« Thèses d’avril » : Lénine (ré)arme le Parti bolchevique

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Le 4 avril 19171 à Petrograd, Lénine présente ses « Thèses d’avril » devant une assemblée de bolcheviks, de mencheviks et de socialistes indépendants. « Délire, délire d’un dément ! » l’interrompt l’ancien bolchevik Bogdanov. « Lénine s’était porté candidat à un trône mondial, vacant depuis trente ans, celui de Bakounine », écrira plus tard l’encore bolchevik et futur menchevik, Goldenberg.2 On assistait en fait à un tournant décisif pour la révolution.

Au bout de cinq journées d’affrontements, l’absolutisme s’est effondré le 27 février, lorsque la garnison de Petrograd a pris le parti des ouvriers et soldats insurgés.3 Le tsar Nicolas II abdique le 3 mars et le même jour, un gouvernement provisoire est investi par la douma, chambre basse du parlement croupion du régime tsariste. A sa tête, le prince Lvov, un grand propriétaire terrien. Parmi les seize ministres, une majorité de « cadets » (membres du parti constitutionnel-démocrate, bourgeois libéral), quelques « octobristes » (partisans d’une monarchie constitutionnelle) et un seul « socialiste », le ministre de la justice Alexandre Kérenski, issu des rangs des « troudoviks » (travaillistes, en référence au Parti du travail, une ancienne scission de droite, légaliste, du Parti socialiste-révolutionnaire – les « SR »).

Dans le même temps s’est reformé – après la première expérience de l’année 1905 – le soviet de Petrograd, un exemple vite suivi ailleurs, en particulier dans les principaux centres industriels. En pleine effervescence révolutionnaire, c’est lui qui détient dans la capitale le pouvoir réel, mais la direction réformiste (menchevique et SR) qui est solidement installée à sa tête refuse même l’idée de l’exercer un jour : la révolution étant et ne pouvant être que « bourgeoise »4, il faut laisser à la bourgeoisie le gouvernement du pays, le soviet devant tout au plus exercer une action de vigilance et de pression, dans le but de garantir qu’il n’y ait pas de retour en arrière vers l’absolutisme et que les intérêts du peuple soient au moins en partie respectés. Et qu’importe si la révolution victorieuse du 23 au 27 février avait été l’œuvre exclusive des ouvriers et des classes populaires…

Cette attitude est d’autant plus irresponsable que si le gouvernement provisoire dispose de peu de moyens effectifs face à l’irruption des masses, ses membres les plus représentatifs de la faible bourgeoisie russe ont affirmé très tôt leurs objectifs contre-révolutionnaires. Le comité provisoire de la douma, qui donnera naissance au gouvernement provisoire, s’intitule lors de sa formation  « comité pour le rétablissement de l’ordre ». Milioukov, ministre des affaires étrangères et dirigeant du parti cadet, affirme qu’il aurait fallu faire tirer sur les insurgés le 27 février. Goutchkov, ministre de la guerre membre du parti octobriste, estime au même moment que « nous avons été vaincus par Pétrograd ».

Quant au général « démocrate » Alexeiev, chef d’état-major des armées depuis août 1915, maintenu à ce poste par le gouvernement provisoire présidé par Lvov – et qui deviendra après Octobre l’un des chefs militaires de la contre-révolution –, il donne le 3 mars l’ordre à ses troupes de « capturer et, dès que possible, assigner devant une cour martiale dont les sentences seront immédiatement exécutoires » les délégations de soldats de Pétrograd qui se rendent sur le front, après que ces derniers aient assuré la victoire de la révolution démocratique contre l’absolutisme.

Mais les velléités contre-révolutionnaires de la bourgeoisie et de ce qu’il reste de l’appareil d’Etat tsariste peinent à se traduire en actes. Car l’ébullition révolutionnaire a fait que la Russie est devenue, selon le mot de Lénine, « le pays le plus libre du monde ». Si le gouvernement provisoire concède très vite aux masses en révolution de larges réformes démocratiques (y compris le droit de vote pour les femmes, qui l’ont donc obtenu dans ce pays… en même temps que l’ensemble des hommes), il se refuse à prendre toute mesure de réforme sociale, et plus encore à toucher à la question de la propriété : l’ensemble de ces aspects sont renvoyés aux décisions futures d’une assemblée constituante qui sera convoquée plus tard, lorsque des listes électorales fiables auront pu être établies.

