États-Unis : un roi maléfique gouverne une terre affligée

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

En Amérique, nous vivons dans ce qui ressemble à un conte de fées médiéval. Un roi diabolique et maniaque gouverne une terre dévastée par la peste. Les méchants seigneurs du parlement corrompu volent dans les coffres publics pour enrichir leurs copains (ce texte a été écrit avant le meurtre de George Floyd par le police de Minneapolis, NDLR).

Les représentants du peuple, pour la plupart vénaux et insensés, sont tour à tour trompés ou corrompus par le roi et les seigneurs. Pendant ce temps, beaucoup de gens sont malades et nombreux sont les morts. Les corps s’entassent. Les devins accusent les étrangers et planifient des pogroms. Les moulins se sont arrêtés ; les auberges et les tavernes ont fermé. Les paysans se rebellent ici et là mais la peste empêche une rébellion générale. Selon la rumeur, la situation est la même dans les royaumes voisins tout autour.

 

Crise sanitaire et crise sociale

C’est un conte de fées bien sûr. Quelle est la réalité ? Les États-Unis comptent désormais près d’un million de cas de coronavirus et 50 000 décès, soit plus que n’importe quel autre pays au monde. Nous avons un taux de chômage de 20 %, le plus élevé depuis la Grande Dépression des années trente. La conjonction de ces deux phénomène représente ce qui est peut-être la plus grande crise de l’histoire américaine, un événement absolument sans précédent : une catastrophe. Et cela ne fait peut-être que commencer.

Alors que le coronavirus a balayé le pays, rendant malades des centaines de milliers de personnes et en tuant des dizaines de milliers, les Américains ont été choqués par la faillite du gouvernement, des entreprises et du système de santé. Alors que le nombre de malades augmentait, il n’y avait pas assez d’hôpitaux, pas assez de lits d’hôpital, pas assez d’unités de soins intensifs, pas assez de ventilateurs. Le personnel hospitalier manque de blouses, de masques et de respirateurs. Lorsque les travailleurs hospitaliers tombent malades ou meurent, il n’y a pas assez de personnels de santé pour les remplacer. Quelque sept mille personnes âgées sont mortes dans des maisons de retraite privées. La maladie sévit désormais dans les prisons. Elle atteint les usines de conditionnement de laviande, avec 725 cas à l’usine Smithfield dans le Dakota du Sud. Les équipages de vingt-six navires de la Marine militaire américaine ont été atteints par le coronavirus, il y a 850 malades sur l’énorme porte-avions USS Roosevelt. Partout, des travailleurs essentiels – chauffeurs de bus, éboueurs, caissiers de magasins, livreurs – sont tombés malades et beaucoup sont morts, et ni les entreprises ni les instances gouvernementales qui réglementent ces activités n’ont agi rapidement pour les sauver.

Et comme la crise sanitaire a rendu inévitable la fermeture d’entreprises, une deuxième Grande Dépression (après celle des années trente) s’est ensuivie. Trente millions de personnes ont perdu leur emploi en quatre mois. Les services publics de chômage ont échoué : des dizaines de milliers de personnes n’ont pu toucher leurs allocations de chômage. Et maintenant, les fonds publics de financement du chômage sont en faillite. Dans les villes à travers le pays, des files de voitures attendent longtemps pour obtenir une boîte de nourriture d’une banque alimentaire bénévole. Un tiers des locataires du pays n’ont pas pu payer leur loyer le mois dernier. Les écoles ont fermé, mais l’enseignement à distance s’est avéré difficile car toutes les familles n’ont pas d’ordinateur, de sorte que l’éducation est en panne pour beaucoup. Les États-Unis donnent l’image d’un gouvernement et d’une société défaillants, qui ne peuvent ni protéger ni aider leur population. L’anxiété a envahi une grande partie de la population et certains, qui occupent des emplois dangereux ou précaires ou qui sont sans emploi et sans revenus, sont tombés dans le désespoir.

