Catalogne : Au lendemain de la démonstration de force de la rue…

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Publié par le blog du NPA 34. L'assemblée extraordinaire des militant-es des anticapitalistes de la CUP (1200 inscrit-es sur les 4000 qu'elle compte)  et de la Crida Constituent (L'Appel Constituant, une organisation regroupant un ensemble d'associations et de partis se reconnaissant globalement dans le programme de la CUP) qui s'est tenue aujourd'hui a décidé à 91,63% de se présenter aux élections du 21 décembre bien qu'elles soient taxées, à juste titre, d'être illégitimes. 

 

Sur la base d'un vote à 64,05%, c'est l'option d'une liste propre, hors coalition qui l'emporte : se posant comme liste "de rupture, indépendantiste et de gauche", elle appelle cependant à la constituer le plus largement possible ; autrement dit, il s'agira d'une liste CUP qui cherchera à inclure des personnalités extérieures. Par exemple, du côté de Procés Constituent (une organisation anticapitaliste et indépendantiste mais extérieure à la CUP) qui vient de s'adresser à la CUP et au dirigeant de Podem, destitué par Iglesias, Albano-Dante Fachín, de construire ensemble une "candidature de la gauche de rupture catalane". Le problème est que cette liste  serait emmenée, telle qu'elle est proposée, par la dirigeante de Procés Constituent, Teresa Forcades  sous la présidence symbolique du président de celle-ci, Arcadi Oliveras alors que, nous l'avons vu, le choix militant de la CUP est que cette liste soit estampillée CUP. Sera-t-il possible que Teresa Forcades  et d'autres militant-es de Procés Constituent intègrent, en tant que personnalités extérieures, cette liste ? Le fait est qu'il y a proximité politique de la CUPavec une association qui prône "si nécessaire, la désobéissance civile pour construire la république face à des monarchistes qui emprisonnent les membres du Parlement et de divers mouvements sociaux". A suivre. Lire ici et ici.
 
De leur côté, les militant-es de Barcelona en Comú (à ne pas confondre avec Catalunya en Comú qui se situe à l'échelle de la Catalogne) qui soutiennent Ada Colau à la mairie de la ville, ont décidé, par consultation interne, de rompre l'accord passé avec les socialistes du PSC pour faire majorité et ainsi propulser leur dirigeante à la tête de la ville. Avec la participation de 3800 militant-es (pour une participation de 40%), cette décision a été prise à 54,18%, soit 2059 militant-es (1736, 45,68%, ont voté pour maintenir l'accord). La question posée était "Vu l'appui apporté par le PSC/PSOE à l'application de l'article 155, Barcelona en Comú doit-elle mettre un terme à l'accord de gouvernement passé avec le PSC sur la ville et ainsi gouverner en solitaire ?".
 
On lit dans la presse que, pour éviter de gouverner en minorité (elle ne disposera que deses 11 élu-es, sans plus les 4 socialistes qui lui suffisaient pour gouverner, sur les 41 que compte le conseil municipal), Ada Colau pourrait chercher à se rapprocher des indépendantistes, les 9 élu-es du PDeCAT, les 3 d'ERC et les 3 de la CUP. Mais, outre que Ada Colau a elle-même dit qu'elle ne signerait pas un nouvel accord de gouvernement municipal, on imagine mal que les indépendantistes, ulcéré-es par ses déclarations incendiaires d'hier contre le Govern et Puigdemont (lire ci-dessous), lui déroulent aimablement le tapis rouge de leur appui !
 
Ce choix de rompre, confirme, au niveau municipal, ce que nous avons souligné ailleurs chez Ada Colau et Catalunya en Comú, pour la législative à venir : leur jeu d'équilibre entre le ni indépendance, ni 155, ne parvient pas à tenir un point fort d'équilibre dans lecontexte actuel d'extrême polarisation des positions. Faire passer le curseur politique sur le refus du 155 et donc amener logiquement, et au fond courageusement, à la rupture avec le PSC qui soutient ce 155 lui attire immanquablement le reproche de celui-ci et du PSOE de faire le jeu des indépendantistes : "Entre Barcelone et l'indépendance, Ada Colau a choisi l'indépendance" a surjoué le premier secrétaire du PSC. 
 