Cependant, les travailleurs ne veulent pas attendre. Des grèves éclatent en série pour exiger la journée de huit heures et des augmentations de salaire, qu’en maints endroits elles arrachent. Face aux lock-outs et à la mauvaise volonté patronale, des comités d’usine se forment, s’étendent et imposent le contrôle ouvrier de la production et de l'organisation du travail. A la campagne, face au renvoi à plus tard d’une réforme agraire, les premières émeutes et réquisitions paysannes se produisent – elles se généraliseront à l’été. Sur le front, les positions sont figées : l’armée allemande profite de la nouvelle situation pour transférer nombre de troupes sur le front occidental, où les combats font rage tandis que les alliés français et britanniques espèrent le renfort prochain de troupes américaines. Quant aux soldats russes, ils ne veulent plus se battre et demandent à rentrer dans leurs foyers. On voit apparaître les premières désertions de masse, tandis que se multiplient les expressions de fraternisation entre camps opposés.

 

Le Parti bolchevique en mars 1917

Ce parti avait été extrêmement désorganisé et affaibli par la répression étatique et policière. La majorité des militants s’étaient retirés ou avaient perdu le lien avec les structures clandestines – mais beaucoup reviennent militer après Février – tandis que l’essentiel des cadres se trouvent soit en exil à l’étranger (comme Lénine en Suisse), soit relégués et assignés à résidence en Sibérie, soit en prison.

Lorsqu’éclate la révolution de Février, la direction effective en Russie est assurée par un « bureau russe du comité central » composé d’Alexandre Chliapnikov (un cadre expérimenté, qui deviendra quelques années plus tard le principal dirigeant de l’« Opposition ouvrière »), flanqué de deux jeunes militants, Molotov (futur bras droit de Staline et qui a par ailleurs, suite à une plaisanterie finlandaise, donné son nom au célèbre « cocktail ») et Zaloutsky. A la traîne face aux journées révolutionnaires de Février – comme tous les autres courants socialistes –, cette direction maintient cependant une politique indépendante de la bourgeoisie.

Elle tâtonne, n’a pas de ligne et de perspective claires, ne parvient pas à dépasser vraiment la conception selon laquelle la révolution en cours est « bourgeoise », mais n’en dénonce pas moins – dans les premiers numéros de la Pravda (« La Vérité ») qui réapparaît début mars – le gouvernement provisoire comme « un gouvernement de capitalistes et de propriétaires fonciers », en réclamant la formation d’un « gouvernement révolutionnaire provisoire » et en appelant le soviet à convoquer une assemblée constituante afin d’instaurer « une république démocratique ». Le 10 mars, elle appelle à transformer la guerre interimpérialiste en une guerre civile qui libérera les peuples du joug des classes dominantes.

Beaucoup change cependant lorsque, le 12 mars, reviennent de leur relégation en Sibérie deux membres du comité central, Léon Kamenev et Joseph Staline, qui prennent alors le contrôle des instances dirigeantes et de l’organe central du parti. Dans la Pravda du 15 mars, Kamenev renverse la position adoptée précédemment sur la guerre et se rallie à la position de « défense nationale » partagée, avec des nuances, par le gouvernement provisoire et par la direction réformiste du soviet de Pétrograd : « quand une armée affronte une autre armée, ce serait une proposition inepte que de proposer à l’une d’elles de déposer les armes et de rentrer chez elle. Ce ne serait pas une politique de paix, mais une politique d’esclavage qu’un peuple libre rejetterait avec dégoût » ; il faut « répondre à une balle par la balle, à un obus par l'obus. »

Staline, de son côté, approuve le manifeste que le soviet vient d’adopter « pour une paix sans annexions ni compensations ». Cela suppose une politique de pression « pacifique » sur les bourgeoisies et gouvernements impérialistes qui sont en train de s’affronter au prix de millions de morts : « notre slogan est le suivant : faire pression sur le gouvernement provisoire en vue de le contraindre (…) à amener tous les pays belligérants à entamer des pourparlers de paix immédiats (…) Et que chaque homme, jusqu’à cette échéance, reste à son poste de combat. » Et pour que choses soient claires, il précise le 16 mars : « le mot d’ordre "à bas la guerre" est inutile. »

Selon Chliapnikov, ces prises de position sont accueillies avec jubilation au sein du gouvernement provisoire comme a la direction du soviet, tandis qu’une opposition de gauche se lève au sein du parti, notamment dans son bastion ouvrier de la capitale, le district de Vyborg, dont le comité « demande même l’exclusion du parti de Staline et de Kamenev ».