Les gouvernements des États, des comtés et des villes, qui ne reçoivent plus d’impôts des entreprises fermées, se retrouvent dans une crise budgétaire et seront bientôt obligés de licencier des employés publics. Pourtant, jusqu’à présent, le gouvernement fédéral n’a pas fourni d’aide aux États. Le leader des sénateurs républicains, Mitch McConnell, a suggéré que les États se déclarent en faillite, une procédure qui serait dévastatrice pour les régimes de retraite de leurs employés.

Il y a maintenant une perception répandue que les institutions américaines sont en décomposition, comme les stocks gouvernementaux d’urgence de ventilateurs qui ne fonctionnent pas, de kits de test défectueux et de masques pourris. Les Américains ont été choqués d’apprendre que d’autres pays, comme Taïwan, la Corée du Sud et le Vietnam se sont révélés plus efficaces que les États-Unis pour contenir le virus et empêcher sa propagation. Les Américains étaient autrefois fiers de proclamer : « Nous sommes numéro un. » Maintenant, nous sommes numéro un en matière de coronavirus et d’effondrement économique. Le sentiment que le gouvernement et le “business” ont échoué, répandu comme le virus à travers le pays, a certainement un impact significatif sur la conscience du peuple américain, bien qu’il soit encore trop tôt pour savoir ce que cela signifie pour l’avenir.

Dans tous les domaines, le capitalisme et le système politique conservateur et corrompu des États-Unis ont rendu plus difficile la lutte contre la pandémie. Aux États-Unis, il n’y a pas de système sanitaire national et pas d’assurance maladie nationale pour tous. Il existe des agences fédérales de la santé, une cinquantaine de services de santé au niveau des États fédérés, 900 sociétés d’assurance maladie, des centaines de sociétés pharmaceutiques, plus de 20 000 entreprises de pharmacies, des centaines de fabricants d’équipements hospitaliers et de sociétés d’approvisionnement. Il existe 6 000 hôpitaux, certains à but lucratif, d’autres à but non lucratif, d’autres gérés par le gouvernement. Les responsables des agences de réglementation, généralement d’anciens dirigeants d’entreprise, supervisent la concurrence et la recherche de profits qui dominent cette vaste industrie. Il y a peu de coordination et, par conséquent, il n’y a pas eu de réponse unifiée à la pandémie, car le gouvernement fédéral n’a fourni que des recommandations vagues, les gouverneurs des États et des centaines d’entités de santé ont fait ce qu’ils voulaient, tandis que les citoyens se débattaient avec les multiples bureaucraties du système de santé.

 

Trump : coupable d’homicide par négligence

Les retards, la désinformation et les délires sauvages du président Donald Trump qui contredisent les épidémiologistes et les médecins, ont contribué à la catastrophe sanitaire et menacent maintenant de déclencher une deuxième vague d’infection. Après que des cas de coronavirus aient été identifiés en Chine et dans d’autres pays, Trump n’a pas pris de mesures, à l’exception d’une interdiction de voyager limitée à la Chine le 31 janvier. Il a affirmé fin janvier : « Tout est sous contrôle. » À la mi-février, Trump a déclaré : « Il semble qu’en avril, vous savez, en théorie, quand il fait un peu plus chaud, il s’en va miraculeusement. » Même après ce qui était alors considéré comme le premier décès par coronavirus aux États-Unis le 17 février, Trump a continué de minimiser l’épidémie, déclarant le 19 février : « Je pense que les chiffres vont progressivement s’améliorer au fur et à mesure. » Il a affirmé faussement le 26 février : « Nous allons très sensiblement vers le bas, pas vers le haut. » Début mars, il a affirmé que le coronavirus serait beaucoup plus doux que la grippe. Et en avril, il a continué de donner des informations trompeuses sur la maladie, sur les respirateurs, sur les traitements et sur le développement de vaccins. Pendant des semaines, Trump a recommandé, contrairement aux preuves médicales, que l’hydroxychloroquine, un traitement contre le paludisme, puisse être utilisée pour traiter le Covid-19. Plus récemment, Trump a suggéré une injection de désinfectant dans les poumons, ce qui serait fatal. Trump devrait être tenu coupable d’un homicide par négligence, responsable de dizaines de milliers de morts qui auraient pu être évitées.

