Chine : Tensions économiques intérieures, expansion internationale

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La société chinoise vit à l’heure du capitalisme, ce qui crée parfois des rapprochements étonnants.

Ainsi à Shanghaï, une crise a éclaté entre d’une part les plateformes VTC d’Uber et Didi (le Uber chinois), et les taxis réguliers d’autre part. Les autorités ont tranché en faveur des taxis, excluant du marché les ruraux qui ne peuvent présenter une plaque d’immatriculation shanghaïenne.

De la puissance
en matière économique

La crise fait partie du système. Le choc Trump sur l’exportation arrive à un mauvais moment. La bulle immobilière n’a pas éclaté, mais n’est pas résorbée pour autant. La dette chinoise dépasse 250 % du PIB (contre 141 % en 2008), et pour 160 % celle des entreprises. Les sociétés « zombies » dans le secteur public souffrent de surcapacité de production. Le yuan s’affaiblit trop au goût des autorités qui, par ailleurs, n’arrivent pas à contrôler les sorties de capitaux.

Les tensions de l’économie chinoise vont-elles forcer Pékin à réduire la voilure de ses engagements internationaux ? Probablement pas dans un avenir prévisible, à cause d’une part de l’importance des enjeux géostratégiques, et du ciment idéologique que représente le nationalisme de grande puissance d’autre part, mais aussi du fait des liens étroits entre le national et l’international dans le domaine économique lui-même.

Pour sécuriser ses approvisionnements, la Chine capitaliste doit contrôler les ressources minières ou agricoles dont elle a besoin et sécuriser leur acheminement (via le détroit de Malacca en particulier). La politique de puissance est un impératif économique, comme pour tout impérialisme. De plus, l’exportation de capital et de main-d’œuvre sur ses propres chantiers est (aussi) une réponse à la crise d’endettement et de surproduction en Chine même. C’est évident dans le cas du BTP-Travaux publics. Les chantiers en cours sont gigantesques : cinq villes nouvelles en Angola, une ville nouvelle au Maroc, la future capitale égyptienne… (l’Afrique est aujourd’hui le continent où l’urbanisation est la plus rapide).

À suivre...

« En 2015, les entreprises chinoises ont investi plus de 9 milliards de dollars en projets de construction dans le monde, contre 6 milliards en 2014 et 87 millions à peine en 2009. (...) Pour la Chine, les avantages sont évidents : donner du travail à ses entreprises de construction à la peine dans un empire du Milieu déjà bétonné de toutes parts et en proie à une dangereuse bulle immobilière ; écluser ses surplus d’acier et de ciment en les déversant sur le continent africain ; imposer ses normes, son calendrier et servir au mieux les intérêts de ses entreprises et de sa politique en visant des pays clés.

La plupart des grandes entreprises d’État chinoises ont une filiale construction. Sur les 452 000 expatriés chinois employés par les grandes entreprises d’État en Afrique, 54 % sont des ouvriers travaillant sur ces chantiers d’infrastructures, selon une étude de la European Financial Review. Elles financent, construisent et occupent ces bâtiments. »1

La société chinoise est en pleine évolution : démographie vieillissante, remise en cause des droits acquis par les femmes, privatisation rampante des terres agricoles, mouvements de populations, marchandisation des mœurs, conflits de valeurs, maturation de résistances sociales, colonisation économique de la périphérie, intégration des élites à l’ordre mondial… Depuis trois décennies, elle vit une transition qui est loin d’être achevée. On se gardera donc de toute prévision. Le groupe dirigeant qui entoure Xi Jinping est certainement au fait de la complexité de la situation. C’est bien pour cela qu’il verrouille l’ordre politique, au sein du Parti communiste chinois comme dans le pays.

 

  • 1. Sébastien Le Belzic, le Monde, 13 décembre 2016

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