Le 29 mars s’ouvre à Pétrograd la première conférence nationale – depuis le bouleversement de février – des organisations bolcheviques de Russie. La direction du parti y est confrontée, d’une part, à une aile « défensiste » alignée sur la position des mencheviks et des SR, d’autre part, à une forte opposition de gauche. Pour cette dernière, « la révolution russe ne peut obtenir un maximum de libertés démocratiques et de réformes sociales que si elle devient le point de départ d’un mouvement révolutionnaire du prolétariat occidental », pour cela « il faut préparer la lutte contre le gouvernement provisoire », le soviet étant « un embryon de pouvoir révolutionnaire » et la « garde rouge ouvrière » (issue des milices ouvrières constituées durant l’insurrection de février, et au sein desquelles l’influence bolchevique a été prégnante dès le départ) un outil central afin de l’imposer.

Confronté à cette situation, Staline ouvre la conférence en prononçant un rapport qui est politiquement aussi inepte qu’incohérent, typique du « centrisme » hésitant entre réforme et révolution : le gouvernement provisoire « a pris en fait le rôle de consolidateur des conquêtes du peuple révolutionnaire. Une telle situation a des côtés négatifs et des traits positifs : il nous serait actuellement désavantageux de forcer les événements en accélérant le processus de rupture avec les couches de la bourgeoisie qui doivent inévitablement s’éloigner de nous par la suite. Nous devons absolument gagner du temps en freinant le processus de rupture avec les couches de la moyenne bourgeoisie, pour nous préparer à la lutte contre le gouvernement provisoire (…) Il faut accorder notre soutien au gouvernement provisoire dans la mesure où il consolide les pas en avant de la révolution et considérer le soutien au gouvernement provisoire comme inadmissible dans la mesure où il est contre-révolutionnaire. »

Et d’envisager dans la foule un rapprochement et même une réunification avec la partie des mencheviks se situant « sur une ligne Zimmerwald-Kienthal », c’est-à-dire dans une opposition à la guerre sur une base pacifiste et abstraitement internationaliste, détachée de tout combat pour le renversement révolutionnaire des pouvoirs et intérêts bourgeois impérialistes, ceux-là mêmes qui étaient responsables de la catastrophe imposée aux peuples depuis août 1914.

 

Le choc des Thèses d’avril

C’est dans cette situation que le 3 avril, après un long voyage à l’intérieur du « train scellé » des révolutionnaires russes émigrés, notamment à travers l’Allemagne et la ligne de front, Lénine fait son retour à Pétrograd. Des milliers de personnes l’accueillent dans l’enthousiasme à la gare de Finlande. Chliapnikov, Kamenev et Alexandra Kollontaï sont les principaux dirigeants bolcheviques présents. D’emblée, Lénine tance Kamenev en ironisant sur ses articles dans la Pravda.

Président du soviet de Pétrograd, le menchevik Tchkéidzé s’avance et exprime son espoir que « se resserrent les rangs de toute notre démocratie » pour le bien de « notre révolution ». Sans lui accorder de réponse, Lénine se tourne vers la foule venue l’accueillir. Il affirme que la révolution de Février n’a pas résolu les problèmes fondamentaux du prolétariat, que l’on ne peut s’arrêter à mi-chemin et qu’en alliance avec la masse des soldats, la classe ouvrière doit transformer la révolution démocratique en une révolution prolétarienne socialiste. Avant de conclure : « d’un moment à l’autre, chaque jour, on peut s’attendre à l’écroulement de tout l’impérialisme européen. La révolution russe que vous avez accomplie en a marqué les débuts et a posé les fondements d’une nouvelle époque. Vive la révolution socialiste mondiale ! »

Les Thèses d’avril, présentées le lendemain, reprennent et synthétisent des positions contenues dans les cinq « Lettres de loin », écrites au cours du mois de mars, que Lénine avait transmises à la direction bolchevique mais dont, contrairement à ses demandes, seule la première avait été publiée dans la Pravda.