En deux jours la maire de Barcelone a mis de l'huile sur le feu des côtés dont elle veut se distinguer mais qui lui renvoient de méchants retours de flamme. Si le pari électoral pour le 21 décembre est aléatoire mais pas impossible, la rupture avec l'allié socialiste à la mairie de Barcelone risque de rendre impossible l'obtention d'une majorité sans tomber sous la dépendance d'un des deux camps, l'instrumentalisant alors contre l'autre camp ! Un comble que l'équidistance revendiquée revienne à devoir être ballottée d'un pôle à l'autre ! Sans parler du risque majeur de n'obtenir aucune majorité, les deux camps opposés s'accordant finalement pour casser l'idée qu'il soit possible d'offrir une troisième voie à leur conflit... La seule éclaircie pour Ada Colau pourrait venir, à la législative, du secteur de son électorat "naturel" anti-droite/non-indépendantiste, s'il revenait au bercail (mais pour quelle raison ?) en sortant de son indignation devant l'agression mise en oeuvre par Madrid qui lui a fait remiser ses réserves non-indépendantistes pour soutenir, y compris électoralement, les indépendantistes réprimés, comme cela s'est vu le 1er octobre. La percée électorale que cela induirait à l'échelle de la Catalogne pourrait permettre une redistribution des cartes à la mairie de la capitale et l'obtention d'une majorité de circonstance plus stable, si l'on peut dire, plus probablement avec les indépendantistes qu'avec le PSC. En attendant Ada Colau a annoncé qu'elle chercherait désormais l'accord ... avec tous les groupes ! Lire ici
 
Sauf surprise de campagne législative, l'horizon d'Ada Colau voit s'accumuler beaucoup de nuages. Sa ténacité légendaire saura-t-elle trouver l'ouverture ? Lire ici Ce ne serait, de toute façon, pas un bénéfice pour le mouvement national ni pour la question sociale, laquelle, dans l'actuelle situation catalane, n'a aucune chance de recevoir un début de résolution en extériorité de l'avancée du premier. 

De ces mouvements sur la gauche de l'échiquier politique catalan dans l'actuelle conflictualité extrême, on retiendra que le piège du rusé Rajoy est  décidément bien en place : les élections du 21 décembre, qui participent à la fois d'un exutoire proposé aux frustrations des uns et de la réjouissance offerte aux autres de savoir manier le bâton et la carotte pour finir de mater les premiers, polarisent à gauche sur l'antidote à la tentation anti-institutionnelle ! La CUP a certes démontré son investissement, à travers les CDR, dans l'action de rue, sans cependant avoir trop de perspectives pour l'intensifier et l'articuler à une démonstration de force, comme celle d'hier à Barcelone, qui, par elle-même, ne détient, au demeurant, pas non plus les clés ouvrant sur une dynamique de contestation radicale de l'Etat espagnol qui devrait être l'objectif de toute gauche digne de ce nom. Quant à Ada Colau et au courant qui la soutient, comme chez Iglesias, le primat de l'électoral, qui plus est pas spécialement placé sous les meilleurs auspices pour eux, est total et, de ce côté-là, Rajoy ne peut qu'être rassuré... Tout baigne... Hélas... 
 
Contre-info : la présidente du parlement catalan ne s'est pas dédite sur ses engagements indépendantistes
 
Au lendemain de l'audition par le juge du Tribunal Suprême des parlementaires catalan-es mis-es en examen, il était acquis dans les médias, y compris les plus rigoureux sur la vérification des sources, que les attendus des auditions ne laissaient aucun doute sur l'engagement de Carme Forcadell à renoncer à sortir du cadre constitutionnel, donc de fait à se maintenir dans son engagement indépendantiste. Le triomphe était de mise à droite et le doute, voire l'accablement, chez certain-es partisan-es de la République Catalane.
 
Nous apprenons aujourd'hui que tout ceci participe d'un gigantesque fake news : la réalité c'est une falsification de documents, révélée par l'avocat de Carme Forcadell qui a repéré la supercherie à partir d'un numéro. En effet la prétendue rétractation est tirée d'un document présenté comme émanant du juge instructeur et portant en fait le numéro du document de la plainte instruite, contre Carme Forcadell, par le Procureur : ce document est falsifié pour exposer ce qui est une accusation du Procureur, celle d'avoir attenté à l'ordre constitutionnel, comme étant le regret par ladite Carme Forcadell d'avoir attenté à cet ordre !
 
