La Chine, un acteur global

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La Russie reste bien loin en avance par rapport à la Chine dans le domaine aéronautique et spatial...

Elle a un secteur énergétique performant et des industries extractives puissantes : gaz, pétrole, charbon, métaux non ferreux… Son industrie d’armement est florissante (avions de chasse, sous-marins). Elle a gagné la main sur le théâtre d’opérations syrien. L’élection de Donald Trump renforce considérablement sa position géostratégique en Europe orientale, alors que l’avenir de l’Otan devient plus incertain. Est-ce pour autant un véritable acteur global au sens où on peut l’entendre dans le cas chinois ? C’est très discutable.

Pouvoirs financiers et militaires

Car désormais, la Chine s’impose effectivement comme une puissance globale. Elle a initié des institutions financières multilatérales, dont la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII ou – sigle anglais – AIIB) en concurrence avec le FMI. Elle a pour zone de compétence l’Asie du Sud-Est et l’Asie centrale (dont les ex-­Républiques musulmanes d’URSS). Au 15 avril 2015, elle comptait 57 membres, dont l’Australie, l’Allemagne, l’Autriche, la France, l’Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni. Cela au grand dam des États-Unis !

Elle internationalise sa monnaie (le yuan ou renminbi), intégré au paquet de devises du FMI. Elle est le premier partenaire commercial de plus de 130 pays. Elle est présente presque partout et se trouve à même d’offrir concrètement des alternatives aux États-Unis jusqu’en Amérique latine. Trump ferait bien d’y penser avant de se mettre à dos les gouvernements de cette région.

Pékin ne s’est pas engagé dans les guerres d’Irak et de Syrie. La diplomatie économique chinoise a profité de cette neutralité pour faire de très lucratives affaires dans bon nombre de pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Son implantation dans cette région est ainsi bien plus large que celle de la Russie.

La Chinafrique

La présence chinoise en Afrique de l’Est et du Sud est telle qu’elle laisse une véritable empreinte géographique, comme le note Jérôme Chenal, de l’École polytechnique fédérale de Lausanne. Le rôle de la Chine dans la « fabrication » de villes africaine est évident dans le cas d’importants projets d’équipements qui en modifient les structures (le tram d’Addis-Abeba…) ou le développement de zones économiques spéciales. Plus étonnant – et d’un certain point de vue plus significatif – est l’impact involontaire de son offre économique, comme l’illustre l’exemple de Yaoundé (Cameroun).

La Chine inonde les marchés du tiers monde de motos à bas prix. À Yaoundé, « la moto individuelle et, surtout, la moto-taxi sont venues pallier l’absence de transports urbains, permettant à des milliers de personnes de se déplacer des centres-villes aux périphéries les plus lointaines ou réputées difficiles d’accès ». En conséquence, la ville s’étale sans cesse, irrésistiblement, à l’encontre des politiques d’urbanisme qui visent à créer des villes denses et structurées. Les maisons remplacent les terres agricoles. Le régime foncier pousse à la construction qui vaut droit d’occupation. La multiplication des parcelles facilite le développement de la famille nucléaire.

Ce n’est certes pas la première fois qu’une puissance étrangère remodèle la structure démographique, le paysage, la formation sociale d’un autre pays, mais cette « empreinte » est précisément la marque de sa puissance, ainsi d’ailleurs que les « obligations diplomatiques » liées à la dépendance économique. Pékin évoque « le soutien d’une vingtaine de pays africains à ses revendications en mer de Chine » dont « seuls sept assument ouvertement » leur appui : la Gambie, le Kenya, la Mauritanie, le Togo, le Burundi, le Lesotho et le Niger. On parle dorénavant de la Chinafrique, à l’instar plus classiquement de la Françafrique.

Quid de la crise climatique ?

Il est cependant un domaine où la Chine n’offre pas d’alternative au repli des États-Unis : le réchauffement atmosphérique. Pékin est confronté à une crise de première grandeur qui affecte gravement la santé de la population, par de multiples pollutions.

Une loi (applicable à partir de janvier 2018) vient d’être adoptée sur les rejets de polluants dans l’air, l’eau, le sol, ou encore sur la pollution sonore. Cependant, ni le dioxyde de carbone (CO2), principal responsable du réchauffement de la planète, ni les déchets nucléaires ne sont concernés (le Monde du 27 décembre 2016).

Et grâce au climato-septicisme de l’administration Trump, la Chine est moins incitée encore que par le passé à agir dans le cadre de la COP...

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