De Black lives matter à l’union de tou-TE-s les exploité-E-s ?

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

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International
idées

Le mouvement noir qui s’était manifesté dans les émeutes de 1967 a été écrasé par la répression gouvernementale et la crise économique des années 1980.

À Detroit, le centre-ville a été complètement abandonné par les Blancs au profit de la banlieue (la fameuse fuite des Blancs, la white flight) et à mesure que ses occupants plus cossus partaient, les services municipaux et la qualité du logement ont plongé. Les emplois industriels qu’occupaient beaucoup de NoirEs, notamment dans les usines automobiles, ont été délocalisés, en Chine, au Mexique et dans le sud des États-Unis ou les droits syndicaux sont quasi inexistants. Des années 1950 a aujourd’hui, Detroit a perdu la moitié de sa population. Elle est aujourd’hui à 80 % noire et latino et pauvre. La crise des subprimes a vu des milliers d’habitantEs perdre leur logement et les maisons en ruine barricadées de planches sont légion. Les quelques gains, mêmes formels, du mouvement des droits civiques ont été escamotés par un nouveau système oppressif : l’incarcération de masse.

Nouveaux mouvements sociaux

Pourtant, depuis 2014 de nouveaux mouvements sociaux se sont levés et se battent contre le racisme, la misère et les violences policières. Suite à l’assassinat de Michael Brown, des dizaines de milliers d’Afro-AméricainEs sont descendus dans les rues de tout le pays, principalement des jeunes, malgré les appels au calme de Barack Obama et de figures du mouvement pour l’égalité des droits liées au Parti démocrate, comme les pasteurs Al Sharpton ou Jesse Jackson. Ils ont bloqué des carrefours, des autoroutes, des gares et des ponts, de San Diego à New York. Depuis, des meurtres d’Afro-­Américains par des policiers, qui pouvaient passer inaperçus à une échelle nationale, ont suscité des mobilisations importantes et également une très forte répression. Après la décision du Grand Jury concernant Michael Brown, le gouverneur de l’État du Missouri a décidé de déployer la garde nationale à Ferguson, c’est-à-dire l’armée. Suite à l’assassinat de Freddie Gray en avril 2015, à Baltimore, et après les mobilisations et les émeutes qui l’ont suivi, 5 000 gardes nationaux ont également été déployés. Ces mobilisations combinent émeutes comme à Baltimore et manifestations plus traditionnelles comme à Minneapolis. Ce sont elles qui ont doné naissance à Black lives matter.

Vers la rupture avec les Démocrates ?

Le niveau actuel d’organisation des Afro-Américains est très faible, combinaison d’une répression très violente et d’une longue période de reculs et de trahisons par les Démocrates et leurs alliés syndicaux. Il existe des ONG et des groupes locaux qui tentent à l’heure actuelle de se lier les uns aux autres. Si une organisation politique afro-américaine nationale réussit à se constituer, elle devra nécessairement se poser la question de ses rapports avec le Parti démocrate, qui est un spécialiste dans l’art de la récupération des mouvements sociaux. En effet, au nom de la logique du « moindre mal » et de l’impossibilité de « travailler hors du système », depuis le mouvement des droits civiques de nombreux leaders noirs et ouvriers ont été happés par cette gigantesque machine à étouffer les luttes qu’est le Parti démocrate. La recherche d’une indépendance politique doit se manifester d’ores et déjà par le refus de la pression exercée sur les mouvements sociaux pour qu’ils se concentrent sur l’arène électorale, et par l’affirmation que c’est dans la rue que tout se joue. Alors que le Parti démocrate réussit l’exploit d’être plus à droite que Trump, et est empêtré dans une rhétorique guerrière et nationaliste, le mouvement doit refuser de se subordonner à l’alternance « progressiste » qu’offriraient les Démocrates. Du côté de l’extrême gauche, les Democratic Socialists of America (DSA) dans le sillage de la campagne de Bernie Sanders aux primaires démocrates (qui se dit « démocrate socialiste » alors qu’il est le sénateur qui reçoit le plus de contributions financières de l’industrie de l’armement) semblent avoir le vent en poupe et revendiquent 30 000 adhérents. Mais leur refus, à 60 % des votes des déléguéEs, lors de leur dernière conférence, de sortir du Parti démocrate augure mal de leur capacité et de leur volonté à défendre une politique indépendante qui permette d’unir touTEs les exploitéEs quelle que soit leur couleur de peau. C’est pourtant la voie à suivre...

 

Dossier réalisé par Stan Miller et Yvan Lemaître