Il sera dit que les coups  de force de l'Etat espagnol s'accompagnent de tous les coups tordus imaginables. Mais cela ne devrait étonner que ceux et celles qui croient que Rajoy, l'homme du parti aux 900 politiciens mis en examen pour corruption, défend en Catalogne la démocratie pure et immaculée.  A lire ici.
 
 
L'importance de la manifestation la obligé les organisateurs/-trices à tripler le parcours initialement prévu.
 


En tête de manifestation avaient pris place les parents des Jordis et des membres de l'ex Govern, tous/toutes emprisonné-es. Lesquel-les emprisonné-es avaient fait parvenir des messages qui ont été lus aux présent-es très ému-es.
 
 
Es "la Diada Nacional por la libertad" : C'est la fête nationale catalane pour la liberté (paroles d'un manifestant qui n'était jamais descendu dans la rue à l'appel des indépendantistes car il n'est pas indépendantiste). Lire ici
 
947 cars ont convergé, en provenance de toute la Catalogne, sur la capitale.

 En tête de la manifestation la banderole proclamait : "Liberté pour les prisonniers politiques. Nous sommes une République" !
 
Parmi les non-indépendantistes présent-es, la maire de Barcelone, Ada Colau, s'est adressée à la foule (mais elle a tenu par ailleurs des propos polémiques qui ont fait couler beaucoup d'encre, voir ci-après). Elle était accompagnée de l'un de ses adjoints, Jaume Asens, qui avait rendu visite, dans la journée, au président démis Carles Puigdemont, exilé à Bruxelles, pour lui transmettre l'appui de la mairie de Barcelone au Govern légitime. Il est évident que cette manifestation de force de l'indépendantisme catalan qui, au demeurant, devrait partir en ordre dispersé, devrait peser sur la campagne pour la législative du 21 décembre. 
 
 
Outre les slogans demandant la libération des emprisonné-es, étaient également repris "C'est Puigdemont notre président", "Vous n'êtes pas seuls", "Dehors les forces d'occupation" !
 
 
 
TV3, la télévision catalane, a pu assurer la couverture en continu de l'événement malgré la requête déposée auprès de la Commission Electorale Centrale par le Parti Populaire demandant que la retransmission télévisée soit interdite car elle participerait, selon lui, d'une utilisation partisane, par l'indépendantisme, du service public. Ce n'est qu'à la fin de la manifestation que la décision de rejet de la requête a été connue.
 
 
Une fois la manifestation arrivée à son terme, les participant-es ont pu écouter le célèbre discours qu'avait tenu le non moins célèbre violoniste et compositeur catalan Pau Casals aux Nations Unies en 1971. On l'y entend déclarer que "la Catalogne avait eu le premier parlement démocratique, bien avant l'Angleterre". A la fin de ce document sonore, une clameur s'est élevé de la foule : "Puigdemont, président" ! Divers messages vidéos des "consellers et conselleras" du Govern installé-es à Bruxelles ont repris les appels à soutenir les emprisonné-es en soulignant la différence de traitement que leur réserve la justice belge et celui qu'impose la justice espagnole à leurs collègues. Le porte-parole "accidentel" de l'Omnium a conclu le rassemblement par ces mots : "Nous sommes les petits-enfants de ceux qui ont combattu la peur en y laissant la vie dans une dictature et non, non ils ne passeront pas", ces derniers mots reprenant le célèbre slogan des combattant-es républicain-es, qui est associé à la communiste Pasionaria, "Ils ne passeront pas", en allusion évidemment aux franquistes. Cela a dû aller au coeur des membres du Parti Populaire, dont l'ancêtre, Alianza Popular, avait regroupé, au début de la Transition, le personnel politique franquiste.
 
 
Une fois la nuit tombée, des milliers de personnes avaient éclairé le parcours de leurs téléphones portables.
 
