Sankara : un espoir assassiné

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Le trentième anniversaire de la mort de Thomas Sankara, le 15 octobre 1987, est une occasion de rappeler son action au Burkina Faso, mais aussi de continuer la campagne pour faire toute la vérité sur l’assassinat de ce dirigeant qui restera une référence dans la lutte pour la libération de l’Afrique.

La politique suivie par Sankara lors de son arrivée au pouvoir en 1983 témoigne de sa détermination à gouverner en faveur des populations : d’où la volonté de se dégager le plus possible des impératifs du marché mondial, en favorisant la souveraineté alimentaire et la consommation des produits locaux.

Une politique au service des populations

Cette politique va notamment s’accompagner d’une aide en direction de la paysannerie, majoritaire dans le pays. Des efforts sont faits dans l’irrigation, le développement des routes, la lutte contre l’appauvrissement des sols et contre la déforestation. Les droits des femmes sont mis en avant avec l’interdiction de la polygamie et de l’excision, et plus généralement en défendant l’égalité femmes-hommes dans l’ensemble de la société. L’autre bataille qui sera menée internationalement sera celle pour l’abolition de la dette. Autre fait marquant, et pas des moindres : un train de vie des plus modestes imposé à tous les membres du gouvernement.

Des erreurs ont certes été commises, pour partie liées à l’accession même de Sankara au pouvoir par un coup d’État militaire, même s’il a été présenté comme le prolongement des luttes populaires. L’erreur majeure de Sankara et de ses proches fut sûrement de considérer les CDR (Comité de défense de la révolution) comme unique lieu de l’expression populaire, alors que certaines de ces structures commettaient des abus. Le pouvoir, en ignorant la société civile, voire en s’y opposant de manière brutale comme ce fut le cas avec les syndicats, a permis indirectement à Blaise Compaoré et ses sbires de se débarrasser plus facilement de Thomas Sankara.

Ouvrir les dossiers

Le bilan de Thomas Sankara mérite d’être discuté pour en tirer les leçons, mais ce trentième anniversaire doit être aussi l’occasion de renforcer la campagne internationale « Justice pour Sankara, Justice pour l’Afrique » afin de connaître la vérité sur son assassinat. Pour mettre fin à l’expérience révolutionnaire du Burkina Faso décidément trop dérangeante, le criminel de guerre Charles Taylor et le colonel Kadhafi vont se regrouper autour du dictateur ivoirien Houphouët-Boigny pour comploter contre Sankara. Du côté de l’Occident, la CIA et naturellement la France vont donner leur bénédiction à ces manoeuvres qui déboucheront sur le renversement et l’assassinat de Sankara par Blaise Compaoré. Comme pour le Rwanda, les autorités françaises refusent toujours de déclassifier les documents « confidentiel Défense » ayant trait à cette période et à ces événements. En 2014, lors du soulèvement populaire au Burkina Faso, Blaise Compaoré est exfiltré par l’armée française pour se réfugier en Côte d’Ivoire et prendre la nationalité ivoirienne en vue de se soustraire à la justice de son pays.

Cette campagne illustre que l’idée selon laquelle une autre voie est possible en Afrique, comme l’a montré Sankara, est toujours vivace, et dénonce le rôle délétère des gouvernements des pays riches, en premier lieu la France, contre les expériences progressistes.

Paul Martial

 

 

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.