La pandémie n’a pas été un coup de tonnerre soudain dans un ciel bleu. Les agences de renseignement américaines, les Centres pour le contrôle des maladies (Centers for Disease Control –CDC-), l’administration précédente (celle d’Obama), même le ministère de la Santé et des Services sociaux de Trump et d’autres agences gouvernementales n’avaient pas seulement prédit que le pays connaîtrait une pandémie, ils ont travaillé sur ce sujet. Un rapport sur ce qui se passerait en cas de pandémie a décrit la réponse simulée comme «  chaotique ». Mais lorsque le coronavirus est devenu une pandémie, le gouvernement américain n’était absolument pas préparé : Trump avait réduit les budgets des CDC et des Instituts nationaux de Santé (National Institutes of Health). Plus important encore, pendant soixante-dix jours, Trump n’a pas entamé le type d’actions qui avait été prévu et préconisé : établir des politiques de distanciation sociale, effectuer des tests et effectuer la recherche des contacts des personnes présentant des symptômes. N’ayant pas réussi à arrêter la propagation initiale, l’atténuation est arrivée trop tard, conduisant New York à devenir l’épicentre international de la maladie.

Alors que le pays tombait à genoux, l’administration Trump, par l’intermédiaire du secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, du leader républicain du Sénat, Mitch McConnell et aussi du leader du Parti démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a réussi à faire passer trois secours au Congrès américain. Des mesures totalisant près de trois mille milliards de dollars, comprenant des prêts et des subventions aux entreprises et aux hôpitaux ainsi que des paiements aux travailleurs. La promesse d’aider les petites entreprises s’est avérée fausse, car une grande partie de cet argent est allée à de grandes sociétés financièrement solides et non à des moyennes et petites entreprises. Le gouvernement a fait transiter les prêts par les banques, ce qui a favorisé les grandes entreprises qui ont du crédit et des relations, tout en nuisant aux petites entreprises financièrement moins solides. Les programmes d’urgence comprennent également d’énormes allégements fiscaux pour les riches.

L’aide apportée par le gouvernement fédéral aux travailleurs ne leur apportera un soutien que pendant quelques mois. La plupart des travailleurs, en plus de leurs allocations de chômage, vont ainsi reçevoir un paiement unique de 1 200 $, avec un supplément de 500 $ par enfant ainsi que 600 $ par semaine jusqu’au 31 juillet. Mais de nombreux travailleurs ne seront pas éligibles à ces mesures, en particulier les travailleurs sans papiers qui ne peuvent bénéficier des aides fédérales. L’État de Californie a alloué 75 millions de dollars aux immigrants sans papiers qui paient chaque année 3 milliards de dollars en impôts à l’Etat californien et en taxes locales.

 

La situation de la classe ouvrière

Les travailleurs américains ont été touchés par le coronavirus de différentes manières. Environ 30 pour cent de tous les travailleurs américains ont pu travailler à domicile ; cela comprend de nombreux employés techniques et professionnels, ingénieurs, architectes, professeurs et enseignants. Environ 26 millions de travailleurs, soit 20 % de la main-d’œuvre américaine, ont été licenciés. Des millions de travailleurs essentiels continuent de s’acquitter de leurs fonctions, risquant souvent d’être exposés au coronavirus par des collègues, le public ou les passagers des transports publics.