 
Ces informations sont, pour l'essentiel, tirées de l'article de eldiario.es accessible ici
 
 
Point de vue : Ada Colau, une "équidistance" qui a du mal à rester équidistante
 
 
La maire de Barcelone et membre de Catalunya en Comú qui partira aux élections du 21 décembre avec Podem, après que Pablo Iglesias eut fait son 155 contre la direction de celui-ci et en ait pris le contrôle, campe sur une position d'extériorité vis-à-vis des parties en conflit en Catalogne. C'est ce que traduit son ni-ni "Ni DUI, la déclaration unilatérale d'indépendance, ni 155, le putsch du PP contre la Généralité". 
 
Première mise en instabilité de cette équidistance, sa dénonciation des arrestations des membres du Govern et des responsables de l'ANC et de l'Omnium, lui vaut d'être dénoncée par les compères unionistes du PP et du PSOE, comme ... complice des indépendantistes. Le voyage aujourd'hui à Bruxelles de l'un de ses adjoints à la mairie pour déclarer au President exilé que Barcelone reconnaît toujours le Govern comme légitime, ne devrait pas arranger les choses de ce côté-là de l'équidistance.
 
Mais aujourd'hui aussi, lors d'une réunion électorale de son parti et à quelques heures de participer à la grande manifestation de Barcelone, pour réaffirmer son soutien aux prisonniers politiques, voilà que la maire de Barcelone se lâche contre le President et le Govern dont on comprend pourtant que, par la voix de son adjoint, elle les appuie. Elle a en particulier déclaré que les susdits ont mené la Catalogne "au désastre" par leur projet de sécession unilatérale vis-à-vis du reste de l'Espagne (lire ici). Elle s'est ainsi engagée dans un périlleux déséquilibre équidistant, à moins que ce n'ait été une ébouriffante équidistance déséquilibrée. Les termes exacts employés sont les suivants : "Nous voulons que les prisonniers sortent mais nous voulons aussi qu'un gouvernement irresponsable, qui a mené le pays au désastre, fasse face à ses responsabilités et qu'il reconnaisse ses erreurs". A quoi elle a ajouté "On (sic) a plongé le pays (la Catalogne) dans la tension, on l'a amené vers une déclaration unilatérale d'indépendance que la majorité ne voulait pas" et cela a été fait "en trompant la population pour des intérêts partisans". "La déclaration unilatérale d'indépendance (DUI) n'a pas amené la république", a-t-elle également dit en reprochant à Puigdemont d'être parti en Belgique, une fois la proclamation faite en laissant "le pays seul face à toute l'incertitude", "Ils ont fait la DUI et puis ils ont disparu" ! Qui aurait pensé que la responsabilité du désastre en Catalogne incomberait à Mariano Rajoy et non à un Govern, tout au plus responsable de n'avoir pas été cohérent et à la hauteur du projet qu'il disait défendre, serait, à écouter Ada Colau, dans l'erreur totale.
 
Plus sévère, tu meurs. Le problème c'est que cette attaque contre le Govern et le President, se rapproche dangereusement, quasiment terme à terme, de ce que la presse de droite et le PP disent contre le processus catalan. Par ailleurs l'affirmation largement réaffirmée aujourd'hui dans les rues de Barcelone "Nous sommes une République" contredit  l'idée que la DUI n'aurait pas amené la république car elle l'a moins amené dans l'esprit de milliers, probablement des millions, de gens. Ce qui politiquement est loin d'être négligeable et pourrait faire considérer que Ada Colau méprise, avec beaucoup de légèreté ou beaucoup de lourdeur, peut-être paradoxalement les deux à la fois, ce sentiment ! Il pourrait y avoir de la faute politique dans ces mots qui, prétendant prendre à contrepied le gouvernement et le président destitués, aura principalement heurté le peuple indépendantiste. Et, pire, aura, qui sait, dérouté le secteur non-indépendantiste visé électoralement, d'abord par le brouillage induit par l'équilibrisme du "en appui du Govern et du president"/"contre leur irresponsabilité indépendantiste" et puis, et peut-être surtout, par le déport vers le discours de la droite antipopulaire honni par ledit secteur : le référendum du 1er octobre n'a pu se tenir, ne l'oublions pas, que parce qu'une bonne partie des non-indépendantistes ont privilégié leur rejet de la répression engagée contre les indépendantistes et fait primer l'idée de démocratie sur tout le reste...en votant pour l'indépendance.
 