Lénine y réaffirme ses appels précédents à rejeter absolument tout « défensisme révolutionnaire » (c’est-à-dire la poursuite de la guerre au nom d’une défense de la révolution) et à multiplier au front les opérations de fraternisation ; il définit « le moment présent » comme « bourgeois-libéral », signale que cette étape est maintenant terminée et qu’il s’agit d’engager la transition vers une étape socialiste en remettant le pouvoir entre les mains du prolétariat ; il refuse tout soutien au gouvernement provisoire, dont il faut préparer le renversement, comme tout rapprochement avec les mencheviks et l’actuelle direction du soviet ; il s’agit de lutter pour « tout le pouvoir aux soviets », pour un gouvernement révolutionnaire et une « république des Soviets de députés ouvriers, salariés agricoles et paysans dans le pays tout entier, de la base au sommet » qui supprimera la police, l’armée et le corps des fonctionnaires, expropriera les banques, garantira le contrôle ouvrier de l’industrie et nationalisera toutes les terres ; tant que les bolcheviks restent minoritaires au sein des soviets, leur tâche est cependant d’« expliquer patiemment » la situation aux masses, qui se convaincront peu à peu grâce à l’action des bolcheviks et à travers leur propre expérience ; enfin, il faut « prendre l’initiative de la création d’une Internationale révolutionnaire, d’une Internationale contre les social-chauvins et contre le "centre" » (la tendance « du milieu » de la social-démocratie internationale).

Une grande majorité des cadres bolcheviques accueillent ces positions avec stupeur et consternation. L’ouvrier Semen Kanatchikov5, qui avait fait tout le trajet depuis l’Oural pour entendre Lénine, explique qu’il avait été sidéré par ce qu’il considérait alors comme « le caractère irréaliste de ses idées, qui nous semblaient à tous aller bien au-delà de ce qu’il était possible de réaliser. »

Intitulées « Les tâches du prolétariat dans la situation présente », les thèses de Lénine sont publiées dans la Pravda le 7 avril. Le lendemain, un article de Kamenev précise qu’elles ne reflètent que « l’opinion personnelle » de Lénine et affirme qu’« en ce qui concerne l’ensemble du plan de Lénine, il nous paraît inacceptable puisqu’il part du principe que la révolution bourgeoise est terminée et escompte la transformation immédiate de cette révolution en une révolution socialiste. »

Après des échecs initiaux, Lénine parvient cependant à retourner le parti avec une rapidité surprenante. Réunie du 14 au 22 avril, la première conférence des organisations bolcheviques de la ville de Pétrograd finit par adopter la plupart de ses positions, par un vote massif de 37 voix contre 3. Le mois suivant, à l’issue de la septième conférence pan-russe du POSDR (bolchevique) tenue du 24 au 29 avril, la résolution politique présentée par Lénine est également adoptée, quoique avec une marge plus faible témoignant de la persistance de fortes oppositions – 71 pour, 39 contre et 8 abstentions.

 

Pourquoi l’a-t-il emporté aussi aisément ?

La plupart des auteurs mettent en avant trois raisons. La première est la force des idées et l’extraordinaire capacité de conviction de Lénine. La seconde, le processus de transformation du Parti bolchevique, qui se remplit de milliers puis dizaines de milliers de nouveaux militants lesquels, pour beaucoup, ne connaissent pas grand-chose au marxisme (peu leur importe les débats et explications sur la nature de la révolution, ce qu’il est scientifiquement possible ou non réaliser dans l’étape actuelle) et ne veulent qu’une chose : imposer « le pain, la paix, la terre » et pour cela, en découdre avec le gouvernement et les capitalistes.

Une troisième raison a à voir avec l’évolution et la radicalisation brusque de la situation qui intervient précisément au cours de ce mois d’avril. Le ministre cadet des affaires étrangères, Milioukov, avait rédigé une note secrète, destinée aux gouvernements français et britannique, les assurant que non seulement ils pourraient toujours compter sur leur allié russe mais qu’une offensive était en préparation sur le front oriental afin d’aider leur propre effort de guerre. La divulgation de la « note Milioukov » provoque un énorme scandale – et la première crise du gouvernement provisoire. A Pétrograd, des dizaines de milliers d’ouvriers et de soldats en fureur descendent dans la rue. Les 20 puis 21 avril, les manifestations massives tournent à l’émeute et, comme en février, des affrontements sont sanglants. Le processus révolutionnaire a franchi un pas.