L’inégalité économique et raciale est également évidente. Une proportion plus élevée de Noirs et de Latinos sont tombés malades et sont morts. À Chicago, les Noirs représentent 32 % de la population, mais 72 % des décès par coronavirus. À New York, les Noirs et les Latinos meurent deux fois plus que les Blancs. Cela est dû en grande partie aux conditions sous-jacentes – hypertension artérielle, diabète et maladies respiratoires – mais aussi au travail dans des emplois essentiels ainsi qu’aux problemes d’accès à la santé et aux logements surpeuplés.

Le racisme apparaît partout dans cette crise. Les Américains d’origine asiatique ont subi des injures verbales et des violences en tant que porteurs de ce que Trump a appelé le « virus chinois ». Trump a fermé la frontière aux demandeurs d’asile et a maintenant ordonné que pendant soixante jours, le gouvernement n’émette pas de cartes vertes, qui accordent aux immigrants la résidence permanente et le droit de travailler aux États-Unis.

La pandémie affecte également particulièrement les femmes. Beaucoup sont des travailleuses à domicile, des infirmières également à domicile et occupent d’autres métiers à faible salaire et avec une protection réduite. Les femmes représentent 87 % des infirmières déclarées et 71 % des caissières. Il est également à craindre que les ordonnances de confinement au domicile entrainent davantage de violences domestiques. Dans le même temps, des responsables conservateurs de l’Ohio, du Mississippi et du Texas ont déclaré que les avortements étaient « non essentiels » et ont suspendu la procédure pendant la pandémie de coronavirus ; les tribunaux ont annulé certaines de ces mesures.

Les travailleurs ont participé à des manifestations et à des grèves dans diverses industries aux États-Unis. Les infirmières, qui demandent une meilleure protection, ont organisé à la fois des manifestations locales et une manifestation nationale coordonnée organisée avec l’aide du centre d’éducation ouvrière Labor Notes le 15 avril. Il y a également eu plus de 100 grèves sur divers lieux de travail, des chantiers navals aux entrepôts et aux épiceries. Dans l’Université du Vermont, des travailleurs ont organisé une campagne de pétition et une caravane et se sont battus avec succès pour empêcher la fermeture de trois des quatre campus universitaires de l’État. Les travailleurs d’Amazon ont organisé une série de manifestations et de débrayages.

 

La volonté de réouvrir l’économie

L’épidémie de coronavirus aux États-Unis aurait culminé à la mi-avril, mais de nombreux États n’ont pas encore atteint leur sommet. Cependant certains envisagent de mettre fin à la distanciation sociale et de permettre la réouverture des entreprises. Les gouverneurs républicains de Géorgie, de Caroline du Sud et du Tennessee ont ainsi appelé à la réouverture de leurs États dans quelques jours. Pourtant, les experts en santé publique soutiennent que les États ne devraient pas tenter de rouvrir leurs économies tant qu’il n’y aura pas de tests adéquats, de dispositive de recherche des contacts, d’isolement et de surveillance.

À l’heure actuelle, aucun État ne dispose de tests adéquats et la mise en place d’un traçage dépasse de loin la capacité des services de santé des États. Si les États rouvrent leurs économies, de nombreux experts de la santé pensent que nous pouvons nous attendre à une deuxième vague de virus avec plus de maladies et de décès. Et cela signifierait la fermeture des entreprises à nouveau. Aucun vaccin n’est susceptible d’être découvert, testé, produit en masse et distribué à des dizaines de millions de personnes en moins de 18 mois. Le Covid-19 et la grippe pourraient faire des ravages à l’automne. Certains experts en santé affirment que la distanciation sociale devra se poursuivre jusqu’en 2022.

