Contre la machine de propagande : non à la guerre avec l’Iran !

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

La négligence criminelle du régime iranien et de l’armée – abattre un avion de ligne qui venait de décoller de leur propre aéroport de Téhéran – devrait immédiatement nous rappeler les dizaines, voire les centaines de fois où les forces américaines ont causé le même genre de carnage collatéral de civils.

Il n’est pas nécessaire de remonter jusqu’en juillet 1988, lorsque l’USS Vincennes a abattu un avion de ligne iranien, le Vol 655, avec 290 victimes à bord : les États-Unis ont finalement payé une compensation mais ne se sont jamais excusés. De 2001 à nos jours, dans les guerres américaines en Afghanistan et en Irak, il suffit de penser aux mariages bombardés depuis les airs, aux convois civils anéantis par des « bombes intelligentes » guidées par laser, aux journalistes visés par un hélicoptère d’attaque, aux familles anéanties quand la « mauvaise » maison a été bombardée ou attaquée, au massacre de civils par Blackwater (milice privée américaine sous contrat du gouvernement US) à un rond-point de Bagdad.Tous ces cas qui ont été révélés, alors que tant d’autres sont restés inconnus.

La catastrophe de cet avion ukrainien (Vol 752) abattu en Iran devrait nous rappeler  tous ces évènements, mais bien sûr, cela ne se produit pas. Bien au contraire : les médias dominants et la grande majorité des politiciens du spectre conservateur et libéral se concentrent sur le dernier crime de l’armée iranienne pour faire oublier au public américain ce que les guerres et les interventions de notre propre pays ont fait aux populations de tant d’autres nations. Y compris ce que notre allié stratégique, l’Arabie saoudite, avec ses pilotes formés aux États-Unis, ses avions et ses bombes fournis par les États-Unis, a fait à la population du Yémen. 

Des mensonges

De même, l’assassinat américain du général iranien Qassem Soleimani – et les prétextes mensongers toujours changeants avancés par Trump et son administration au sujet d’une « menace imminente » – devraient nous rappeler que cette même figure « terroriste » et l’Iran lui-même au cours des deux dernières décennies ont été également été les partenaires des États-Unis dans la lutte contre les talibans, al-Qaïda et « l’État islamique ». Au lieu de cela, bien sûr, le débat des « experts » sur la question de savoir si ce meurtre était une « politique adéquate » amène les gens à oublier commodément presque tout ce qui est survenu auparavant.

La dissimulation mensongère et grossière tentée par le régime iranien pendant trois jours après la chute de l’avion devrait également nous rappeler les efforts du royaume saoudien pour cacher l’enlèvement ciblé et le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi à Istanbul – crime pour lequel les États-Unis n’ont imposé aucune sanction réelle. Encore une fois, c’est presque oublié maintenant.

Les mensonges du régime iranien envers son propre peuple ont ravivé une vague de protestations populaires contre la brutalité meurtrière, la corruption et l’administration incompétente de la République islamique. Sur ce point et sur d’autres points importants, l’information est disponible sur le site Web de l’Alliance des socialistes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (et en français sur le site ESSF https ://www.europe-solidaire.org/).

Notre action anti-impérialiste

Nous aux États-Unis, nous devons nous concentrer sur la menace de guerre et sur la question du démantèlement final de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 (Joint Comprehensive Plan of Action, JCPOA). Il est clair que le régime iranien ne veut pas participer à une guerre avec les États-Unis, et il semble que l’administration américaine ne veuille pas non plus la guerre, à l’exception des néoconservateurs qui infestent l’appareil de sécurité nationale de la Maison Blanche. Et certainement que le peuple américain n’en veut pas non plus.

Cela n’atténue pas le danger du moment présent. Les sanctions imposées par les États-Unis ont écrasé l’économie iranienne, qui se serait contractée de 9,5 % au cours de la dernière année. À l’heure où nous écrivons, les États européens qui ont promis de maintenir le JCPOA semblent l’abandonner sous l’intimidation de Trump. Le peuple iranien, à qui Trump tweete cyniquement son « soutien », souffre de l’effondrement de son niveau de vie, de ses infrastructures médicales et de sa sécurité alimentaire.

Les résultats prévisibles seront un conflit plus asymétrique, entre deux pays aux moyens très inégaux, davantage de meurtres ciblés par les États-Unis – et peut-être au bout du compte la tentative de l’Iran de parvenir à une capacité d’armes nucléaires dissuasives (ce à quoi il avait renoncés après 2003 et la chute de son grand ennemi traditionnel, l’Irak de Saddam Hussein).

Si les perspectives immédiates ne sont pas claires - que ce soit vers une escalade des tensions ou une période de relâchement relatif - ce qui est absolument clair est la nécessité d’une résistance anti-guerre de masse qui parle au peuple de ce pays. Les manifestations qui se déroulent dans des dizaines de villes sont une bonne chose, mais il en faut plus. Il ne s’agit pas seulement d’exposer les mensonges quotidiens de Trump et de ses facilitateurs. Il faudrait demander à tous les candidats démocrates s’ils renient la guerre, la menace de guerre et les sanctions paralysantes contre l’Iran, sans leur laisser la possibilité de paroles évasives et d’esquives.

À l’heure où la planète brûle déjà, il ne faut pas oublier qu’une autre guerre pour l’empire est absolument inacceptable.

Pas de guerre avec l’Iran, troupes américaines hors du Moyen-Orient maintenant ! No War With Iran — U.S. Troops Out of the Middle East Now !

 

David Finkel* 

* David Finkel est un éditeur de Against the Current, publication de l’organisation étatsunienne Solidarity (www.solidarity-us.org).

Traduction et intertitres de la rédaction.

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