Chine : Construire son hégémonie

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Si Pékin est en mesure de profiter du repli US, c’est que depuis deux ou trois décennies, le régime chinois pilote consciemment et en tous domaines son déploiement international.

Prenons quelques exemples sur le plan économique ou technologique.

Terres rares

Il s’agit des 17 métaux indispensables aux technologies de pointe. Pékin contrôle aujourd’hui ce marché que les USA dominaient jusqu’en 1984. Pour Ludovic Jeanne, directeur de l’Institut du développement territorial, la mise en place de sa stratégie de monopole remonte au début des années 1990. En 1992, la production chinoise dépasse celle des États-Unis dont l’industrie militaire devient dépendante à l’égard de la Chine pour ses approvisionnements ! Depuis, Washington tente de redresser la situation, mais fait face, pour ce faire, à de nombreuses difficultés.

Pour Ludovic Jeanne, la bataille fait rage entre puissances économiques pour le contrôle des matières premières et, avec celui des terres rares, « la Chine dispose d’un outil de puissance durable ».

Compagnies pétrolières

Exportatrice de pétrole jusqu’en 1993, la Chine est devenue le premier importateur en 2014 et le second consommateur. Pour Emmanuel Hache, économiste et prospectiviste, depuis le début des années 2000, « la politique du "Go Global" (la stratégie chinoise d’investissement à l’étranger) a permis à la Chine d’internationaliser ses compagnies nationales, de diversifier ses sources d’approvisionnement et d’investir massivement à l’étranger dans le secteur énergétique ». Recherche de marchés, captation de ressources, montée en gamme technologique, investissement dans les infrastructures transnationales d’acheminement des hydrocarbures, vont de pair.

Des champions nationaux sont créés, donnant finalement naissance à des compagnies verticalement intégrées. Selon Forbes, en 2015, CNPC arrivait ainsi à la 3e place mondiale en matière de chiffre d’affaires et Sinopec à la 4e, devançant notamment les supermajors Shell, ExxonMobil et BP dans ce classement.

Industrie aéronautique et spatiale

Dans ce domaine de très haute technologie, le gouvernement chinois a pour ambition de combler son retard rapidement avec, pour objectifs, d’envoyer une sonde sur la face cachée de la lune d’ici 2018 et de lancer une première sonde sur Mars d’ici 2020. Dans le domaine de l’astronomie, le plus grand radiotélescope du monde (FAST) a été mis en service dans la province du Guizhou en septembre 2016 : il a 500 mètres d’ouverture et se voit doté d’un système de détection qui permet de suivre un objet dans le ciel plus longtemps que pour les radiotélescopes existants.

Pékin annonce aussi avoir construit le plus gros hydravion du monde (AG600), qui avoisine la taille d’un Boeing 737. L’AG600 pourrait opérer en mer de Chine méridionale où Pékin a établi un complexe de bases militaires. Le gouvernement chinois « cherche à réduire sa dépendance envers les constructeurs étrangers comme l’américain Boeing et l’européen Airbus. En juin, l’avion régional chinois ARJ21 a effectué son premier vol commercial, point culminant d’un programme aéronautique lancé il y a quatorze ans et destiné à doter la Chine d’un avionneur crédible » (le Monde, 24 juillet 2016). Un modèle d’avion furtif (profilé pour échapper aux radars) a aussi été conçu.

Innovations technologiques

La Chine n’est plus, depuis belle lurette, une pie voleuse de technologies nippo-occidentales. Pour Bruce McKern, conseiller pour la Société de la route de la soie (Hong Kong), elle a franchit trois étapes : passer de copier à adapter à ses besoins propres, atteindre les standards mondiaux, ouvrir de nouveaux champs de recherche. Le gouvernement chinois a créé un écosystème favorable à la recherche.

Résultat : les entreprises chinoises représentent maintenant un sérieux concurrent pour les multinationales traditionnelles, agissant de l’intérieur même des marchés des pays développés. Pour ce faire, elles acquièrent des sociétés de taille moyenne, particulièrement en Europe (notamment en Allemagne). D’autres ont implanté des centres de recherche et développement dans des zones privilégiées, comme la Silicon Valley aux États-Unis. Il en va ainsi de Huawei, fabricant d’équipement de télécoms et de smartphones.

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