 

Tonnerre à droite 

Des groupes d’extrême droite, dans près de la moitié des cinquante États, ont organisé des manifestations exigeant que les États rouvrent leurs activités. Ceux qui font pression pour mettre fin aux restrictions et rouvrir la société comprennent des hommes d’affaires, des politiciens républicains, des églises évangéliques, des groupes anti-vaccination et des organisations de droite, des milices armées aux organisations politiques telles que Freedom Works (La liberté fonctionne), leTea Party Patriots et Save Our Country (Sauvez notre pays), ainsi que des nationalistes blancs comme les Proud Boys et The Patriot Front. Beaucoup de ces groupes ont des liens avec le Parti républicain, la Maison Blanche et la campagne Trump. Trump a tweeté son soutien aux manifestations.

Certaines des manifestations ont violé les ordres de distanciation sociale et d’autres ont inclus des hommes portant des armes à feu. Les manifestants arborent des casquettes « Make America Great Again », portent des drapeaux américains, brandissent des affiches avec le nom de Trump ou des pancartes disant « Live Free or Die » (Vivre libre ou mourir). Certains des manifestants pensent que la pandémie est un canular, d’autres pensent que c’était un complot des Chinois, certains prétendent avoir le remède. Ironiquement, ceux qui participent aux manifestations se tiennent près les uns des autres sans masque et peuvent se mettre en danger eux-mêmes et les autres. Ces manifestations de centaines ou tout au plus de quelques milliers de personnes ne représentent pas plus que la petite minorité de 12 % de tous les Américains qui, selon les sondages, souhaitent la levée des restrictions.

 

La gauche reste faible

La gauche américaine n’a pas de parti politique et donc peu de voix et encore moins de poids au Congrès. Le caucus progressiste du Parti démocrate fait pression pour plus d’argent pour les petites entreprises et les travailleurs, mais n’a pas un grand impact. Alexandria Ocasio Cortez, membre de ce caucus, dont le district est dans « l’épicentre de l’épicentre » et qui est considérée par beaucoup comme le successeur potentiel de Bernie Sander, a été la seule démocrate à voter contre le deuxième projet de loi de relance de l’économie avec ses cadeaux au business, et elle appelle à un gel des loyers.

Les socialistes démocrates d’Amérique (DSA), la plus grande organisation socialiste du pays avec 60 000 membres, ont soutenu Sanders mais ne soutiendront pas Joe Biden, même si beaucoup d’entre eux devraient voter pour lui. DSA et d’autres à gauche sont impliqués dans des projets d’entraide et dans l’organisation des travailleurs ainsi que des mouvements sociaux. DSA a formé une alliance avec Labor Notes (regroupement de syndicalistes militants NDLR) et avec le petit Syndicat des travailleurs de l’électricité (UE) et travaille avec des infirmières, des enseignants, des chauffeurs de camion et des employés d’entrepôt. La gauche est également engagée dans un travail autour des droits des immigrés.

 

Après Sanders, quoi ?

Sanders avait, dans sa campagne présidentielle de 2016, développé une base politique solide, en particulier parmi les jeunes. Ses rassemblements électoraux en 2020 regroupaient parfois à dix ou vingt mille personnes. Et il avait levé 46,5 millions de dollars – plus que n’importe lequel de ses concurrents – principalement en petites contributions d’environ 27 $. Début 2020, il s’est imposé comme un leader parmi 29 postulants à la candidature démocrates, rivaux, et tous à sa droite. Ses partisans étaient divers : jeunes électeurs de toutes les ethnies, Latinos, à la fois du côté de milieux nantis et d’électeurs de la classe ouvrière. Le soutien était moindre du côté des électeurs noirs plus âgés.

Sanders a remporté les primaires de l’Iowa, du New Hampshire et du Nevada, mais avec seulement 25 à 40 % des voix. Puis, lors du « super mardi », le 29 février, Biden a remporté cinq États. Le plus important était la Caroline du Sud, un État comptant de nombreux électeurs noirs, que Sanders a perdu avec seulement 19,8 % des voix contre 48,7 % pour Joe Biden. Sanders a remporté la Californie et le Colorado avec 35 % des voix dans chaque État, mais la victoire de Biden en Caroline du Sud parmi les électeurs noirs a mis fin au concours.

