samad (courant Almounadil-a)