Pékin postule à la succession

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Donald Trump signifie encore plus de chaos, ce qui va poser problème à chaque pays, y compris à la Chine dont les exportations aux États-Unis pourraient se voir opposer de fortes taxes douanières...

Les cadres de concertation interétatiques ou de réglementations collectives entre bourgeoisies sont menacés de paralysie, voire de disparition. Pour dire les choses sans nuances, l’ordre néolibéral agonise. Quant à la garantie de protection apportée à ses alliés par les États-Unis, elle avait déjà perdu beaucoup de sa crédibilité, en Asie tout particulièrement. L’unilatéralisme et la vision pour le moins étriquée du monde affichée par le nouveau président ne font rien pour rassurer !

Un Chinois à Davos...

Pékin n’a pas tardé à réagir dès la réunion du Forum économique mondial de Davos qui s’est achevée le 20 janvier dernier. Le président chinois Xi Jinping a spectaculairement défendu les bienfaits de la mondialisation capitaliste, histoire de dire : puisque Washington s’efface, nous prenons le relais. La façon dont Trump a traité le président mexicain ne passe pas inaperçu, pas plus que l’attitude conquérante de l’ambassadrice Nikki Haley à l’ONU promettant que son pays allait « montrer sa force » et, avant son premier entretien avec le nouveau secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, affirmant devant les journalistes accrédités auprès de l’institution – « Pour ceux qui ne nous soutiennent pas : nous notons vos noms » et « nous répondrons en fonction ». La représentation chinoise peut espérer tirer profit de l’exaspération que provoquent ces comportements méprisants.

Le leadership chinois n’est pas qu’une affaire de posture. Il est déjà une réalité en Asie-Pacifique. On peut maintenant dire que l’affaire est pliée en mer de Chine du Sud où la « poldérisation » et la militarisation de l’espace maritime par Pékin ont gagné un caractère irréversible (sauf à envisager un conflit d’ampleur), ce qui représente une victoire majeure sur le triple plan diplomatique (la politique du fait accompli fait ses preuves), géostratégique (l’accès à l’océan) et économique (le contrôle des ressources de pêche, plus encore que du pétrole). Sans presque tirer un coup de feu si ce n’est de semonce, ce succès géopolitique est au moins aussi important que celui de la Russie en Syrie, même s’il est plus discret.

Trump s’interroge

Donald Trump veut faire plier la Chine... Mais comment ? Des droits de douane aux frontières US n’auront aucun effet sur l’emprise chinoise en Asie orientale. Il a manifesté son admiration pour le nouveau président philippin, Rodrigo Duterte, un homme à poigne comme il les aime. Un chef d’État (Trump) qui vient de réhabiliter dans une interview l’usage de la torture, n’a évidemment rien à redire envers un autre chef d’État (Duterte) qui foule quotidiennement aux bottes les droits humains. Cependant, le régime philippin flirte ouvertement avec Pékin, alors que l’archipel est une pièce maîtresse – en fait irremplaçable – du dispositif politique et militaire US dans la région… face à la Chine, précisément !

Donald Trump a-t-il une idée de comment contrer la Chine dans sa zone d’influence immédiate ? Pour l’heure, il semble que non. Selon son humeur, regardera-t-il ailleurs ou ordonnera-t-il à la VIIe Flotte US de faire une démonstration de force aux conséquences aléatoires ? A-t-on jamais vu tant d’incertitude quant aux orientations asiatiques de la principale puissance mondiale ? Cette incertitude joue en faveur de Pékin, et va alimenter l’escalade militaire dans la région, à savoir avec le Japon.

Le Japon se renforce

Lors d’une conversation téléphonique, Trump aurait certes assuré le Premier ministre Abe du soutien « indéfectible » des États-Unis envers le Japon. La crédibilité du propos n’est pas évidente. On peut penser que les faucons de l’impérialisme nippon ne vont pas jouer leur avenir sur de telles promesses, d’autant plus que les aléas de la politique intérieure US vont au-delà de tout ce qui était prévu. Gageons donc que dans cette situation, Tokyo va continuer à renforcer ses propres capacités militaires... Jusqu’à l’armement nucléaire ? Le principal obstacle à la montée du militarisme nationaliste nippon reste l’attachement de la majorité de la population à la clause pacifiste de la Constitution du pays.

Afin notamment de faire pression sur la Chine et l’Inde pour les forcer à rejoindre à leurs conditions une vaste zone de libre-échange (ou sinon pour les isoler), les États-Unis avaient initié le Partenariat transpacifique (TPP). Pékin a riposté en constituant le Partenariat économique global régional (RCEP) qui a connu un succès plus rapide que l’initiative US. Ils sont maintenant en meilleure position pour le promouvoir, alors qu’il s’adresse aux pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) et au-delà au Japon, à la Corée du Sud, à l’Inde, à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande. Cette fois encore, l’enjeu géopolitique est considérable... mais apparemment ignoré de la présidence Trump.

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