Après la victoire de Biden, pratiquement tous les autres candidats du Parti démocrate et l’ensemble des responsables du Parti démocrate lui ont apporté leur soutien. Face de plus au défi de continuer à faire campagne au milieu du coronavirus, Sanders s’est retiré. Dans les primaires d’État suivantes, il y avait toujours un bulletin de vote pour Sanders avec l’espoir d’amasser plus de délégués pour toute négociation sur la plate-forme électorale lors de la convention. Lors des primaires suivantes, Biden a remporté dix autres États par de grandes majorités, souvent deux pour un.

La primaire a montré qu’il était peu probable que Sanders remporte le vote noir, et bien que les noirs ne constituent que 12 % de la population américaine, ils représentent 25 % des électeurs du Parti démocrate. Les Noirs ont voté de manière pragmatique et défensive, préférant Biden, le vice-président de Barack Obama, comme étant plus susceptible de vaincre Trump. Et les jeunes partisans de Sanders ne se sont pas montrés aussi fiables que les électeurs blancs plus âgés et la plupart des électeurs noirs. Une grande majorité d’Américains, démocrates et au-delà, soutiennent le programme de Sanders, mais cet engagement ne s’est pas traduit par un soutien à Sanders dans les circonstances actuelles.

Tout au long de la campagne du Parti démocrate, les grands médias ont critiqué sans relâche Sanders comme un personnage peu susceptible d’unir le Parti démocrate, peu susceptible de remporter les élections et peu susceptible aussi, si éventuellement il était élu, de réussir en tant que président face à un Congrès hostile. Le fait que Sanders ait assez bien réussi à maintenir sa base de 30 % de l’électorat tout au long de la primaire témoigne de l’importance du mouvement qui l’a soutenu.

Sanders, qui est officiellement indépendant sans affiliation à un parti, avait promis, lors de son entrée dans la course en 2016 et à nouveau en 2020, que quelque soit le démocrate qui remporterait la primaire, il le soutiendrait. Sans cet engagement, le Parti démocrate ne lui aurait pas permis de se présenter aux primaires démocrates. Ce ne fut donc pas une surprise lorsque Sanders a approuvé Biden. La plupart des partisans de Sanders voteront sûrement pour le candidat du Parti démocrate, vraisemblablement Biden, afin de vaincre Donald Trump.

La campagne politique de Sanders basée sur les exigences de “Medicare for All” (accès aux soins pour tous), l’enseignement supérieur gratuit dans les universités publiques, des salaires plus élevés et un Green New Deal, a été soutenue sur ces objectfs par des mouvements indépendants, et ces mouvements continueront. Mais il n’est pas certain que le large mouvement de gauche inspiré par Sanders soit viable sans lui. L’extrême gauche, principalement le Democratic Socialist of America, s’est engagée à continuer à construire ces mouvements et (au moins pour ce qui est de DSA) à soutenir les candidats socialistes et progressistes du Parti démocrate.

Comme nous sommes en proie au coronavirus avec une distanciation sociale et si nombreux confinés chez eux, il est difficile de comprendre où nous en sommes aujourd’hui. Nous avons un million de cas de virus, 60 000 morts et 30 millions de chômeurs : une situation sans précédent. Nous avons des manifestations de droite pour rouvrir le pays. Nous avons une augmentation des petites grèves, une expansion de l’entraide dans les communautés, des protestations des personnels de santé et de bien d’autres. Nous pourrions être à la naissance d’un nouveau mouvement ouvrier, mais il est impossible de le dire pour le moment.

La question aujourd’hui est donc de savoir si la gauche sera capable de construire un mouvement de masse significatif et de commencer à construire un parti politique indépendant, deux objectifs qui semblent encore loin. Mais ç’est un combat nécessaire et qui vaut le coup.

 

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