 
Le plus dommageable de ce faux équilibre politique qu'essayent de tenir Colau mais aussi Iglesias, c'est qu'ils cherchent à fracturer ce qui, au contraire devrait être toujours plus rapproché : l'unité entre indépendantistes et non-indépendantistes autour du rejet du gouvernement, du régime de 78. En somme la rencontre de l'esprit des Indigné-es dont Colau comme Iglesias se réclament, certes de façon très diffuse, et celui du mouvement national catalan, le premier apportant au second ce qu'il sous-estime trop, la nécessité de répondre à la question sociale, au refus de l'austérité... S'il y avait, non à attaquer Puigdemont et le Govern, mais à les critiquer dans le cadre d'un respect... du respect qu'ils inspirent chez de nombreux/-euses Catalan-es, ce serait d'avoir sous-estimé l'importance des revendications sociales anti-austérité pour élargir la base même du mouvement national. Gageons que, quoique cela soit un vrai défi, la réticence ou même l'hostilité des non-indépendantistes pourraient être relativisées par eux/elles si un ferme positionnement sur le logement, l'emploi, disons pour faire rapide, sur les droits sociaux, était étroitement articulé à la revendication nationale. 
 
La bataille pour une république catalane sociale, et cela passe par prendre appui sur la bataille pour la république catalane telle qu'elle se déroule, voilà ce que ni Colau ni Iglesias ne parviennent pas à assumer comme le levier pour mettre en déroute Rajoy et pour ouvrir la voie à une alternative politique populaire digne de ce nom porteuse d'un processus constituant d'indépendance républicaine dont il faudrait soumettre à débat qu'elle soit appelée à déboucher à terme sur une confédération avec les autres républiques de l'Etat espagnol à venir.
 
Leur choix d'un référendum négocié, qui sous-tend leur méchante option d'équidistance, n'a, au demeurant, aucune crédibilité, tant du côté de ce qui pourrait être obtenu d'un gouvernement Rajoy qui sort renforcé dans son refus de toute négociation sur le sujet et dans son option d'un recentralisme institutionnel qui attaque les bases mêmes de la logique des autonomies existantes (voir le tout récent blocage des comptes de la mairie de Madrid, les autonomies étant déjà soumises à la rigueur des comptes publics); tant aussi du côté d'un indépendantisme qui ne peut que constater que la voie proposée exigerait de pouvoir compter sur une majorité de gauche, voire un gouvernement de gauche, à laquelle se refuse désormais Pedro Sánchez (PSOE) en faisant précisément de son refus de l'autodétermination catalane, avec soutien déclaré au 155, le point de bascule vers le PP. Sans parler de la quasi impossibilité que la réforme constitutionnelle induite puisse franchir les verrous des majorités qualifiées imposées !
 
 
Le fond des choses est que tant Ada Colau que Iglesias sont donc dans une impasse stratégique, la pièce clé de ladite stratégie, le PSOE, étant repassée à droite (pour autant que celui-ci ait jamais foncièrement envisagé de se déconnecter de ce positionnement inscrit dans la collusion du bipartisme gauche-droite structurel et historique de la démocratie de la Transition). L'équidistance sur la question catalane paraît devoir être une instable position de circonstance de Catalunya en Comú et de Podemos pour tenter de donner le change et sauver les meubles des acquis du municipalisme "pour le changement" emblématiquement incarné par la mairie de Barcelone, en attendant des jours meilleurs, sans trop d'espoir que ces acquis autorisent, comme il était espéré, une transcroissance décisive sur le terrain parlementaire. 
 
Reste qu'une telle situation de calculs électoralistes bridés à gauche ne facilite pas la reconstruction, c'est le moins que l'on puisse dire, du rapport de force en Catalogne permettant de renvoyer Rajoy dans les cordes et de répondre, par là, à la première condition pour satisfaire les besoins de populations soumises toutes, en Catalogne et ailleurs dans l'Etat espagnol, à l'austérité capitaliste liberticide.  
 
Antoine Rabadan