 

Des conséquences durables

Toujours est-il que le Parti bolchevique se trouve maintenant en ordre de marche. Une aile droite (dont Staline s’éloigne précautionneusement, pour se ranger peu à peu derrière Lénine) se maintint toutefois autour de Kamenev, Zinoviev et Rykov. Les deux premiers s’opposeront – y compris publiquement – à l’insurrection d’Octobre, ce qui amènera Lénine à les traiter de « briseurs de grève » et à demander leur exclusion du parti – qu’il n’obtiendra pas. A l’opposé, la nouvelle ligne aura éventuellement pu encourager le développement au sein du parti de tendances « gauchistes », confondant la perspective politique qui était tracée avec un passage à l’action immédiat, comme on le verra à l’occasion des « journées de Juillet ».

Le tournant représenté par les Thèses d’avril facilite également le rapprochement puis la fusion, fin juillet, avec Trotsky et les 4000 militants de l’organisations interrayons (au nom officiel de « POSDR internationaliste »). Au-delà de la « thèse » largement répandue6 selon laquelle Lénine aurait alors changé de position pour se rallier de fait aux conceptions de la révolution permanente de Trotsky, il faut signaler que les positions sur ce point des deux grands dirigeants de la révolution d’Octobre n'étaient en réalité pas aussi éloignées qu’il pouvait y paraître. 

« La révolution démocratique faite, nous aborderons aussitôt, dans la mesure précise de nos forces, des  forces du prolétariat conscient et organisé, la voix de la révolution socialiste. Nous sommes pour la révolution ininterrompue. Nous ne nous arrêterons pas à mi-chemin », écrivait ainsi Lénine dès 1905.7 Nul doute que le contexte de la guerre mondiale, qui ouvrait la possibilité de la révolution à l’échelle européenne, donc aussi dans les pays les plus développés, à quoi s’ajoutait toute l'évolution de la situation en Russie même, l'a alors amené à considérer, pour le moins, que le passage d’une étape à l’autre devait être immédiat.

 

Jean-Philippe Divès

 

  • 1. Le 17 avril dans le calendrier occidental, adopté par la Russie au 1er février 1918. Toutes les dates citées correspondent à cet ancien calendrier « julien », antérieur de treize jours à l’actuel calendrier « grégorien ».
  • 2. Les faits sont relatés dans une série de livres, où nombre d’intervenants et leurs écrits sont également cités. Pour cet article, ont été notamment utilisés : - Edward Hallet Carr, « La révolution bolchevique 1917-1923 », tome 1 « La formation de l’URSS » (Macmillan 1950, trad. Editions de Minuit, 1969) ; - Alexander Rabinowitch, « Prelude to Revolution – The Petrograd Bolsheviks and the July 1917 Uprising » (1968, rééd. Midland Book, 1991 – non édité en français) ; - Marcel Liebman, « Le léninisme sous Lénine », tome 1 « La conquête du pouvoir » (Seuil, 1973) ; - Orlando Figes, « A People’s Tragedy – The Russian Revolution 1891-1924 » (Pimlico, 1996, trad. Denoël, 2007, rééd. Folio Gallimard, 2009) ; - Lénine, « œuvres », quatrième édition en français, 45 volumes (Editions sociales, Paris et Editions du progrès, Moscou, publié au cours des années 1970) ; - Léon Trotsky, « 1905 » suivi de « Bilan et perspectives » (Editions de Minuit, 1969), « Histoire de la révolution russe » (Seuil, 1967). Les citations sont tirées de l’un ou l’autre de ces ouvrages.
  • 3. Voir Régine Vinon, « Février 1917, le tsarisme s’écroule comme un château de cartes », revue l’Anticapitaliste n°84, février 2017.
  • 4. Voir notre article « Marxistes, populistes, anarchistes… Un mouvement ouvrier révolutionnaire », revue l’Anticapitaliste n° 85, mars 2017.
  • 5. Vieux-bolchevik, Kanatchikov a occupé après Octobre d’importants postes de responsabilité. Il a aussi été le premier, en 1924, à écrire un livre de dénonciation des positions de Trotsky. Comme tant d’autres, il a pourtant fini au goulag où il est mort assassiné en 1940.
  • 6. Elle peut notamment s’appuyer sur la dernière lettre écrite avant son suicide et adressée à Trotsky par Alexandre Joffé, le 15 novembre 1927 : « vous avez toujours eu raison en politique depuis 1905, et Lénine lui aussi l’a reconnu ; je vous ai souvent raconté que je lui avais entendu dire moi-même : en 1905, c’était vous et non lui qui aviez raison. A l’heure de la mort, on ne ment pas et je vous le répète aujourd’hui. »
  • 7. « L’attitude de la social-démocratie à l’égard du mouvement paysan », 1er septembre 1905.

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